Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Les Rocheuses d’Alberta, temple vivant de la nature au Canada
bol d'air

Canada : En Alberta, les fabuleuses montagnes Rocheuses offrent une nature encore sauvage aux férus de grands espaces

Montagnes, lacs, forêts… Et plus d’une centaine de glaciers : le paysage qui défile le long de la route la plus élevée du Canada, reliant Banff à Jasper, recèle tout ce que l’on peut espérer d’un paradis alpestre
Jean-Claude Urbain

Jean-Claude Urbain

D’abord, rien que du plat. Et puis soudain, la voilà : une énorme muraille à l’horizon, vers laquelle les voitures semblent filer comme pour se fracasser. En arrivant de Calgary à travers l’immensité de la Grande Prairie par l’autoroute n°1 « Transcanadienne », la superbe forteresse des Rocheuses surgit tel un mirage.

Sur 2.400 kilomètres, de la frontière américaine jusqu’au Grand Nord, s’étend une invraisemblable succession de cimes et d’éperons acérés, de glaciers et de neiges éternelles, de lacs turquoise et de chutes d’eau bouillonnantes, de canyons vertigineux et de forêts impénétrables. Autant de panoramas emblématiques du Canada, à découvrir en voiture, mais aussi à cheval, en raft, à vélo ou à pied.

Au Boundary Ranch de Kananaskis, les contreforts des Rocheuses se gagnent à dos de cheval.
Au Boundary Ranch de Kananaskis, les contreforts des Rocheuses se gagnent à dos de cheval. - Jean-Claude Urbain

Jamais avare de merveilles, la nature s’est montrée particulièrement généreuse avec l’Alberta. En accordant à la perfection le roc, l’eau, la flore et la faune, le grand chef d’orchestre du monde a composé dans cette province de l’Ouest canadien une de ses plus belles œuvres. Celle-ci est pourtant restée longtemps méconnue.

Les premiers Européens à contempler ces montagnes furent des Français. L’explorateur Pierre Gaultier de Varennes, sieur de La Vérendrye, et ses quatre fils partirent de Montréal, en 1731, avec l’ambition d’ouvrir une voie de commerce jusqu’à l’océan Pacifique. Après avoir fondé le fort La Reine dans le Manitoba, ils s’associèrent aux autochtones Assiniboines et Cris pour pousser plus à l’ouest. Mais lorsque, vers 1743, ils parvinrent au pied des colossales Rocheuses, découragés, ils rebroussèrent chemin.

Voué à la glisse en hiver, Sunshine Village, dans le parc national de Banff, accueille les randonneurs en été.
Voué à la glisse en hiver, Sunshine Village, dans le parc national de Banff, accueille les randonneurs en été. - Jean-Claude Urbain

Un siècle après l’aventure de La Vérendrye, le Canada naissant cherchait à s’affirmer face à son grand voisin américain. John A. Macdonald, le tout premier dirigeant du pays, lança l’audacieuse idée d’une ligne de chemin de fer traversant l’immensité du pays. Son projet : souder la jeune nation « d’un océan à l’autre ». C’est sur cet engagement que la Colombie-Britannique, isolée à l’ouest, consentit à intégrer la Confédération en 1871.

Après avoir franchi les Rockies, le ruban d’acier atteignit enfin le Pacifique en 1885. Véritable moteur de peuplement et de développement des montagnes, le « cheval de fer », comme l’appelaient les Premières Nations, fit aussi fleurir dans son sillage de nombreux villages de montagne, comme Canmore, Banff, Lake Louise et Jasper.

