Christelle Pellissier
L'essentiel
- Le SIAL révèle chaque année les grandes tendances et innovations alimentaires qui s’apprêtent à débouler dans nos assiettes.
- Les produits végétaux, les aliments et boissons fonctionnels et le snacking comptent parmi les grandes tendances de l’édition 2026 du SIAL, qui s’est tenue du 17 au 21 octobre.
- « Il y a une recherche du bien-être et de la santé à travers l’alimentation, c’est une tendance très forte », explique notamment à 20 Minutes Jean-Gabriel Mollard, directeur du salon international.
Toutes les innovations alimentaires passent (forcément) par le SIAL. Cette édition 2026, organisée du 17 au 21 octobre, n’aura pas fait exception avec des produits insolites, parfois loufoques, mais aussi des aliments et équipements pensés pour bousculer les habitudes (et les repas) des consommateurs. Alors que s’achève le salon, Jean-Gabriel Mollard, son directeur, nous les présente.
Qu’est-ce que cette édition du SIAL dit de notre alimentation future ?
On va vers davantage d’intégration de produits végétaux dans notre alimentation, pas en opposition avec la viande, mais plutôt avec un élargissement de l’offre notamment dans le snacking. Cette année, les innovations sont aussi tournées vers le plaisir, le goût, la consistance, les consommateurs ne souhaitant plus avoir à choisir entre plaisir et santé. L’un ne doit plus se faire au détriment de l’autre, et on voit énormément de produits bons pour la santé qui promettent également d’être gourmands.
Il y a une large offre autour du snacking. Quelles sont les innovations ?
L’offre de snacking sain explose, mais elle s’articule autour de la fonctionnalité. Le consommateur veut désormais que son alimentation s’adapte à lui, et pas le contraire. S’il prend un déjeuner sur le pouce avec du snacking, par exemple, il ne va pas pour autant vouloir se contenter d’une offre basique. Il va vouloir que la qualité soit à la hauteur de celle qu’il aurait pu avoir s’il avait pris le temps de déjeuner dans un restaurant. L’offre commence à suivre avec un en-cas renouvelé en matière d'ingrédients, de bénéfices, et de qualité.
La « nourriture santé » compte parmi les grandes tendances du SIAL 2026. Comment ça se traduit dans l’assiette ?
Il y a une recherche du bien-être et de la santé à travers l’alimentation, c’est une tendance très forte. On le voyait déjà en 2024 avec la protéine, mais il y a désormais beaucoup de produits autour des fibres, des prébiotiques et postbiotiques. Ce qui est intéressant, c’est qu’on recherche des bénéfices santé et bien-être mais plus ciblés. Cette quête ne s’articule plus uniquement autour de produits naturels ou bio, mais autour de bienfaits liés au sommeil, à la digestion, voire à la concentration. L’alimentation est aussi mise en parallèle avec certains moments de la vie, avec une recherche de produits en phase, par exemple, avec l’andropause, la ménopause ou les règles douloureuses.
Dans quelle catégorie de produits y a-t-il le plus d’innovations cette année ?
Les boissons, et en particulier les boissons fonctionnelles avec des produits adaptogènes ou des milkshakes au skyr, par exemple. Il y a aussi beaucoup de boissons à base d’ingrédients plus insolites, sinon moins courants, comme du jus de cornichons. Et on voit aussi beaucoup de co-produits. Il y a des startups qui proposent des jus issus des co-produits du café ou de la noix de cajou. Pour extraire la graine de café ou la noix, on laisse de côté le fruit, donc on presse ce fruit et on en extrait des jus. C’est intéressant car c’est aussi une forme de lutte contre le gaspillage des ressources.
Parmi les produits primés au SIAL Innovation, lesquels ont retenu votre attention ?
Il y en a une qui m’a tout particulièrement intéressé, mais il s’agit d’un process plus que d’un produit alimentaire. C’est l’entreprise suisse Zeen Tech qui propose une machine qui permet de frire dans l’eau, plus exactement avec de la vapeur d’eau. Non seulement ça préserve la qualité nutritionnelle des aliments, mais ça consomme aussi moins d’énergie. Il y a aussi la startup Green Matcha qui propose des capsules compatibles avec des machines à café classiques pour réaliser rapidement un matcha de bonne qualité. Une dernière, les chips de crêpes de Brets, qui sont donc sucrées, extrêmement bonnes et illustrent la passion des consommateurs pour les chips.
L’ube est très tendance, en particulier dans les boissons. Va-t-on bientôt pouvoir le trouver sous d’autres formes ?
On le trouve dans plein de produits, notamment dans des cookies ou des bouchées de fromage. On surfe plutôt sur une tendance autour d’une couleur, le violet en l’occurrence, que d’un ingrédient. Ce n’est pas que l’ube ne présente aucun intérêt, bien au contraire, mais il n’apporte rien d’extraordinaire gustativement dans les produits dans lesquels il est proposé. Ca dit quelque chose de fort sur les tendances, à savoir que le digital peut influencer assez fortement la production d’un certain nombre de produits. Il est difficile a fortiori de savoir si ces produits vont perdurer dans le temps.
Justement, quel rôle jouent aujourd’hui les réseaux sociaux dans les innovations food ?
Le digital, et plus particulièrement les réseaux sociaux, influencent les producteurs, les distributeurs et les restaurateurs car tout est aujourd’hui instagrammable. La food est devenue un terrain d’expression pour beaucoup de gens qui publient sur les réseaux sociaux, donc ça a un impact sur l’importance accordée à l’aspect d’un produit, d’un plat ou d’un décor. Les acteurs recherchent désormais en permanence à se distinguer.
Quelle est l’innovation le plus insolite repérée sur le salon ?
C’est toujours difficile de répondre à cette question car je n’ai pas pu voir tous les produits, et c’est aussi très subjectif. Si je me fie à ce que j’ai pu repérer, je dirais les sucettes qui font de la musique. Quand on les suce, ça déclenche un processus qui va créer des ondes sonores via les os du crâne. C’est absolument original. Je n’ai pas eu le temps de les tester, mais j’aimerais le faire avant la fin du salon.