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Salzbourg : À l’image de son arrière-pays, la ville de Mozart ne manque pas de sel
Élégante et cultivée, Salzbourg est aussi tournée vers la nature. La « ville du sel » invite à prendre de la hauteur, sur sa forteresse d’abord, puis vers les sommets du parc national des Hohe TauernJean-Claude Urbain
Impossible d’évoquer Salzbourg sans penser à Wolfgang Amadeus Mozart. Le compositeur de génie est à jamais associé à la ville qui l’a vu naître. Les mélomanes du monde entier se pressent au numéro 9 de la pittoresque rue Getreidegasse pour visiter sa maison d’enfance, les badauds s’arrachent les souvenirs à son effigie, et l’aéroport local porte son nom. Mais la « ville du sel » est également celle du chef d’orchestre Herbert Von Karajan, de l’écrivain Stefan Zweig, du physicien Christian Doppler, des magasins Spar et de la boisson énergisante Red Bull. Immortalisée au cinéma par Robert Wise dans La Mélodie du bonheur, Salzbourg est surtout un chef-d’œuvre en elle-même, classé au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.
Fondée au VIIe siècle et dirigée par les princes-archevêques catholiques jusqu’au XIXe, Salzbourg a tiré une fortune colossale de ses ressources naturelles. L’exploitation du sel contribua à son embellissement ainsi qu’à sa relative tranquillité tout au long de la tumultueuse histoire du Saint-Empire. Icône protectrice de la cité, Hohensalzburg est une des plus grandes forteresses médiévales d’Europe. Une des mieux conservées aussi. Il faut grimper sur ce promontoire imprenable, à pied ou en funiculaire, pour saisir l’agencement des églises, des palais, des places et des fontaines qui combinent avec un raffinement extrême le baroque et le néoclassique. De part et d’autre de la rivière Salzach, le tableau architectural est exquis !
La vieille ville qui se concentre sur la rive gauche, au pied de la forteresse, est l’écrin de la cathédrale Saint-Rupert-et-Saint-Virgil. La démesure de l’édifice, qui suggère la puissance des princes-archevêques, a valu à Salzbourg le surnom de « Rome germanique ». Pour approfondir la découverte, le DomQuartier est un concept muséal à la gloire du baroque. Contre l’achat d’un ticket unique, ce dispositif original offre une connexion à des sites auparavant séparés, comme la Résidence des princes-archevêques et ses salles d’apparat, le musée de la cathédrale et son cabinet de curiosités ou l’église Saint-Pierre, logée dans le plus ancien monastère du monde germanophone.
Différents ponts réservés aux piétons permettent ensuite d’enjamber la Salzach, comme l’ancien Mozartsteg, jadis soumis à un péage, ou le moderne Makartsteg, qui collectionne les cadenas des amoureux. Rive droite, la ville s’organise autour du palais Mirabell. Cet édifice où Mozart donna ses premières représentations déploie un jardin à la française de toute beauté, dégageant une perspective saisissante sur la forteresse.
Tant d’émotions culturelles attisent forcément la soif. Une bonne excuse pour s’asseoir à une terrasse de café. Parmi ses innombrables adresses, Salzbourg compte notamment le Tomaselli, le plus vieil établissement du pays, où le jeune Amadeus avait l’habitude de déguster son lait d’amande. Quelques années plus tard, c’est de bière que Mozart aimait s’abreuver. Sa préférence allait à la Stern, dont la brasserie modernisée accueille toujours les amateurs dans un jardin ombragé. À seulement quelques kilomètres de la Bavière allemande, Salzbourg est logiquement le rendez-vous autrichien des buveurs de houblon. Mais ces plaisirs gustatifs, aussi enivrants soient-ils, ne sauraient retenir plus longtemps les amateurs de grand air.
En route vers les sommets
Après avoir échauffé leurs mollets sur les contreforts de la forteresse Hohensalzburg, les randonneurs sont prêts pour rejoindre les hauteurs du Salzburgerland. Le pays salzbourgeois est en effet peuplé de sommets qui se couvrent d’edelweiss au début de l’été. Le massif des Hohe Tauern, les « Hauts Cols », en compte à lui seul trente dépassant les 3.000 mètres d’altitude ! Il faut dire que cet espace n’est rien de moins que le plus vaste parc national d’Europe continentale.
À 120 kilomètres de Salzbourg, la bourgade de Mittersill fait office de « capitale » des Hohe Tauern. Ceinturée de montagnes, elle sert notamment de laboratoire aux équipementiers de ski Tecnica et Nordica. Mais elle est surtout un camp de base idéal pour explorer la région, été comme hiver. Aux beaux jours, les marcheurs, débutants ou confirmés, peuvent s’en donner à cœur joie sur les nombreuses balades au départ du village. Et les cyclistes ne sont pas en reste. Ils peuvent, quant à eux, explorer la vallée de Krimml qui étire ses verts pâturages sur 20 kilomètres, jusqu’aux chutes du même nom. Là encore la région bat des records, puisque ces cascades de 380 mètres sont les plus hautes des Alpes.
La route alpine du Grossglockner peut enfin tenter les coureurs les plus aguerris. À vélo donc, mais surtout à moto ou en voiture, ce tracé panoramique est un pur enchantement. Il fut ouvert à la circulation en 1935, après cinq années de travaux épiques qui employèrent jusqu’à 3.000 personnes. Ponctué de haltes pédagogiques (musées, expositions, sentiers de découverte, etc.), le parcours propose à toutes les générations de visiteurs de s’intéresser à la nature alpestre, aux marmottes qui la peuplent et aux cristaux qu’elle renferme.
Après 48 kilomètres de lacets vertigineux, la route s’achève à 2.369 mètres d’altitude, au refuge Kaiser-Franz-Josef-Haus. Vu d’ici, le point culminant du pays semble à portée de main. Du haut de ses 3.798 mètres, le majestueux Grossglockner domine le glacier Pasterze qui s’étirait jadis sur plus de 9 kilomètres. En 1856, lorsque l’empereur François-Joseph et son épouse Sissi tombèrent amoureux du site, le glacier atteignait le niveau du refuge. Malheureusement, ses moraines ne tapissent désormais plus que le fond de la vallée… Avec le réchauffement climatique, le Pasterze recule de 50 mètres par an. Il est donc urgent de venir admirer un des plus beaux paysages d’Autriche ! Les glaces que l’empereur croyait éternelles auront vraisemblablement disparu dans une vingtaine d’années.



