Avant de traverser Banff, la rivière Bow passe par Canmore, un village dédié aux activités de plein air, comme le rafting.
Avant de traverser Banff, la rivière Bow passe par Canmore, un village dédié aux activités de plein air, comme le rafting. - Jean-Claude Urbain

Banff, berceau des parcs canadiens

L’histoire des parcs nationaux, comme celle de l’Ouest canadien, s’inscrit sur les rails. Lorsqu’en 1883, trois cheminots de la Canadian Pacific Railways « découvrirent » des sources d’eau chaudes sulfureuses aux abords de Banff, des querelles éclatèrent avec les Assiniboines concernant l’exploitation du site. Pour mettre tout le monde d’accord, c’est le gouvernement fédéral qui se l’appropria. Le premier parc national du pays (le troisième au monde) naquit ainsi en 1885. Dès l’année suivante, le parc de Yoho et celui des Glaciers sanctuarisaient à leur tour la nature des Rocheuses.

La compagnie ferroviaire orchestra la suite du récit : elle bâtit des hôtels de prestige (connus aujourd’hui sous l’enseigne Fairmont) et fit appel à des artistes pour diffuser l’image sensationnelle des montagnes. C’est ainsi que naquit la mythologie de la Wilderness, cet appel irrésistible de la « nature sauvage ». Malgré son importante fréquentation, le parc de Banff reste un des écosystèmes les mieux préservés de la planète. Il est classé, avec l’ensemble des parcs des Rocheuses canadiennes, au Patrimoine mondial de l’Unesco.

À 120 km de Calgary, Banff est une porte magique ouverte sur le sanctuaire des Rocheuses.
À 120 km de Calgary, Banff est une porte magique ouverte sur le sanctuaire des Rocheuses. - Jean-Claude Urbain

Perché à 1.384 mètres, Banff est le plus haut village du Canada. Une sorte de Chamonix nord-américain, avec ses boutiques de matériel sportif, ses musées, ses festivals estivaux, son parc hôtelier et son terrain de golf. La localité donne un accès privilégié à trois importantes stations de ski alpin : Lake Louise, Sunshine Village et Mont Norquay. Aux beaux jours, 1.600 kilomètres de sentiers balisés permettent d’épier les chèvres sauvages sur leurs éperons rocheux ou les élans au fond des vallées.

Par sa facilité d’accès et la qualité de ses infrastructures, Banff ne s’adresse pas seulement aux sportifs aguerris. Les environs se prêtent aussi à la balade à vélo électrique. Les mini-croisières sur le lac Minnewanka associent nature et culture, en s’attardant sur l’histoire millénaire des Premières Nations autour du site. Et les télécabines du mont Sulphur offrent une vue à 360° sur la rivière Bow et la montagne Cascade d’un côté, le pic Sundance et le mont Rundle de l’autre.

Arrêt incontournable sur la route 93, le lac Peyto doit sa couleur à la farine glaciaire charriée par la fonte des neiges.
Arrêt incontournable sur la route 93, le lac Peyto doit sa couleur à la farine glaciaire charriée par la fonte des neiges. - Jean-Claude Urbain

L’autoroute n°1 continue le long de la rivière Bow pour arriver au lac Bow, lui-même alimenté par, devinez quoi ? Le glacier Bow. Avant ce dernier, un arrêt s’impose à Lake Louise, dont le lac émeraude scintillant au creux d’un cirque boisé compose un des tableaux les plus pittoresques du pays. Après un tour du lac en canot, impossible de résister à l’appel du luxueux spa Basin que vient d’inaugurer l’emblématique hôtel Fairmont, dont les fenêtres s’ouvrent sur ce décor de rêve depuis le début du XXe siècle.

C’est à ce carrefour qu’on délaisse la Transcanadienne pour la route 93. Surnommée la « Promenade des glaciers », cet itinéraire panoramique, qui s’étire sur 230 kilomètres, entre Lake Louise à Jasper, est une attraction en soi. Entre pics dentelés et crêtes érodées, lacs aux couleurs surnaturelles et géants de glace, difficile de garder les yeux sur la route !

