La vie après l’Everest et les sept sommets ? « Avoir un petit côté aventurière française », projette Constance Schaerer
interview•L’Alsacienne, devenue l’an dernier la plus jeune Française à avoir gravi l’Everest, organise ce jeudi soir au Grand Rex la projection du film retraçant son ascension. L’occasion de parler avec elle de son défi des sept sommets et de ses projetsPropos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- A 26 ans, Constance Schaerer est devenue en mai dernier la plus jeune Française à atteindre le sommet de l’Everest, dans le cadre de son défi de gravir les sept sommets les plus hauts de chaque continent.
- Cette aventure, démarrée en 2022, a pour point de départ la découverte d’un vœu de son père, décédé d’un cancer du pancréas quand elle avait 9 ans.
- Nous l’avons rencontré à l’occasion de la projection du film retraçant son ascension jusqu’au Toit du monde, ce jeudi soir au Grand Rex à Paris. La jeune femme, fondatrice de l’association « 7 sommets contre la maladie », savoure cette belle réussite et évoque ses prochains projets.
En mai dernier, Constance Schaerer est devenue, à 26 ans, la plus jeune Française à atteindre le sommet de l’Everest. Pas son premier exploit, puisque l’Alsacienne avait déjà gravi le Kilimandjaro en Afrique, l’Aconcagua en Amérique du Sud et le Denali (ou Mont McKinley) en Amérique du Nord. La jeune femme s’est lancée dans le défi de réussir les plus hauts sommets de chaque continent, afin de réaliser un vœu de son père Marc, décédé d’un cancer du pancréas lorsqu’elle avait 9 ans.
En attendant de compléter sa collection avec l’Elbrouz (Europe), le massif Vinson (Antarctique) et le Puncak Jaya (Océanie) , elle présente le film de son ascension du Toit du monde, ce jeudi soir au Grand Rex.
Près de 1.500 personnes sont attendues dans la célèbre salle parisienne*, un succès inouï pour elle, partie d’une page blanche en 2021. Depuis, elle a créé son association « 7 sommets contre la maladie », qui accompagne des enfants qui ont un parent atteint de cancer ou qui ont perdu un parent. Sébastien Loeb, Fabrice Amédéo et Mehdi Zidane, le neveu de Zizou, en sont les parrains, et beaucoup d’autres personnalités ont déjà apporté leur soutien. Constance Schaerer, désormais suivie par près de 100.000 personnes sur Instagram, nous raconte cette folle aventure qui n’en est « encore qu’à ses débuts », jure-t-elle.
*Ouverture des portes ce jeudi soir à 18h30. Il reste des places
Que représente pour vous cette soirée au Grand Rex ?
Un accomplissement, et une belle reconnaissance. Se retrouver au Grand Rex quand tu as démarré un projet ultra personnel il y a quatre ans, c’est génial. C’est quand même la plus grande salle de cinéma d’Europe, et la plus belle aussi d’ailleurs. C’était le but, au départ, de regrouper plein de personnes autour de ce projet, et aujourd’hui on est en train d’y arriver, petit à petit. Même si la plus grosse ascension, celle de l’Everest, est passée, ce n’est encore que le début de l’histoire. Ça va être génial en tout cas, c’est cool de se dire qu’on arrive à faire des films, à aller au bout de nos rêves.
Vous imaginiez, avant l’Everest, que ça représenterait à ce point une bascule pour vous ?
Je savais qu’il y aurait des changements, parce que l’ascension de l’Everest, c’est celle dont on parle le plus. Et je savais aussi que si j’atteignais le Toit du monde à ce moment-là, je serais la plus jeune Française à l’avoir fait et ça changerait un peu le cours de l’histoire. Après, j’ai essayé de ne pas trop réfléchir à la suite, quels allaient être les impacts, etc. Déjà, pour ne pas me mettre la pression dans mon expédition et pouvoir vraiment vivre mon projet à 100 %, et aussi parce que si t’imagines trop gros, tu peux avoir une forme de déception. Donc je me suis plus laissée porter, en me disant qu’on verrait bien. Au final, c’est super parce que les retombées ne se sont pas arrêtées au bout d’un mois ou deux, ça continue de grimper, on a beaucoup de projets en cours, des sollicitations, des choses qui m’intéressent beaucoup.
Vous avez rencontré énormément de gens ces cinq dernières années, comme Mike Horn, Christine Janin ou Jacques Marmet. Qui vous a le plus marqué ?
J’ai quand même envie de dire Christine Janin, c’est la première femme qui est arrivée au bout du challenge des sept sommets, la première Française au sommet de l’Everest, elle a aussi créé une association [« A chacun son Everest »]. Elle a mené sa barque vachement loin, et on a beaucoup de similitudes dans nos profils, dans la détermination, l’envie de faire de grandes choses, d’accompagner les enfants. Mais après, tout le monde a été hyper inspirant. J’ai ressenti ces quatre dernières années beaucoup d’entraide et de soutien, des personnes qui avaient vraiment envie d’être là. C’est le plus gratifiant aujourd’hui, vivre ces succès tous ensemble.
