• Le président américain Donald Trump est suivi par 42 millions d’internautes sur Twitter.
  • Tout au long de sa campagne, Trump a fait de Twitter son canal de communication privilégié.
  • Devenu président des Etats-Unis, il continue d’utiliser son compte de façon compulsive.

« Une arme », un « média à part entière », une « addiction »… Depuis son élection à la tête des Etats-Unis il y a un an, le compte Twitter de Donald Trump est décortiqué, scruté, analysé. Jamais un président américain n’a fait un tel usage d’un réseau social une fois élu. Très actif déjà lors de sa campagne électorale, «  @realDonaldTrump » - c’est le nom de son compte - cumule aujourd’hui 42 millions d’abonnés et compte 36.300 tweets. Plus qu’un simple canal de communication, Trump a bouleversé les codes qui prévalaient jusqu’ici dans la sphère politique.

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« Spontané » et « intuitif »

Rien dans l’utilisation de Twitter par Trump ne ressemble à celle de son prédécesseur. « Barack Obama utilisait beaucoup Twitter mais principalement pour mobiliser les électeurs pendant les campagnes. Son usage lors de sa présidence était contrôlé, il était coaché », avance Haude Étienne, doctorante en civilisation américaine. « Obama était actif mais traditionnel. Sa prise de parole était calibrée, moins spontanée (…) Trump lui est dans l’émotionnel, dans le registre de la réaction. Il fait des fautes d’orthographe, des fautes de frappe, invective. Il ne prend pas le temps de se relire, c’est très personnalisé, rapide et réactif », abonde Anaïs Theviot, maître de conférences en sciences politiques à l’université catholique de l’Ouest.

Capture d'écran du tweet dans lequel Donald Trump a fait une faute de frappe, détournée par la suite par les internautes.
Capture d'écran du tweet dans lequel Donald Trump a fait une faute de frappe, détournée par la suite par les internautes. - H.S/20 Minutes

« Twitter est devenu aussi indissociable de Donald Trump que sa chevelure et sa cravate rouge. Obama faisait de la communication politique, il aimait beaucoup les chiffres et vérifiait tout ce qu’il publiait sur Twitter. Pour lui, la crédibilité de la présidence passait aussi par là. Cela n’a rien à voir avec Donald Trump qui l’utilise de façon débridée pour attaquer ses contradicteurs, exprimer son humeur du jour. Donald Trump en réalité est devenu un média à part entière. Il est son premier communicant, parle sans filtre, c’est un intuitif », poursuit Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Paris 2, spécialiste des Etats-Unis et auteur de Trumpland, portrait d’une Amérique divisée.

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Efficace mais dangereux

Sur son site, le New York Times s’est efforcé de lister les « cibles » visées par Donald Trump sur Twitter. Depuis l’officialisation de sa candidature à la présidence des Etats-Unis, le magnat de l’immobilier a insulté, invectivé ou attaqué 389 personnes, lieux ou états sur Twitter. Une stratégie de communication qui lui permet de « se rapprocher de l’'Américain moyen". Il est toujours populaire et sa base électorale n’est pas choquée par ce qu’il poste sur Twitter » selon Haude Etienne. Mais ses prises de position et son expression sur le réseau social ne sont pas sans conséquence, souligne Jean-Eric Branaa.

« Sa base électorale adore, certes. Mais son usage de Twitter pose de véritables problèmes. Ses tweets sont considérés comme une parole officielle présidentielle. Or la loi aux Etats-Unis rend obligatoire la conservation et l’archivage de ces déclarations. Que se passe-t-il quand Trump supprime ses tweets comme ce fut le cas avec son mystérieux "covfefe" ? », interroge l’universitaire. Autre exemple avancé, le « blocage » par le président américain de certains comptes qui déplairaient à Trump.

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Une pratique vivement critiquée outre-Atlantique, les internautes estimant que le milliardaire « enfreint le premier amendement » de la Constitution américaine « en bloquant l’accès d’utilisateurs au compte Twitter parce qu’ils ont critiqué le président ou sa politique ».

Pour les chercheurs, l’expression de Trump sur ce réseau social peut avoir plusieurs conséquences. Politique d’abord : « Quand Emmanuel Macron fait un selfie dans le jardin de l’Elysée avec Arnold Schwarzenegger, c’est un peu ce que pourrait faire Trump », relève Jean-Eric Branaa. Idem lorsque des élus frontistes diffusent sans complexe de fausses informations lors de la campagne présidentielle.

Et des conséquences sociétales ajoute Anaïs Theviot. « Quand Donald Trump tweete que les "médias sont l’ennemi du peuple" ou qu’il poste cette vidéo de lui brutalisant la chaîne CNN, cela normalise les discours qui vont dans ce sens. Cette critique jusque-là discrète en France a été beaucoup plus forte lors de la dernière élection présidentielle chez nous ».