Environ 200 plantigrades vivent actuellement dans le parc national de Jasper, dont 120 grizzlis.
Environ 200 plantigrades vivent actuellement dans le parc national de Jasper, dont 120 grizzlis. - Jean-Claude Urbain

Au pays des ours

Créé en 1907, le parc national de Jasper est en partie constitué de cimes inaccessibles. Dès son entrée par la route 93, le champ de glace Columbia étale son échine étincelante entre des sommets culminants à plus de 3.500 mètres, comme les monts Snow Dome et Athabasca. Le mont Columbia est le plus élevé, à 3.750 mètres, mais aussi le plus symbolique, à cheval sur la ligne de partage des eaux : la rivière du même nom s’échappe vers l’ouest et le Pacifique, la Saskatchewan vers l’est et la baie d’Hudson, et l’Athabasca rejoint, au nord, le fleuve Mackenzie et l’Arctique.

Le champ de glace Columbia couvre une superficie d’environ 320 km² d’où s’écoulent de puissantes langues glaciaires. La plus grande (4,5 kilomètres) et la plus accessible est le glacier Athabasca sur lequel des excursions en bus tout-terrain offrent le privilège rare de déambuler. Épaisse de 300 mètres à sa base, la langue glaciaire venait naguère lécher la route actuelle. Mais depuis plus d’un siècle, son extrémité recule inexorablement.

Issu du champ de glace Columbia, l’Athabasca est l’attraction principale sur la Promenade des glaciers.
Issu du champ de glace Columbia, l’Athabasca est l’attraction principale sur la Promenade des glaciers. - Jean-Claude Urbain

La rivière Athabasca prend le relais le long de la 93, entaillant le roc dans sa descente vers Jasper, à travers la prairie alpine. Celle-ci cède peu à peu la place aux conifères, dont la parure sombre rehausse l’éclat des sommets. Le meilleur point d’observation pour admirer ce tableau est le Glacier Skywalk, une passerelle de verre suspendue à 280 mètres au-dessus de la vallée Sunwapta.

Vous êtes ici au pays des ours : cette brochure est distribuée aux visiteurs du parc pour leur rappeler que les plantigrades sont ici chez eux. En fait, les chances de croiser leur chemin sont minimes depuis que la décharge de Jasper a été déplacée à une soixantaine de kilomètres. Autrement… Mieux vaut avoir bien lu la brochure ! La région est aussi le domaine du wapiti, un majestueux cervidé à la robe de velours, qui ne s’émeut guère du bruit des voitures et qui peut se révéler plus redoutable qu’un ours, surtout à la fin de l’été, en période de rut.

La vie et les activités de loisir reprennent leur cours dans l’environnement calciné de Jasper.
La vie et les activités de loisir reprennent leur cours dans l’environnement calciné de Jasper. - Jean-Claude Urbain

Plus tranquille que Banff, Jasper est le point de départ de raids sportifs à travers une variété de paysages qu’on croirait infinie. Mais pour le grand public, son nom évoque aussi le feu qui a ravagé 33.000 hectares de forêt en juillet 2024. Officiellement éteint en avril 2025, cet incendie d’une intensité exceptionnelle a profondément marqué les 4.500 résidents permanents qui peinent toujours à retrouver leurs marques. Le tourisme joue un rôle essentiel dans cette reconstruction.

Des tours guidés sur les hauteurs de Jasper permettent de prendre la mesure d’un monde qui n’a pas besoin d’humains pour exister. Déclenché par la foudre, le feu est un phénomène naturel dans les immensités canadiennes, où il permet aux épaisses forêts de se régénérer. Autour de Jasper, les fleurs tapissent déjà les sous-bois calcinés que les autorités ont décidé de ne pas défricher. La nature renaîtra de ses cendres, à son rythme. Et si la carte postale a changé d’allure, aux voyageurs de s’en accommoder.

Y aller

Avant de se rendre au Canada, les ressortissants français doivent remplir un formulaire en ligne afin d’obtenir une autorisation électronique, valable cinq ans.