En 2022, vous avez gravi le Mont-Blanc en même temps que vous écriviez votre mémoire de fin d’étude. Le sujet était « quels sont les leviers qui permettent à l’homme de générer du sens dans la réalisation de sa vie ». Est-ce que vous l’écririez différemment aujourd’hui ?
Franchement, non, parce qu’il m’a beaucoup aidée à comprendre sur quoi je devais m’impliquer. J’essaye d’être sur des choses où on va avoir un impact long terme, plutôt que de faire des one shots qui se suivent. Le but c’est réfléchir sur l’année complète, comment on peut la construire pour que ça ait le plus de sens possible, aligné avec mes valeurs.
La question était aussi de savoir si le sens que vous avez donné à votre vie avait évolué avec ce projet…
C’est marrant parce que j’ai écrit ce mémoire, j’avais déjà le challenge des sept sommets en tête. Je l’ai écrit pour ça, justement, pour essayer de comprendre où je devais aller, quel chemin je devais prendre, parce qu’à ce moment-là, c’était dur de choisir. Je sortais d’école de commerce, j’aurais pu avoir un super job dans une belle entreprise, c’est dur de se dire « vas-y je quitte tout et je vais faire autre chose », quand tes copines signent leur premier CDI. Ce sont des choix de vie difficiles à faire.
Quand on a grimpé l’Everest, est-ce dur de se motiver pour repartir ? N’y a-t-il pas une sorte de décompression ?
Je n’ai pas ressenti ça depuis l’ascension, mais aussi parce que ça n’a pas arrêté. Ça a été la course contre la montre depuis, j’ai eu très peu de moments off, de réflexion. La projection de jeudi est justement le dernier chapitre de l’Everest, ensuite je vais partir sur autre chose, un gros projet qu’on annoncera d’ailleurs à cette occasion. Donc pour l’instant, je n’ai pas eu ce moment de down, mais il arrivera et c’est normal, il faut que ça se calme aussi, je ne peux pas vivre à 100 à l’heure tout le temps.
Vous savez à peu près quand vous partirez pour les trois sommets restants ?
On fera des annonces jeudi, mais en gros, le projet est d’avoir terminé ce challenge d’ici à la mi-2027.
Est-ce que vous imaginez déjà quelle sera votre vie ensuite ?
Oh, elle sera toujours aussi dense et intense, parce que je ne sais pas m’arrêter. J’ai toujours plein d’idées, plein de choses que j’ai envie de développer, de créer. Ma vie à la fin des sept sommets, ce sera autour de mon association, continuer à aider ces enfants, en lien avec l’éducation nationale, les hôpitaux, les psychologues. Et évidemment, il y aura encore beaucoup de défis. J’ai envie d’avoir un positionnement un petit peu « aventurière française », à la découverte de tous les sports du milieu de la montagne, et aussi ceux qui sont un peu dans les mêmes univers, la voile notamment.
Est-ce qu’il vous arrive de penser, parfois, à la vie que vous auriez eue si votre père était toujours là ?
Oui, j’y pense souvent, vraiment. Il me manque et je me dis, punaise, j’aurais bien aimé qu’il soit là, qu’il voit ça. Mais après, je me dis que s’il était encore là, il ne le verrait pas parce que ça n’existerait pas. J’ai totalement accepté le décès de mon père, que la vie se soit passée ainsi. Forcément, il y a toujours cette grande tristesse et cette incompréhension, comme tous les enfants en fait. « Pourquoi ça m’arrive à moi ? Pourquoi le cancer, ça tombe sur certaines personnes et pas sur d’autres ? » Après, je pense qu’il ne faut pas regarder derrière soi. Le message que mon père a voulu me laisser, c’est vis à 100 %, vis intensément, fais de grandes choses.
Et votre mère, comment elle vit tout ça ?
(Elle sourit) Ma maman, ce n’est pas facile tous les jours pour elle, parce que déjà, tout est toujours tourné autour de mon père. Alors qu’elle, elle est ultra présente pour moi, elle se donne corps et âme pour ce projet, pour l’association. Au début, je pense qu’elle n’y croyait pas trop, il y avait cette réticence. Là, elle est en train de réaliser ce qui est en train de se passer, l’engouement qu’il y a autour de tout ça, de l’association. Quand elle voit aussi les familles qu’on accompagne, les échanges qu’elle peut avoir avec les parents, quand elle voit les enfants, c’est impossible d’être insensible. En tout cas, on est très fusionnelles, elle me soutient à 1000 % et elle essaie d’être là autant qu’elle peut pour m’aider. J’ai une chouette maman, quoi.



















