Alpinisme: Gravir l’Everest ou la quête de l’ultime sommet

Sky is the limit Atteindre le point le plus haut du globe, c’est comme courir un marathon en moins de deux heures ou manger 75 hot dogs en dix minutes… une manière de repousser ses limites certes, mais également celles de l’humanité

Antoine Magallon

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Le mont Everest est le point culminant de la Terre à 8.848 mètres d'altitude.
Le mont Everest est le point culminant de la Terre à 8.848 mètres d'altitude. — Getty Images
  • Le mont Everest, situé dans l’Himalaya à la frontière entre la Chine et le Népal, est le point culminant de la Terre à 8.848 mètres d’altitude.
  • En mai 1953, le Néo-Zélandais Edmund Hillary et le Népalais Tensing Norgay sont les premiers à gravir le toit du monde.
  • Depuis lors, l’Everest ne cesse de déployer son pouvoir d’attraction sur les hommes et les femmes désireux de dépasser leurs limites.
  • Les candidats au sommet des sommets sont parfois tellement nombreux que des «embouteillages» se forment lors de son ascension.

Remporter Koh-Lanta ou gravir l’Everest, quel défi est le plus difficile ? Peu importe que la question vous ait déjà traversé l’esprit ou non, vous aurez quand même la réponse. Vendredi dernier, Maud triomphait lors de la dernière édition du show télé et clamait, dans la foulée et dans nos colonnes, son envie de partir au Népal pour grimper sur le toit du monde.

Un rêve de plus en plus commun puisque 885 alpinistes sont parvenus au sommet de l'Everest en 2019, ce qui constitue le record all time en la matière. Pourtant, entre le coût, le défi physique et les dangers inhérents à une telle expédition, il n’est pas toujours facile de comprendre pourquoi tant d’hommes et des femmes s’aventurent à 8.848 mètres au-dessus du niveau des mers.

Prouver à soi et aux autres

« En réalité, ils ne sont pas si nombreux et heureusement d’ailleurs, tempère l’écrivain et historien de l’alpinisme Yves Ballu. Même si la pratique s’est démocratisée, ce n’est pas n’importe qui qui part pour l’Everest. Surtout, il faut rappeler que pendant longtemps, tout le monde pensait que c’était impossible. » En effet, ce n’est qu’en 1953 que le Néo-Zélandais Edmund Hillary et le Népalais Tensing Norgay viennent à bout de ce géant. « Les premiers à redescendre étaient considérés comme des héros pour avoir vaincu ce qui semblait aux limites des possibilités humaines. »

Le Néo-zélandais Edmund Hillary et le Népalais Tensing Norgay, le 26 juin 1953, un mois après leur ascension de l'Everest.
Le Néo-zélandais Edmund Hillary et le Népalais Tensing Norgay, le 26 juin 1953, un mois après leur ascension de l'Everest. - AP/Sipa

Et bien qu’aujourd’hui les journaux ne fassent plus leur Une sur ceux qui reviennent du sommet du monde, gravir le sommet de l'Himalaya reste un exploit. « C’est aussi, souvent, se prouver à soi-même et aux autres que l’on est capable de… L’homme est tout petit devant la montagne, mais devient très grand lorsqu’il redescend ».

Conquérir les sept sommets

Sophie Lavaud alias The 80.000 Lady, un surnom dont elle a hérité après avoir affronté dix des quatorze sommets au-delà des 8.000 mètres d’altitude, pointe du doigt l’évidence : « L’Everest, c’est le point culminant de la terre, donc c’est fascinant, attirant, mais on retrouve la même logique partout. Si on est en Europe, on veut aller au Mont Blanc, en Amérique du Sud sur l’Aconcagua ou en Afrique au Kilimandjaro. C’est symbolique. D’ailleurs il existe un challenge qui est très à la mode depuis quelques années : les seven summits (ce défi consiste à grimper au sommet de chaque continent). Pour réussir il faut passer par l’Asie, donc par l’Everest. »

Embouteillage…

Fin mai, une vidéo faisait le tour du monde et toute la lumière sur les conséquences de cet amour pour l’ultime sommet. On pouvait y voir des alpinistes en file indienne, à cinquante centimètres les uns des autres, accrochés à une corde, bloqués à plus de 8.800 mètres, à seulement quelques encablures du sommet. Un « embouteillage » dans un environnement hostile et pauvre en oxygène surnommé « zone de la mort », qui ferait passer un week-end du 15 août sur l’A4 pour une partie de plaisir.

Car en plus des chutes, Aditi Vaidya, une alpiniste indienne interrogée par l'AFP et citée par Le Monde, expliquait que « rester debout pendant une heure, à cette altitude, dans ce vent, dans ce froid, c’est là qu’un maximum de gens attrapent des engelures. Parce que tu ne marches pas, tu ne bouges pas et ton corps ne se réchauffe pas, tu as froid. »

…et réputation

Pourtant, peu nombreux sont les grimpeurs à faire demi-tour face aux difficultés. « A une telle altitude et surtout sans oxygène, vous êtes en hypoxie (un terme médical qui correspond à un déficit d’oxygène dans les tissus et qui touche bien évidemment le cerveau). Ceux qui expliquent avoir été particulièrement courageux au sommet de l’Everest sont des menteurs, tranche Yves Ballu. Le danger, on ne le voit plus, on a l’esprit anesthésié. On tombe dans un état un peu second, euphorisant. » Surtout, notre spécialiste pointe le degré d’engagement des alpinistes, qui « ont investi des mois de préparation, de l’argent ( plusieurs dizaines de milliers de dollars) et leur réputation dans cette affaire. »

Car oui, quand on part pour l’Everest on parle, on flambe, et renoncer, même à 50 mètres du but, c’est risquer de perdre la face. « Cette pression est formidable, mais elle peut aussi rendre fragile, vulnérable, surtout quand on a perdu sa capacité d’appréciation. » Sans oublier qu’une fois au sommet ce n’est pas un lit douillet qui attend les himalayistes, mais une (très) longue descente.