Mondial de handball: Et si la France était (enfin) en train de devenir un pays de hand?

HANDBALL Ce n'est pas parce que les Experts marchent sur le monde que le hand est forcément très populaire en France... 

Nicolas Camus

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Nikola Karabatic au retour des handballeurs après les JO de Rio, le 23 août 2016.
Nikola Karabatic au retour des handballeurs après les JO de Rio, le 23 août 2016. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Pour l’instant, difficile de déceler les prémices d’un engouement délirant. Il y a bien quelques affiches en 4X3 qui ont récemment fait leur apparition en ville, et en zappant à la télé, on peut tomber depuis le début du mois dernier sur des spots publicitaires où un homme débarque en voiture sur un terrain de hand pour claquer une lucarne à Thierry Omeyer. Mais le non-initié n’aura pas forcément remarqué que dans six jours, la France aura l’occasion, enfin, de fêter chez elle la plus belle équipe de sport collectif de l’histoire en accueillant le championnat du monde de handball.

Il ne faut pourtant pas se fier aux apparences. Depuis le temps que les Experts raflent tout loin de nos yeux (deux JO, trois Mondiaux et trois Euros depuis 2006), cette compétition à la maison s’annonce comme un bel événement. Les six matchs de poule des Bleus (à Paris puis à Nantes) affichent complet, et près de 20.000 personnes à la confiance sans faille ont déjà réservé leur billet pour le 8e de finale à Lille (qui concernera la France si elle termine première de son groupe).

Que les Harlem Globe Trotters locaux Karabatic, Narcisse, Omeyer et Abalo aient leurs fans n’étonnera personne. Mais les 23 autres équipes ne joueront pas que devant leurs familles, promis. « On est confiant sur le fait que les salles ne vont pas sonner creux au premier tour », dit David Donnelly. Le directeur communication et marketing du comité d’organisation du Mondial l’assure, l’objectif annoncé des 500.000 billets vendus est en vue. Et plus de la moitié le seront à des gens qui ne sont pas issus de la « famille handball » - les 520.000 licenciés, les ligues, la fédération.

Cela voudrait-il dire que la France est en train de devenir un pays de hand ? Au détour d’une conversation, fin décembre, Jackson Richardson regrettait le manque de retentissement des exploits des Bleus en France, et la faible culture handball du pays en général. « Au Danemark, en Allemagne, en Croatie, s’ils avaient les 5 étoiles [de champions du monde], on n’entendrait parler que de ça », assurait la première star du handball français.

Il est vrai que le soufflé a tendance à retomber rapidement après les titres. Même si la majorité des meilleurs joueurs du monde évoluent dans le championnat de France, il n'y a que les grandes compétitions qui semblent compter. Heureusement qu’il y en a une par an… La fédération l’a bien noté et bosse sur le sujet depuis une dizaine d’années. Parmi les résultats visibles, la construction en cours de la Maison du handball, grand centre névralgique amené à développer toutes les activités autour de ce sport, et la multiplication par trois des revenus sponsoring entre 2006 et 2016 (de 3 à 9 millions d’euros) grâce à de grosses enseignes (Renault, Caisse d’Epargne, Lidl, Eden Park).

« En 2001, ce sont les handballeurs qui ont suivi le Mondial. Cette fois, toute la population française va être intéressée »

Ça ne fait tout, mais c'est un signe. « On devient un pays de hand, mais ce n’est pas du foot, résume David Donnelly. Les médias ne s’intéressent pas à notre championnat du monde deux ans avant. Il n’y a pas de relais de communication évident pour toucher le grand public. Il faut aller chercher les gens par la main. » C’est ce que les organisateurs ont fait depuis la fin du précédent Mondial, en janvier 2015, et la compétition à venir - avec l’accueil de l’Euro féminin en décembre 2018 - est censée solidifier l’édifice pour de bon. « Les feux sont au vert, les planètes sont alignées, utilisez l’expression que vous voulez mais ça se présente bien », croit Donnelly.

« En 2001, ce sont les handballeurs qui ont suivi le Mondial. Cette fois, je pense que toute la population française va être intéressée, estime Didier Dinart, sur le terrain il y a 16 ans et désormais entraîneur en chef de l’armada bleue. L’équipe de France a un capital sympathie. Elle dégage certaines valeurs, elle est aimée. Depuis 2001, un grand chemin a été parcouru. Le hand a pris une belle dimension. Il ne faut pas toujours envier ce qui se passe à l’extérieur, mais aussi se féliciter du boulot abattu. »

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Il n’y plus qu’à, alors… Pour fêter le début de la compétition, mercredi prochain, les huit villes hôtes (Albertville, Brest, Lille, Metz, Montpellier, Nantes, Paris et Rouen) vont s’habiller aux couleurs du Mondial. On n’a pas le droit de tout dire, mais cette fois, impossible de passer à côté du handball. Même pour les non-initiés.