Ça sert encore à quelque chose de bien écrire francé à l’heure de l’IA ?
C PA MA FoTE•Alors que l’intelligence artificielle générative infiltre les entreprises, on pourrait penser que maîtriser l’expression écrite n’est plus une qualité requise, et pourtant…Lisa Debernard
D’après un sondage Ipsos pour la Projet Voltaire dévoilé fin 2021, trois entreprises françaises sur quatre estiment devoir faire face aux lacunes de leurs employés en matière de grammaire et d’orthographe. Des compétences qu’elles placent en tête de liste de leurs préoccupations, avec jusqu’à 91 % des responsables des ressources humaines jugeant cette aptitude fondamentale. « Il ne faut pas penser, qu’à l’avenir, ça n’aura plus d’importance de savoir écrire sous prétexte que les outils le feront à notre place. Ça n’arrivera jamais », assène Honoré Bayzelon, cofondateur d’OrthographIQ, une société proposant des formations en ligne d’apprentissage et de perfectionnement en français.
Une béquille dont on devient dépendants
« Aujourd’hui, on est épaulés par toute une gamme d’outils numérique, comme les correcteurs orthographiques », pointe du doigt le trentenaire. Des outils très utiles certes, mais qui en contrepartie ont participé à faire évoluer notre apprentissage… Pas toujours dans le bon sens. « C’est un peu comme avoir des béquilles en permanence. » Ne plus avoir à s’interroger au moment d’écrire induit, pour beaucoup, une perte totale d’autonomie. « Lorsqu’elles n’ont plus ces outils, nombre de personnes se rendent compte qu’elles ne maîtrisent plus les règles, éclaire Honoré Bayzelon. Il y a là-dedans une sorte de dépendance malsaine. »
En témoignent les cas d’usage d’OrtographIQ, qui accompagnent étudiants, entreprises et collectivités dans leur mise à niveau en expression écrite. « Ils sont complètement perdus dans leur manière d’écrire », analyse son fondateur, en référence aux étudiants qui, une fois arrivés en entretien pour un emploi, n’ont pas toujours accès à des correcteurs lors de leurs cas pratiques. Même son de cloche chez les salariés qui ne bénéficient pas systématiquement d’outils implémentés d’un correcteur orthographique : « C’est à ce moment qu’ils prennent conscience de leurs lacunes et de la nécessité de savoir écrire correctement. »
Cé pa pour tout de suite !
C’est pourquoi « il faut veiller à bien utiliser l’intelligence artificielle », alerte Salima Benhamou, économiste du travail chez France Stratégie, pour qui cet outil fera partie intégrante de notre environnement de travail dans les années à venir, notamment via l’intelligence artificielle générative, comme ChatGPT. « Il ne faudra en aucun cas lui déléguer notre écriture, notre capacité à réfléchir et à s’adresser aux gens », au risque d’entraîner une dépersonnalisation du discours, des non-sens voire la divulgation de fausses informations. Qu’elles corrigent les erreurs ou génèrent du contenu, les intelligences artificielles devront donc se contenter, pour le moment, de leur statut d’assistantes en entreprise !


















