Sotchi 2014: Pinturault, le skieur polyvalent que la France attend?

Julien Laloye
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Alexis Pinturault, le 13 février 2014 à Sotchi.
Alexis Pinturault, le 13 février 2014 à Sotchi. —

De notre envoyé spécial à Sotchi,

Le ski français avait oublié de mettre Jean-Claude Killy dans le formol. Il a mis 40 ans à retrouver la recette de la polyvalence en la personne de Alexis Pinturault, 22 ans, et déjà capable de glaner trois médailles à Sotchi. Une en super-combiné (descente puis slalom), la plus sûre vendredi matin, une autre en géant, et la dernière en slalom. Voilà qui tranche avec le portrait habituel du skieur tricolore, monomaniaque de la vitesse ou de la technique, c’est selon. «C’est une polyvalence qui s’est construite il y a quelques temps, précise Denis Chastan, chef du groupe technique,  et c’est une volonté fédérale. On a regroupé les discipline slalom et géant. Le but, c’est d’avoir des athlètes avec un bagage plus intéressant sur plusieurs disciplines. A l’avenir, il y en aura de plus en plus. Après, du niveau d’Alexis… Il est jeune, il encaisse bien, et il va encore progresser.»

Devenir le Bode Miller tricolore

L’objectif, à peine caché, est de devenir une sorte de Bode Miller à la française. En clair, de pouvoir gagner chaque course qui se présente, descente, slalom, géant ou Super G. Et, in fine, d’être candidat au gros Globe de cristal, celui qui sacre le meilleur skieur de la saison toutes disciplines confondues. Seuls Killy et Alphand l’ont gagné chez les Bleus, et encore, le dernier nommé le doit beaucoup à ses énormes qualités de descendeur. Ted Ligety, le plus grand rival de Pinturault sur le circuit, ne voit pas pourquoi le Français n’y arriverait pas. «Lui et moi, et lui plus que moi, nous sommes probablement les skieurs les plus polyvalents en ce moment. Il est très impressionnant. Et le type est né en 1991… Il a encore des hauts et des bas sur le plan psychologique, il n'est pas super-régulier, mais il sera certainement l'un des skieurs majeurs des prochaines années.»

«Il doit travailler sa vitesse»

D’autant plus que les manques ont été identifiés. Enfin, le manque, surtout: une descente un peu molle du bâton pour être un outsider crédible dans la discipline reine. «Il doit développer sa vitesse, pointe Chastan. L’été dernier, il a fait la moitié de son stage avec les descendeurs au Chili. C’était la première fois. Il a pu travailler les positions et progresser en glisse.» Sans trop perdre… en vitesse de pieds, afin de rester compétitif sur les courses techniques. «Quand on demande à un descendeur pourquoi il ne fait pas de slalom, il répond parce qu’il n’est pas assez flexible sur les pieds, explique Pinturault. C’est pour ça que je dois continuer à travailler mon explosivité.» Celle qui permettra au Français de «reprendre jusqu’à deux secondes» à la concurrence lors du slalom de vendredi. Cela devrait suffire pour compenser une descente moyenne.