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Quand le « tuvoiement » au travail sème la confusion chez les jeunes
on se tutoie ?•Bien qu’ils soient amateurs du tutoiement, les jeunes en entreprise se retrouvent régulièrement dans des situations délicatesYoussef Zein
L'essentiel
- Il s’est glissé jusque dans les offres d’emploi. De plus en plus naturel, le tutoiement est une pratique quasi-automatique pour bon nombre d’entreprises.
- Mais pas dans toutes, ni à tous les postes : de quoi semer la confusion chez les plus jeunes salariés, qui ne savent plus à quel pronom se vouer.
- Un conseil pour les derniers arrivés : faites/fais gaffe !
«De plus en plus, c’est le jeune intérimaire qui prend l’initiative de me tutoyer. Parfois même sans s’en rendre compte ! » s’exclame en souriant Nicolas Lefoulon, directeur d’agences chez Actual à Laval. Cette déclaration illustre bien la confusion qui habite une partie de la jeunesse en entreprise. Tutoyer sa manageuse, son RH voire le patron n’a plus rien d’anormal même si, sur certains terrains, le « vous » continue de régner sans partage. Pas facile, dans ces conditions, de bien communiquer avec ses collègues quand on est une jeune recrue. Selon le contexte, la frontière entre manque de respect et envie de s’intégrer est parfois très fine.
La confusion dès le recrutement
Bien qu’elle ne date pas de la dernière pluie, cette appétence à privilégier le registre familier est avant tout une question de générations. « Le tutoiement permet d’être à l’aise plus rapidement. Les jeunes, surtout, ont envie de se sentir comme chez eux et de casser ces barrières de distance. D’être assez proche de ses collègues pour des raisons de confort », indique Raphaël Girard, responsable communication et partenariat chez Studyrama. Cependant, les nouvelles recrues ne sont pas les seules à oser les familiarités : « On a beaucoup de n + 1 qui mettent plus de proximité dans leur management. Ils savent qu’aujourd’hui, être en position de responsabilité, ce n’est pas juste dicter des ordres. Ça passe aussi par beaucoup d’échange », indique Nicolas Lefoulon.
Il y a toutefois le cadre de la vie en entreprise, et celui, plus solennel, de l’entretien d’embauche. Même si les offres d’emploi pour certaines start-up y vont à tu et à toi, au moment de vérité les jeunes préfèrent le vouvoiement au tutoiement, qu’ils jugent infantilisant : « Je suis un jeune manager et je mets à l’aise très vite en disant aux recrues qu’on peut se tutoyer. Mais, au moment de l’entretien, c’est important qu’elles aient ce cadre formel de vouvoiement », confirme Raphaël Girard. Un constat partagé par Nicolas Lefoulon, qui précise qu’il « vouvoie en toutes circonstances la recrue en devenir ».
Une fois en entreprise, le rôle de tuteur des managers
Une fois en entreprise, les derniers arrivés ne sont pas tirés d’affaires pour autant. Qui vouvoyer ? Qui tutoyer ? « Je suis directeur d’agence et je vouvoie l’ensemble de mes collaborateurs intérimaires parce que je n’ai pas une relation très étroite avec eux. Mais souvent, le tutoiement se met en place très rapidement. », explique Nicolas Lefoulon. Quand on sait que certains collègues au sein de l’entreprise sont attachés à ces formalités, Raphaël Girard conseille de « prendre le temps d’expliquer aux nouveaux éléments ce qu’il faut faire et comment se tenir dans ce genre de situations. » Nicolas Lefoulon pense que « la meilleure posture est celle du vouvoiement en premier lieu ». Il ajoute « qu’à terme, il n’y a rien de plus embêtant qu’un management contrasté. Quand j’intègre dans mon agence un nouveau collaborateur, j’ai vite fait de le tutoyer, étant donné que le tutoiement est de rigueur avec les permanents ». Bien qu’il soit de rigueur, il ne demeure moins que le tutoiement reste un terrain glissant, sur lequel il vaut mieux marcher à tâtons.



















