Sotchi 2014: Quand les températures transforment les Jeux d’hiver en Jeux d’été
METEO•Les athlètes doivent s’adapter à ces conditions de chaleurs exceptionnelles en période de JO…Romain Scotto
De notre envoyé spécial à Sotchi (Russie),
De dure à molle, voire demi-molle, la neige des JO n’excite plus grand monde actuellement. Les skieurs pestent, le public ne s’y retrouve plus et les organisateurs commencent à s’inquiéter pour la suite des épreuves. Depuis le début des Jeux, les températures positives ont tendance à faire passer le saut à skis pour un sport estival. En plein mois de février, les doudounes ont bien été rangées pour laisser place aux lunettes de soleil.
En bord de mer, où sont organisées toutes les épreuves de glace, cela ne pose pas vraiment de problème. Mais au-dessus de cet Ersatz de Côte d’Azur, en remontant vers les domaines skiables de Krasnaïa Poliana et Rosa Khutor, le plan de crise n’est pas loin d’être déclenché. Le gel matinal ne suffit plus pour endiguer la fonte des neiges de l’après-midi, quand le thermomètre dépasse les 10 degrés sur les pistes. «C’est de la neige de printemps, ce qu’on retrouve en France au mois de mai», indique Etienne Gouy, le boss du combiné nordique français.
Une neige qui «brasse»
Croûtée le matin, la neige se transforme très vite en une soupe, obligeant les athlètes à quelques ajustements techniques. Surtout dans les épreuves de glisse. Au bord des pistes, on marche carrément dans le tiramisu. Dans le milieu du fond, les spécialistes comme le fondeur Maurice Manificat parlent d’une neige qui «brasse». Comprenez qu’une couche d’au moins 5 cm s’affaisse en permanence sous les skis. «C’est du gros grain, une neige fuyante qui a du mal à se compacter», poursuit Gouy. Le travail des techniciens, rois du fartage, devient alors primordial pour assurer un minimum de glisse.
Sur ce type de terrain, il est beaucoup plus difficile de trouver la bonne structure de ski. Comme en Formule 1, où les pneumatiques jouent un rôle déterminant, les skieurs cherchent le meilleur système d’écoulement de l’eau sous leurs pieds. En cas de mauvais choix, comme Lamy-Chappuis sur le combiné mercredi, c’est le crash assuré. «A chaque course, c’est différent. Sur des neiges mouillées, il y a plus d’écart sur les skis», assure Christophe Deloche, chef de l’équipe de France de ski de fond.
La descente du combiné avancée
Pour des athlètes habitués au froid polaire, il n’est pas non plus facile d’être performant sous la chaleur. «Ça chauffe sous le bandeau, on a les bronches qui souffrent, il faut mieux s’hydrater», expliquait François Braud après sa course, sans en faire une excuse. Malgré cela, la pénurie de neige n’est pas à craindre sur les sites olympiques.
Tout a déjà été prévu pour ce genre de situation, des tonnes de neige ayant été stockées pour l’occasion. Placée sous des bâches isolantes, cette neige commence d’ailleurs à être déployée sur les sites de compétition. Par ailleurs, la descente du combiné masculin a été avancée d’une heure vendredi matin pour ne pas envoyer les skieurs dans la bouillie, et gâcher cette épreuve des Jeux de Sotchi. Une ville qui, à l’avenir, pourrait recycler ses installations pour les JO d’été.


















