La bienveillance au travail, à quoi ça ressemble en vrai ?
en pratique•La bienveillance en entreprise, mais de quoi parle-t-on vraiment ?Lise Garnier
Un peu plus de douceur dans un monde de brutes. A l’heure où les chiffres du burn-out sont « en constante augmentation » touchant 34 % des salariés, comme le relevait en début d’année le service de téléconsultation Medadom, citant une enquête de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), le management bienveillant est sur toutes les lèvres. Renforcer la cohésion d’équipe, valoriser ses collaborateurs, les remercier… Derrière ces bonnes intentions RH et la communication qui en est faite, « ce n’est pas un effet de mode, assure Elisabeth Peronnin, directrice des ressources humaines de ClubFunding Group, spécialisé dans les services financiers. Ça fait 15 – 20 ans qu’on sait qu’un environnement sain en entreprise est toujours bénéfique. Maintenant, on a, en plus, assez d’enquêtes qui prouvent qu’une société est plus performante avec un cadre bienveillant et respectueux de ses salariés ». Qui l’eût cru ?
Accorder le droit à l’erreur
Les grands discours on les connaît, ce qu’on attend tous, c’est les actes. Concrètement, cette bienveillance passe par différents genres de dispositifs, comme « la mise en place de réunions où les équipes partagent leurs échecs et en tirent des conclusions », explique celle qui a écrit un livre sur le sujet (Le droit à l’erreur, Dunod 2021), Séverine Loureiro. « Il faut aussi encourager les managers et la direction à témoigner des erreurs commises pour que les collaborateurs soient enclins à évoluer dans un climat plus serein. Le droit à l’erreur est, pour moi, la concrétisation de la bienveillance en entreprise, mais il s’agit de ne pas confondre avec la faute : l’erreur est involontaire, il n’y a pas d’intention. » La psychologue du travail, conférencière et auteure sur les enjeux RH cite en exemple l’armée de l’air « qui a dépénalisé l’erreur et encourage les militaires à les partager », et le nucléaire : « J’ai animé des conférences dans des centrales sur cette question du droit à l’erreur puisque en parler, et rapidement, est primordial dans ce milieu », ajoute Séverine Loureiro.
L’exemplarité avant tout
Au-delà, d’autres principes apparaissent essentiels aux yeux de l’experte des RH, Elisabeth Peronnin : « L’exemplarité, qui doit venir des membres de la direction et du manager direct, et des temps de convivialité qui permettent de se côtoyer, de se comprendre et se s’intéresser les uns aux autres. » Malgré tout, « définir la bienveillance reste très subjectif et fonction des personnes et des postes occupés », rappelle Séverine Loureiro. « Il y a aussi des gens qui sont moins réceptifs aux moments de cohésion et c’est important qu’il n’y ait aucune obligation, qu’on puisse ne pas avoir envie sans être montré du doigt. C’est aussi ça la bienveillance », renchérit Elisabeth Peronnin, rappelant que derrière ce terme, on parle « de respect, d’empathie et de non-jugement. »
Les deux spécialistes rappellent enfin que les entreprises ont tout à gagner à faire preuve de bienveillance : innovation, productivité, créativité… Sévérine Loureiro cite même le controversé Elon Musk, patron de Tesla et de X, anciennement Twitter, qu’on ne connaît pourtant pas pour être un modèle de bienveillance au travail : « Si vous ne faites pas d’erreurs, c’est que vous n’avez pas tenté. »


