Célèbre pour son Stampede, qui attire les cow-boys de toute l’Amérique du Nord chaque mois de juillet, la grande ville de Calgary est située à proximité des Rocheuses. Elle est directement connectée à Paris par la compagnie canadienne Westjet qui programme un vol quotidien sur Boeing 787-9 Dreamliner.

Conseils aux automobilistes : avant de s’engager sur la « Promenade des glaciers », ne pas oublier de faire le plein d’essence. Aucun service n’est disponible entre Lake Louise et Jasper, pas même téléphonique. Attention également à la faune, particulièrement active au crépuscule et à l’aube, lorsque la visibilité est réduite.

Se loger

En haute saison, les établissements bondés sont inaccessibles sans réservation préalable. À Banff, l’hôtel Kenrick, dont les chambres et le vaste spa viennent d’être rénovés, donne accès au centre-ville à pied. Plus intimistes, les superbes bungalows vitrés de Skyridge Glamping sont dissimulés dans la forêt de Kanakaskis, pour des réveils inoubliables au chant des oiseaux. Le Lake Louise Inn offre, quant à lui, un séjour confortable à quelques minutes du célèbre lac. Inutile en revanche de se déplacer pour profiter de la nature au Glacier View Lodge, dont la vue sur le champ de glace Columbia est spectaculaire. En bordure de lac, le Fairmont Jasper Park Lodge est enfin l’adresse idéale pour profiter d’installations cinq étoiles après un raid sportif dans les Rocheuses.

Se restaurer

Notre sélection de bonnes tables à travers les Rockies : le Boundary Ranch, à Kanakaskis, pour ses barbecues de cow-boys ; le Stirling Grill, à Canmore, pour sa terrasse ensoleillée face aux montagnes Three Sisters ; l’Altitude Restaurant, au Glacier Discovery Center du parc de Jasper, pour sa vue sur le champ de glace Columbia. À Banff, la journée gastronomique peut débuter par un petit-déjeuner roboratif au Farm & Fire, se poursuivre avec un déjeuner d’inspiration japonaise au Shoku Izakaya, et s’achever par cocktail Ceasar et un steak de bison au restaurant The Prow.

À faire

Aux abords de Kananaskis, le Stoney Nakoda Resort propose de commencer la découverte des Rocheuses par une immersion dans la culture autochtone. Les Stoney Nakoda peuplaient, en effet, les contreforts des montagnes bien avant l’arrivée du chemin de fer et des colons européens. Le programme, qui débute par un spectacle de musique et de danse réalisé par les membres de la famille Small Eyes, se poursuit par un cours de cuisine autochtone où chacun met la main à la pâte des emblématiques fry bread et native tacos.

L’expérience autochtone se poursuit à Jasper avec les Warrior Women menées Matricia Brown, qui partage chants et légendes cris autour d’un feu de camp, propose des tours à la découverte des plantes médicinales ainsi que des ateliers de confection de bijoux.

À lire

Les éditions Gallimard publient ce mois d’octobre En Train au Canada. Ce bel ouvrage collectif réunit 26 itinéraires ferroviaires à travers le pays, dont le mythique Rocky Mountaineer reliant Jasper à Vancouver en passant par les Rocheuses. Une invitation au voyage contemplatif, agrémentée de pages thématiques sur les cultures autochtones, les parcs naturels et les villes.

À voir

Si Hollywood exploite la beauté des Rocheuses américaines depuis très longtemps, le cinéma contemporain s’inspire aussi des canadiennes. Les westerns Impitoyable (1992) et Open Range (2003) ont, par exemple, les Rocheuses d’Alberta en toile de fond. The Revenant (2015) et Le Secret de Brokeback Mountain (2005) ont été tournés aux environs de Kananaskis. Légendes d’automne (1994) à proximité de Banff et de la rivière Bow. Inception (2010), dans le parc national de Jasper.

Renseignements

Le site officiel du tourisme au Canada est une source inépuisable d’information pour préparer son voyage à travers les Rocheuses d’Alberta ou simplement en rêver.