Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Le skate restera-t-il l’âme rebelle de Los Angeles avec les Jeux olympiques ?
LA 28

JO 2028 à Los Angeles : À Venice Beach, le skate restera-t-il l’âme rebelle de la ville ?

Devenu sport olympique en 2021 lors des JO de Tokyo, le skateboard a changé d’image. En 2028, la pratique revient là où tout a commencé
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Dans trois ans, Los Angeles accueille les Jeux olympiques 2028. Un événement appelé à être historique d’après ses promoteurs.
  • Sport mais aussi culture et santé, la « cité des anges » entend mettre en avant son « life style » unique.
  • 20 Minutes est allé à Los Angeles pour voir comment la ville se prépare. Aujourd’hui, nous plongeons dans l’histoire du skate, pratique emblématique de la contre-culture de la ville.

Il existe des lieux mythiques. Le skatepark de Venice Beach en est un. Sous le soleil brûlant de Los Angeles, le bowl ne désemplit pas (ou seulement les jours de pluie). Ce spot emblématique de la promenade de Venice fascine autant qu’il impressionne. Ici, le skate n’est pas simplement un sport.

Alors que Los Angeles se prépare à accueillir les Jeux olympiques en 2028, 20 Minutes est allé prendre le pouls là où tout a commencé, pour comprendre ce que la compétition olympique change – ou non – dans l’âme du skate. Car son entrée dans le giron olympique, officialisée en 2021 aux JO de Tokyo, continue de diviser la scène. Faut-il saluer cette reconnaissance mondiale comme une consécration ou la redouter comme une trahison de l’essence rebelle du skate ?

Venice Beach et le skateboard : toute une histoire

Venice Beach et le skate, c’est une histoire ancrée dans le béton depuis les années 1970. C’est ici que les « Z-Boys », ou « Zephyr Competition Team », ont révolutionné la pratique du skateboard. En 1975, la Californie du Sud est frappée par une longue période de sécheresse. Contraints de vider leurs piscines, de nombreux propriétaires laissent derrière eux des cuvettes en béton, vite repérées par ces jeunes en quête de nouveaux terrains de jeu. Une aubaine pour les Z-Boys et leurs potes, qui s’y engouffrent planche au pied. De ces sessions sauvages dans les piscines vides naîtra le style “bowl” et toute une culture qui fera de Venice Beach le berceau mondial du skate.

Né de la rue, sans fédération ni règles, le skate a longtemps prospéré en marge du sport traditionnel. Il s’est nourri de vidéos VHS, de photos argentiques. La Fédération Française de Roller et Skateboard, estime plus de 50 millions de pratiquants dans le monde. Et si la discipline est aujourd’hui mondiale, Venice Beach reste, pour beaucoup, le cœur battant de cette culture.

Skate aux Jeux olympiques, reconnaissance ou trahison ?

Clément Four, jeune skateur français de passage à Venice Beach, le résume avec lucidité : « La question du skate aux JO, c’est un sujet très très clivant, de par l’histoire du skate. Même si tu es tout seul sur ta planche, c’est vraiment très collectif comme sport. Il y a un fort sentiment d’appartenance à un groupe, et encore plus dans des endroits comme Venice. »

Pour lui, l’origine du skate n’est pas dans la compétition, mais dans l’art, le partage, l’image : « À la base, le skate, c’était vraiment filmé à la VHS pour faire des petites parts (vidéos de skateboard). Ensuite ils sont passés dans des magazines. Ce n’était pas un truc de compétition. C’est presque de l’art, avec des photos, des vidéos, des échanges. Ce que redoutent certains, c’est que les JO gâchent tout cet univers. »

Kevin Hairston, skateur installé depuis onze ans à Los Angeles, partage cette idée d’un clivage : « Il y a une vraie dichotomie entre le skate artistique et le skate de compétition. Il y a cette séparation entre le skate comme forme d’art et le fait de réussir des figures pour gagner des points. Chacun s’exprime à sa manière. Certains veulent vraiment performer, d’autres s’en foutent. »

Mais il reconnaît aussi que les JO offrent une nouvelle scène au skate, notamment pour des pays émergents : « La plupart des skateurs olympiques viennent déjà du circuit pro, comme sur les X Games. Pour eux, les JO, c’est juste une compétition de plus. Mais par exemple, ça a été un honneur énorme que Yuto Horigome remporte la première médaille d’or en 2020. »

Une question de génération ?

Pour Clément, cette opposition, c’est aussi une affaire de génération : « Moi, je fais partie d’une génération qui a grandi avec les nouvelles compétitions, comme la Street League. J’ai commencé le skate quand ça existait déjà, donc je n’ai pas connu l’époque où on faisait juste des vidéos et des photos pour le plaisir. Maintenant, on s’entraîne pour atteindre un but, des figures. »

Cette démocratisation touche aussi les jeunes filles. Annabel, 12 ans, rencontrée dans le bowl de Venice Beach avec son père, incarne cette Nouvelle Vague, inspirée par la visibilité du skate féminin : « C’est trop cool de voir des filles skater à la télé, ça m’a donné envie de prendre ma planche et d’essayer ! Maintenant, je suis super heureuse de pouvoir skater ici. »

Pour accompagner cet élan, la ville de Los Angeles et le comité LA28 ont lancé le programme PlayLA, une initiative visant à rendre le sport accessible à tous les jeunes Angelenos. Kevin, justement, en est devenu professeur de skate : « J’ai vu plein de gamins s’y mettre grâce à ça. C’est une bonne chose que les JO permettent ce genre de dynamique. »

Un retour aux sources

Boris Darlet, président de la Fédération française de roller et de skateboard (FFRS), expliquait à 20 Minutes que « les JO sont dans le sens de l’histoire pour le skate, d’autant qu’il y aura un retour aux sources, dans quatre ans à Los Angeles. »

En 2028, les épreuves de skate se dérouleront à Sepulveda, pendant que Venice Beach accueillera le triathlon. Et même si les médailles en skate se gagneront ailleurs, c’est ici que beaucoup viendront rêver, rouler, s’inspirer. Comme le dit Clément : « le skatepark de Venice Beach va sûrement devenir encore plus mythique qu´il ne l’est déjà. Pour les gamins qui skateront ici pendant les JO, ce sera un rêve. »