Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
« Un vent de liberté », le skateboard a cassé les codes à la Concorde

JO 2024 : « Un vent de liberté »… Le skateboard casse les codes et réussit son examen de passage à la Concorde

Tradition et modernitéLes épreuves de skateboard se sont conclues lundi soir et elles ont séduit le public des JO de Paris 2024, tant par le remarquable spot du parc urbain installé place de la Concorde que par la « coolitude » de son organisation
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Le tournoi masculin de skateboard aux Jeux olympiques de Paris 2024 s’est déroulé lundi, dans le parc urbain de la Concorde, et a été remporté par le Japonais Yuto Horigome.
  • Pour sa première édition olympique avec des spectateurs (près de 4.000), la discipline a séduit les spectateurs, dont beaucoup de néophytes.
  • Le succès de cette curiosité s’explique en partie par le spot incroyable et par la « coolitude » de l’organisation, qui permettait de déambuler sur place et même d’approcher les skateurs en pleine compétition.

A la Concorde,

« Vous venez m’engueuler parce que je prends des photos et que je n’ai pas le droit de m’asseoir ici, c’est ça ? » A l’échelle de la communauté skateboard, il faut croire que notre accréditation de journaliste et notre look font de nous des rabat-joie en puissance. Mais non, aucune intention par ici de priver Noah Muller, étudiant suisse de 21 ans, de son climax des JO de Paris 2024, à savoir assister quasiment de l’intérieur à la médaille d’or de son idole, le Japonais Yuto Horigome.

Sous un soleil resplendissant et 30 degrés, il a sacrément optimisé lundi son expérience sur le superbe site de la place de la Concorde, où se disputeront aussi le cyclisme BMX freestyle, le basket 3x3 et le breaking. « Au départ, je me suis installé à ma place prévue sur mon billet, en haut d’un gradin du skatepark, raconte Noah. Puis je me suis aperçu qu’il y avait quelques sièges libres, installés à deux mètres de là où les skateurs entament leur run. Je me devais de tenter ma chance. »

Noah Muller (à gauche) et d'autres jeunes passionnés de skate se sont régalés lundi en assistant de très près aux tricks des athlètes participant aux JO à la Concorde.
Noah Muller (à gauche) et d'autres jeunes passionnés de skate se sont régalés lundi en assistant de très près aux tricks des athlètes participant aux JO à la Concorde. - J. Laugier / 20 Minutes

Kinane (13 ans) observe le Japonais Onodera (14 ans)

Bien lui en a pris, comme pour d’autres jeunes passionnés, de rejoindre cet espace initialement dédié, tout autour du skatepark, aux personnes en fauteuil roulant ainsi qu’à leur accompagnant. Lui aussi aux premières loges avec un ami en situation de handicap, Isaak (26 ans) savoure sa journée : « C’est un sport incroyable à regarder, qui a tout pour faire rêver les gamins et pourquoi pas déclencher des vocations ». Deux enfants venus dans le cadre d’une sortie avec un centre de loisirs de Seine-Saint-Denis, Royale (7 ans) et Kinane (13 ans) ne manquent rien des tricks tentés par les 22 skateurs engagés dans le concours masculin.

« C’est une belle surprise, ce qu’ils font est stylé et impressionnant », s’enthousiasme Kinane, qui observe sans le savoir un athlète olympique japonais, Ginwoo Onodera, n’ayant qu’un an de plus que lui. Parmi ces VIP supposés, qui n’en sont donc pas du tout, David ne regrette pas d’être venu à la Concorde, même si ça lui a coûté un visage rouge écarlate au vu du soleil aussi incisif qu’un 900 de Tony Hawk à son prime.

Etre athlète olympique à 14 piges, check pour Ginwoo Onodera.
Etre athlète olympique à 14 piges, check pour Ginwoo Onodera. - F. Franklin II/AP/SIPA

« Plus qu’un sport, c’est un spectacle »

« Je n’aurais jamais cru assister un jour à une compétition de skate dans le cadre des Jeux olympiques, surtout dans un complexe aussi fantastique, confie ce Bruxellois de 51 ans. Mon fils voulait à tout prix en être. Plus qu’un sport, je trouve que c’est un spectacle. Et puis on sent cet univers street et ce vent de liberté. »

Notre Belge vise juste avec cette dimension de « liberté » : oubliez vos habitudes des autres sites olympiques (mais pas que) consistant à vous installer à votre place définie (et à bien y rester), avec l’impossibilité de rejoindre une autre tribune. Là, il y a un mouvement permanent dans les allées autour des athlètes, et certains spectateurs (on en revient à Noah et aux plus audacieux) peuvent les checker entre leurs runs.

« Les athlètes se félicitent tous sans cesse »

Le tout avec la complaisance/« coolitude » des bénévoles de Paris 2024, dont les (rares) consignes sont clairement moins rigides qu’à La Défense Arena, au Grand Palais ou à l’Arena Champ-de-Mars pour ne citer qu’eux. « C’est l’esprit originel du skate et c’est trop chouette de voir qu’il est respecté ici, reprend Noah Muller. On laisse tout le temps de la musique, même pendant les runs des athlètes, on est proche d’un événement X-Games finalement. »

A la différence près que des familles à des années-lumière de la culture skate ont aussi fait partie des 4.000 personnes présentes lundi au skatepark. « Le cadre est dingue avec l’Obélisque juste à côté, insiste Véronique, venue avec sa fille Louise (12 ans). Et puis on se prend vite au jeu du skate, et on voit que c’est une communauté bienveillante. Les athlètes se félicitent tous sans cesse en pleine compétition, on n’a pas l’habitude de voir ça ailleurs. » Sur ce point aussi, on sent bien que le skateboard reste un ovni dans la famille olympique, à l’occasion de ses premiers véritables JO avec ferveur, trois ans après ceux de Tokyo à huis clos.

« Faire s’agrandir la communauté du skateboard »

« Tokyo ne se résumait qu’à un rendu télévisuel, appuie Boris Darlet, président de la Fédération française de roller et de skateboard (FFRS). Là, il existe encore une appréhension dans la culture skate par rapport à l’esprit olympique. Mais les skateurs reconnaissent que ce parc urbain de la Concorde, qui était la volonté du Comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo), est le plus beau spot mondial qu’ils ont jamais vu pour une compétition. Les JO sont le sens de l’histoire pour le skate, d’autant qu’il y aura un retour aux sources, dans quatre ans à Los Angeles. »

Une vue d'ensemble de l'atypique skatepark installé pour ces Jeux olympiques sur la place de la Concorde.
Une vue d'ensemble de l'atypique skatepark installé pour ces Jeux olympiques sur la place de la Concorde. - K. Kudryavtsev / AFP

Un élan tout de même freiné par l’élimination lundi des trois Français en lice pour une qualif en finale, dont le Lyonnais Aurélien Giraud, qui ambitionnait une médaille. La mère d’un autre concurrent non qualifié pour cette finale, le Canadien Matt Berger, 11e au classement lundi, est enthousiaste : « C’est un événement fantastique, avec une belle énergie, et l’enjeu sera de faire s’agrandir la communauté du skateboard dans les prochaines années ».

Un vœu pieux partagé par Boris Darlet : « On a vu que la cérémonie d’ouverture avait cassé les codes. Ce mélange d’un Paris traditionnel avec l’Obélisque et son parc urbain est le prolongement de ces codes cassés ». Allez, on l’avoue, on s’est tellement laissé happer par ce « vent de liberté » qu’on pardonnera au DJ son remix électro douteux de Radiohead. Le rendez-vous est pris pour dans quatre ans à LA.