Un joueur américain de l'équipe Optic gaming lors de l'ESWC à Paris, le 3 mai 2015.
Un joueur américain de l'équipe Optic gaming lors de l'ESWC à Paris, le 3 mai 2015. - ALAIN JOCARD / AFP

Les députés aux manettes. Qu’ils soient amateurs de League of Legends ou non, les élus vont devoir se pencher à partir de mardi sur les compétitions de jeux vidéo, en plein boom en France comme ailleurs. Dans le cadre de l’examen du projet de loi numérique, il leur est en effet demandé de se prononcer sur l’opportunité de donner un cadre aux tournois qui fleurissent un peu partout. L’objectif est simple : en finir avec le flou qui entoure ces événements qui attirent parfois des milliers de spectateurs. Mais vont-ils jouer le jeu ? Les spécialistes du secteur l’espèrent en tout cas très fort.

Il faut dire que ces derniers sont mobilisés depuis des mois pour la reconnaissance de leur discipline. En septembre encore, l’article ne figurait même pas dans le texte soumis à la consultation publique par Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat au Numérique. Qu’à cela ne tienne : le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (Sell) a proposé un nouvel article, finalement plébiscité par plus de 4.000 internautes, record de la plateforme. Quelques semaines plus tard, le gouvernement revoyait sa copie pour intégrer la disposition sur la reconnaissance de l’e-sport…

Pas un sport, mais presque

Si les pros du jeu vidéo sont si offensifs, c’est qu’ils veulent avant tout dissiper un malentendu. « Aujourd’hui, le sport électronique est assimilé par la loi à de la loterie, explique Emmanuel Martin, le délégué général du Sell. Or le jeu de haut niveau se rapproche bien plus du sport. » Ce que reconnaît le gouvernement, qui précise que les compétitions « participent à la promotion de l’esprit d’équipe, le contrôle et le dépassement de soi ».

Pour autant, il n’est pas question de faire du sport électronique une discipline sportive comme les autres. « L’enjeu, c’est plutôt de créer un cadre particulier qui nous permette de sortir du flou », précise Emmanuel Martin, qui ne s’interdit pas de penser non plus qu’un statut clair permettrait à la France d’organiser davantage de tournois internationaux, à l’image de l’Electronic Sports World Cup de Paris ou de la DreamHack de Tours.

Des représentants politiques, les professionnels n’attendent d’ailleurs pas que le vote de cette semaine. Le deuxième level, « ce sera de donner un statut au joueur professionnel », prédit Fabien Devide, manager de la Team Vitality, l’une des principales équipes françaises de sport électronique. Car « aujourd’hui, les joueurs sont obligés de bricoler » en créant une auto-entreprise, par exemple, explique-t-il. « Le flou est pesant, d’autant qu’on ne peut pas demander à un jeune de 19-20 ans de gérer une entreprise. »

L'exemple coréen

Pour accompagner « le Michael Jordan de 2020 », dont il prophétise qu’il sera un e-sportif professionnel, Emmanuel Martin souhaite lui aussi clarifier le statut du joueur, qui pose des problèmes de compréhension pour l'administration fiscale, notamment. Evidemment, le pouvoir politique ne pourra pas tout, conviennent-ils. « A terme, il faudra inévitablement des discussions avec les acteurs internationaux du secteur pour régler par exemple le problème du droit à l’image », avance ainsi Matthieu Dallon, cofondateur d’Oxent, la société qui organise notamment l’ESWC. Mais l’exemple de la Corée du Sud, où les institutions ont contribué à faire du pays une place forte de l’e-sport, montre tout de même qu’un coup de pouce politique n’est pas de trop.

Pour tenir sa promesse de promouvoir l’e-sport, Axelle Lemaire a d’ores et déjà annoncé que serait constituée une mission visant à « apporter une véritable reconnaissance à ces pratiques en tant que discipline et activité économique ». Les joueurs sont donc prévenus : la partie s’annonce longue.

Mots-clés :