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Le congé menstruel, une initiative qui a déjà séduit quelques pionniers

« Raisonné », « pas systématique »… Comment fonctionne le congé menstruel là où il est expérimenté

reposCe jeudi 15 janvier, la proposition de loi généralisant le congé menstruel est examinée par le Sénat
Youssef Zein

Youssef Zein

L'essentiel

  • Une proposition de loi sur la généralisation du congé menstruel est examinée au Sénat jeudi 15 février.
  • Depuis quelques mois, une poignée de collectivités et d’entreprises installent ce dispositif en interne.
  • Le cofondateur d’une de ces entreprises pionnières se dit satisfait de l’expérimentation

Les douleurs liées aux règles pourraient faire l’objet d’un congé généralisé à l’ensemble du pays. Ce jeudi, le PS fait examiner au Sénat une proposition de loi qui permettrait aux femmes ayant des règles douloureuses de poser jusqu’à deux jours d’arrêt par mois sans délai de carence. Totalement absent du débat public il y a encore quelques années, ce sujet trouve aujourd’hui un réel écho en France. Dès mars 2023, la mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) a instauré un congé menstruel pour les agentes publiques. La démarche séduit et d’autres villes, comme Lyon ou encore Abbeville (Somme) se joignent à l’initiative.

Selon un sondage réalisé par Censuswide à l’automne 2023, 52,3 % des Français y sont favorables. Yseline Fourtic-Dutarde, coprésidente du collectif Ensemble contre le sexisme, fait remonter le début de la prise de conscience à 2016, « quand les groupes féministes ont levé des tabous autour de la santé des femmes. Ils ont notamment porté le sujet de l’endométriose. Il s’est ensuivi une libération de la parole sur les douleurs liées aux règles, qui handicapent énormément de femmes et peuvent même parfois les empêcher de se lever. »

Des entreprises se prêtent au jeu

Si les collectivités ont ouvert la voie, quelques rares entreprises ont également franchi le pas. Une société de Montpellier, La Collective, l’avait mis en place avec succès dès 2021. Deux ans plus tard, Braincube, spécialiste de la transformation des acteurs industriels, lui a emboîté le pas. Elle a initié en mai 2023 un congé menstruel à hauteur d’un jour d’absence par mois. Pour Laurent Laporte, son cofondateur, cette mise en place était l’occasion de démontrer que son entreprise « s’intéresse aux problèmes de [ses] collaborateurs. Quand on s’est mis en tête d’éliminer les causes de stress, le sujet est naturellement venu sur la table. Les règles peuvent parfois être extrêmement handicapantes. On a donc souhaité déculpabiliser les femmes sur ce phénomène dont elles étaient victimes. »

La boîte compte près de 200 salariés, parmi lesquels on compte une quarantaine de femmes. Une dizaine d’entre elles a déjà activé ce système. « Les gens peuvent craindre des abus, mais son emploi est raisonné et pas du tout systématique. On n’a eu aucun écho négatif de la part des salariés, qui ont exprimé beaucoup de fierté. Ils ont été surpris de tout le buzz positif qui a entouré cette annonce », raconte Laurent Laporte.

Certaines questions d’intimité peuvent néanmoins se poser. Si une partie de tabou a été levée sur cette thématique, elle reste gênante pour beaucoup de personnes. Encore en 2021, un sondage Opinionway révélait que 55 % des Français trouvaient inapproprié de parler des règles en public : « Les concernées prennent leur congé sur notre plateforme RH sans souci de confidentialité : le service RH est tenu au courant, mais pour le reste de la boîte, elles sont simplement absentes », explique Laurent Laporte, fier de cette mesure. Il reste à savoir si l’opinion publique et ce type de retours enthousiastes convaincront les élus de la République de la généraliser.