On savait que la police de caractères de Microsoft « Calibri » était conseillée pour un CV en béton, mais on était loin de se douter qu’elle pouvait faire tomber un premier ministre. C’est ce qui est en train de se passer au Pakistan.

Les Pakistanais ont baptisé cette affaire le #Fontgate. « Aujourd’hui, il y a eu plus de recherches sur le #calibri que sur le porno au Pakistan », s’esclaffait un internaute se faisant appeler Sherry sur Twitter. En cause, le premier ministre du pays Nawaz Sharif et sa fille, qui sont empêtrés dans une affaire de corruption après la publication des  Panama Papers. Dans une tentative pour prouver leur innocence, ils ont fourni à la justice des documents rédigés en « Calibri », la police par défaut de Microsoft Office, que l’on trouve sur tous les logiciels de traitement de texte Microsoft.

Mais la police s’est posé des questions sur la véracité de ces documents, datés de février 2006 alors que cette police n’est distribuée commercialement par l’entreprise que depuis 2007. Les experts consultés par la commission d’enquête civilo-militaire ont confirmé leur falsification.

La page Wikipédia devenue un champ de bataille

Dès la publication du rapport d’enquête, la nouvelle a fait de tour des réseaux sociaux, et amuse beaucoup les internautes. Le journaliste Mubashir Zaidi a commenté que le Premier ministre devrait rédiger sa lettre de démission « en police #Calibri ». D’autres ironisaient sur « une police sans-serif devenue sans Sharif ». Des photos d’une rencontre entre le fondateur de Microsoft et le premier ministre pakistanais ont été publiées sur les réseaux sociaux, accompagnées d’un message ironique : « Voici Bill Gates remerciant M. Sharif pour avoir inventé le #Calibri. »

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La page Wikipédia sur le Calibri est devenue un champ de bataille entre partisans et adversaires du clan Sharif, et les modifications de la description de cette police ont atteint un tel rythme que la page a fini par être temporairement protégée de toute manipulation. Les partisans du parti au pouvoir, le PLM-N de M. Sharif, font valoir que la police existait depuis 2004.

Et l’affaire est même remontée jusqu’au créateur de la police, Lucas de Groot. Il a estimé « improbable » que le Calibri, qu’il a achevé en 2004, ait été utilisé dans un document officiel rédigé en 2006. Cette police n’existait alors que dans des versions beta des logiciels Microsoft et ne pouvait être obtenue qu’au prix de « sérieux efforts », a-t-il souligné dans un communiqué à l’AFP.

La Cour suprême, qui doit tenir une nouvelle audience sur cette affaire lundi, n’a pas détaillé dans l’immédiat ce qu’elle comptait faire des conclusions du rapport d’enquête, qui n’est pas contraignant juridiquement.

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