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Le petit-déj est-il vraiment le repas le plus important de la journée ?
thé ou café ?

Le petit-déjeuner est-il vraiment le repas le plus important de la journée ?

Le contenu du petit-déj, œufs brouillés ou pain toasté, alimente régulièrement les débats, mais doit-on (vraiment) se forcer à avaler quoi que ce soit le matin ?
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • A l’occasion de la Journée du petit-déjeuner, 20 Minutes s’interroge sur ce rituel gastronomique à la fois culturel et intime.
  • Combien de fois avez-vous entendu vos parents vous dire qu’il ne fallait pas « partir le ventre vide » ? Idée reçue ou réalité, 20 Minutes a creusé le sujet.
  • Si l’on se concentre uniquement sur la répartition des apports énergétiques de la journée, le petit-déj n’en représente qu’un quart. Le reste, et donc la majorité, étant réparti entre les deux autres repas de la journée.

«Il ne faut pas partir le ventre vide. » Nombre d’adultes, et encore davantage d’enfants et d’adolescents, composent avec cette ritournelle depuis des décennies. Mais est-elle fondée ? Une question importante si l’on considère que plus de trois Français sur dix affirment ne pas manger le matin en semaine, se contentant au mieux d’une boisson, d’après une étude issue de l’Observatoire Cetelem. A l’occasion de la Journée nationale du petit déjeuner, 20 Minutes se penche sur cet épineux sujet.


« C’est un fantasme qui date de plusieurs décennies, alimenté par des groupes agroalimentaires », indique d’emblée le professeur Bernard Srour, chercheur en épidémiologie à l’Inrae. Un constat que partage le géographe Gilles Fumey dans son essai Le petit-déjeuner, un repas inutile ? (Editions D’en Bas). Bernard Srour tempère toutefois : « Je ne dis pas que le petit-déjeuner n’est pas important. C’est plus compliqué, et la réponse n’est pas binaire. »

Une goutte de lait en termes d'apports journaliers

Selon Le Petit Robert, le petit-déjeuner est le « premier repas de la journée, pris le matin ». Il semble donc communément admis qu’il s’agit d’un repas matinal, et non du premier repas avalé (on pourrait rompre le jeûne le midi, après tout). Reste à identifier les critères sur lesquels ladite ritournelle se base. Si l’on s’intéresse à la répartition des apports énergétiques journaliers, il y a fort à parier qu’elle ne profite pas au sacro-saint petit-déj. « Nous avons des recommandations selon lesquelles [il] doit représenter environ 25 % des apports de la journée, le reste se répartit entre les deux autres repas », explique Anne Guillot, diététicienne, nutritionniste.

En termes d'apports journaliers, « le repas le plus important est donc le déjeuner ». Résultat, le petit-déj prend du plomb dans l’aile. « Si on ne prend en compte que ces données, on peut imaginer qu’il n’est pas le repas le plus important et que certains peuvent le sauter », poursuit l’experte. Laquelle précise que les personnes qui n’ont (vraiment) pas faim ne doivent pas « se forcer », mais que certaines populations « ont intérêt » à ne pas s’en passer. C’est notamment le cas de celles qui pratiquent une activité physique intense au travail, ou des enfants et des adolescents qui ont des besoins énergétiques plus importants.

« L’horaire des prises alimentaires, un facteur déterminant »

La chrononutrition, une approche scientifique plus récente, pourrait changer les habitudes autour du petit-déjeuner. L’accent n’est pas mis sur les apports journaliers, mais sur le fait d’adapter ses repas à son horloge biologique. Réglée sur environ 24 heures, cette dernière est une sorte de cheffe d’orchestre dont le rôle est de réguler les fonctions de l’organisme, dont le cycle du sommeil. « Tout l’enjeu est de garder ce système synchronisé », explique Bernard Srour. La lumière et l’alimentation jouent un rôle sur cette (dé) synchronisation, témoignant de l’importance de prendre son petit-déjeuner à la même heure chaque jour. « Les études tendent à montrer depuis une quinzaine d’années que l’horaire des prises alimentaires est un facteur déterminant de la santé métabolique et de la santé mentale. »

« On commence à comprendre que l’idéal est de pouvoir manger à des horaires qui correspondent à nos rythmes biologiques. »

Professeur Bernard Srour

Il ajoute que la plupart des gens sont plutôt actifs le matin (chronotype matinal). Dans ce cas, « plus on mange tôt, quand on commence à être exposé à la lumière et que le corps commence à bouger, mieux c’est », poursuit Bernard Srour. D’autant plus que « le matin, on est plus sensible à l’effet de l’insuline, donc on va être plus tolérant au sucre ». Une étude dirigée par l’Inrae, et basée sur les données de plus de 100.000 personnes, établit également un lien entre petit-déj matinal et moindre risque cardiovasculaire. « Une première prise alimentaire plus tardive, par exemple liée au saut du petit-déjeuner, est associée à un risque plus élevé de maladie cardiovasculaire », peut-on lire.

Il faut écouter son corps mais…

Les personnes plus actives le soir (chronotype nocturne), bien que minoritaires, sont-elles soumises aux mêmes règles ? « On a tendance à dire qu’elles ont plus de risque de développer certaines maladies », explique le chercheur. Lequel précise toutefois que des études tendent à montrer que ce n’est pas leur chronotype qui poserait problème, mais le fait qu’elles soient « obligées de s’adapter à une vie qui est faite pour le chronotype matinal ». Et d’ajouter : « Ça montre qu’il est important d’être synchronisé avec ce que le corps réclame. » Le week-end, à quelle heure votre corps veut-il manger ? Si votre jet-lag alimentaire, à savoir la différence des rythmes alimentaires entre la semaine et le week-end est trop élevé, il y a sans doute de quoi s’interroger.

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Ne pas se forcer et écouter son corps, c’est aussi ce que préconise Anne Guillot. La diététicienne évoque certains « signaux » à prendre en compte. Celles et ceux qui ont des fringales aux alentours de 10h « ne devraient pas se passer du petit-déjeuner ». Ne serait-ce parce qu’ils sont exposés à la tentation des encas trop gras et trop sucrés, « avec un impact sur la santé ». Elle encourage également « à ne pas être trop mental » avec le sujet. « Certains se disent qu’ils ne déjeunent pas le matin car ils n’ont pas faim alors qu’ils ont une sensation de faim », explique-t-elle. Ce qui pourrait habituer leur corps à ne pas manger, et donc progressivement à ne (vraiment) plus avoir faim. Le petit-déj, un repas important donc… selon les besoins de chacun ?