Sotchi 2014: Ce que vous ignorez encore sur la neige
JEUX OLYMPIQUES•Alors que le manteau neigeux fait débat à Sotchi…Propos recueillis par Antoine Maes
Elle serait rare, collante, humide… En tout cas, elle ne fait pas l’unanimité. A Sotchi, on parle beaucoup ces jours-ci de la qualité de la neige qui est censée saupoudrer les épreuves. Avant de vous la raconter devant les collègues du haut de votre première (et unique) étoile de ski, prenez un cours de rattrapage avec Daniel Goetz, chercheur au Centre d’étude de la neige (CEN).
Il y a trois types de flocons et 8 types de neige - «La neige c’est quoi? Un mélange de glace et d’air. Suivant la proportion d’air et la forme de ces petits grains, ce ne sera pas la même chose. Quand la neige est fraîche, que c’est de la belle poudreuse, il y a à peu près 90% d’air. Même quand c’est de la vieille neige, très lourde, il y a encore 45% d’air. Plus il y a d’air et plus c’est léger. Ensuite, il y a trois types de flocons: les étoiles, les plaquettes hexagonales, et les formes allongées. Enfin, il y a huit types de neige, qui varient selon ces formes et les conditions météorologiques.»
La fausse neige, ça n’existe pas – «Il y a celle qui tombe du ciel et celle qu’on fabrique avec des canons à neige. Le terme exact, c’est “neige produite artificiellement”. C’est de la “vraie neige” parce que c’est un mélange de particules et d’air, comme la naturelle. Mais c’est de la “fausse neige” dans la mesure où ce sont de très petites billes, toutes rondes, comme des têtes d’épingles, et toutes semblables. Ça ne ressemble pas du tout aux flocons qui tombent des nuages. Quand vous regardez ce qui tombe du ciel, vous avez des étoiles, des belles aiguilles… Il y a une infinité de formes de flocons, ils ne sont jamais identiques.»
La bonne neige n’est pas la même pour tout le monde – «Sous nos latitudes, dès qu’il fait mauvais et qu’il pleut, au départ dans les nuages, c’est de la neige. Ce qu’il faut, c’est qu’il fasse 0°C ou moins jusqu’au sol. A Sotchi, c’est un climat proche de celui des Alpes-Maritimes. Il ne neige pas toujours abondamment et les températures sont souvent assez douces, donc la neige se transforme et devient vite dure. Ce n’est plus de la belle poudreuse. Pour les compétitions, c’est plutôt mieux d’ailleurs. Les pistes de ski alpin sont arrosées avant le départ, sinon ça creuse au niveau des portes. Pour les organisateurs des compétitions, la grosse catastrophe, c’est quand il tombe 30 cm de neige dans la nuit qui précède la compétition. Les besoins du skieur de loisir ne sont pas les mêmes que ceux des préparateurs de piste.»
La neige, c’est très résistant – «Il faut beaucoup d’énergie pour faire fondre la neige. Le principal effet d’un air doux sur la neige, c’est de l’humidifier, de la rendre collante, plus difficilement de la faire fondre… C’est plus le soleil que la douceur de l’air qui la fait fondre : la neige perd constamment de l’énergie par rayonnement infrarouge et, s’il n’y a pas suffisamment d’énergie en retour, elle va avoir tendance à se refroidir. Lors de certains relevés de température, il fait +5°C sous abri, et la neige va être à -5°C. C’est pour ça que les stations sont orientées au nord: pour profiter de cet effet de refroidissement naturel à l’abri du soleil, qui fait que la neige se conserve bien. Dans le Jura, il y a des gens qui «s’amusent» à garder la neige tout l’été: ils mettent de la paille dessus, pour faire un isolant, la rangent dans un endroit à l’abri du soleil, et c’est bon.»


















