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C’est quoi le « quarter to four », cette forme de dating typiquement islandaise ?
Global Dating

« Pour une nuit ou pour la vie » : C’est quoi le « quarter to four », cette forme de dating typiquement islandaise ?

Brésil, Suède, Islande… Quel que soit votre lieu de villégiature estival, il se pourrait que les codes du dating varient quelque peu du modèle français
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • Cet été, 20 Minutes chevauche son cheval blanc en quête de formes de dating originales all around the world.
  • Les applications de rencontres, bien trop été 2025. On vous rencarde sur ce qu’il se passe ailleurs, les spécifités de certains pays, comme l’Islande, le Brésil et la Suède.
  • On commence avec le « quarter to four » (« le quart d’heure avant 4 heures ») est une forme de dating islandaise décrite par l’ex-Première dame Eliza Reid dans l’ouvrage Le Secret des Islandaises.

Le chrono est lancé. Il est 3h45 du matin, la soirée a été bonne, mais elle se finit en solo. Qu’à cela ne tienne, Laugavegur, l’artère principale de Reykjavik, en Islande, est bondée. Il reste quinze minutes, montre en main, aux célibataires pour dater et passer de solo à duo, au moins pour la nuit. Une pratique, si on peut la nommer ainsi, qu’Eliza Reid, ex-Première dame du pays, nomme le « quarter to four » ( « le quart d’heure avant 4 heures ») dans Le Secret des Islandaises (Michel Lafon).


Un livre dévoré il y a quelques années, qui se penche sur l’Islande en tant que modèle de parité. Rien qui ne s'apparente de près ou de loin au dating. Pourtant, à sa lecture, ce passage qui relate ces quelques minutes, en pleine nuit, où il est possible d’aborder un ou une inconnu(e) pour ne pas passer la nuit seul(e), m'a marquée.

« La dernière chance pour draguer »

C’est bien écrit noir sur blanc, page 123. « Si le but de la soirée est de trouver quelqu’un pour finir la nuit, c’est le moment de rassembler votre courage : "le quart d’heure avant 4 heures", dernière chance pour gefa undir fótinn ("en avoir sous le pied"), c’est-à-dire draguer. » Il ne s’agit pas (forcément) de trouver la femme ou l’homme de sa vie, mais simplement de prendre du bon temps (à deux). « Si vous trouvez la personne en question, celle-ci sait très bien qu’elle ne s’engage à rien, c’est juste une manière agréable de finir la nuit », indique l’ex-Première dame d’Islande.

C’est fou, non ? Car si les Français ne sont pas les derniers à coucher avec des personnes qu’ils viennent de rencontrer - 49 % l’ont déjà fait d’après un sondage Ifop - cette drague express ne semble pas aussi formalisée. Coïncidence (je ne crois pas), je dois décoller dans quelques jours pour l'Islande, dans le cadre d'un reportage sur les macareux (à lire bientôt ici). Une bonne raison d’aller voir au plus près si les Islandais emballent aussi vite que cette « règle », symbole de leur ouverture d’esprit en matière de rencontres et de sexualité, ne le dicte.

Omerta sur le (very) speed dating ?

Direction l’Islande (donc) avec l’intention de démêler le vrai du faux lié à cette pratique atypique. A peine arrivée, je pars arpenter les rues de Reykjavik, contiguës à Laugavegur, en quête de témoignages. A priori, un jeu d’enfants… Quoique. Les Islandais ne sont pas loquaces alors que je les interroge en pleine rue (ils m’ignorent en fait). Pendant une bonne demi-heure, je fais chou blanc. Un peu plus au sud, à Downtown, un homme, la trentaine, accepte de me répondre. « Je suis Islandais, je n’ai jamais entendu parler de ça », lance-t-il d’emblée. ça commence bien. « Venez à Downtown à 4 heures du matin, vous ne trouverez absolument personne », poursuit-il en s’excusant de ne pouvoir m’aider.

Malgré les 8 °C, gros coup de chaud. Il existe ou pas ce « quarter to four » ? La pluie s’intensifie, je me pose dans un restaurant, et décide d’envoyer un mail à Eliza Reid - on ne sait jamais. Au moment de payer, j’évoque le sujet - et mes déconvenues - avec le gérant de l’établissement. « Je ne suis pas né ici, mais j’y vis depuis quelques années. Je ne connaissais pas cette expression, le "quarter to four", mais ça fait sens », débute-t-il. Ô joie, ô espoir. « Les bars ferment vers 4 heures du matin, et si tu n’as rencontré personne pendant la soirée, la mentalité ici est de ne pas finir la soirée seul(e) ». Rien de concret pour mon sujet, mais je suis (un peu) revigorée.

Pas une règle officielle mais…

Je décide de me poser dans un bar, le Kaffibarinn, situé à côté de Laugavegur - la fameuse. Fin de journée, même un lundi, les Islandais y seront plus détendus, et parleront - peut-être - plus facilement. C’est le cas. Je rencontre un couple qui a lu le bouquin d’Eliza Reid, et qui voit (enfin) de quoi je parle. En chœur, ils confirment : « Bien sûr que ça se fait ». Le duo me dit que je suis au bon endroit, mais pas au bon moment. « Revenez ce week-end, et vous allez comprendre ». Manque de bol, je repars mercredi. Je leur demande donc de me raconter. « Si on ne rencontre personne à une soirée, on se retrouve dans la rue pour y remédier, on peut se parler facilement », disent-ils. « Ça peut être pour une nuit, pour la vie, mais aussi juste le début d’une relation amicale. »

Entre-temps, l’ex-Première dame m’a répondu (l’Islande, un pays pas comme les autres). « Cette idée vient d’une interview que j’ai réalisée avec une militante locale, qui me parlait de cette habitude qu’ont certaines personnes de trouver quelqu’un avec qui passer la soirée juste avant la fermeture des bars », explique-t-elle. « Ce n’est pas une expression islandaise à proprement parler mais je trouve que cela souligne bien la nature relativement ouverte de la vie nocturne islandaise. » Ce n’est donc pas une règle établie, comme me le confirment trois autres jeunes hommes. « Il n’y a rien d’officiel, mais ça arrive très fréquemment », indique l’un d’entre eux. Et de préciser : « Il ne s’agit pas de coucher avec le premier venu, mais ça permet de rencontrer quelqu’un assez rapidement, pour ceux qui le souhaitent ».

« Les Islandais ne veulent pas l’avouer »

L’idée de faire des rencontres en un claquement de doigts, sans engagement, en pleine rue, semble donc bel et bien assumée. Enfin presque. Toutes les personnes auxquelles j’ai parlé ont refusé que leur identité soit diffusée dans ce papier, sans raison claire. Chose dont j’ai parlé avec Kristján Franklín Sigurgeirsson, guide touristique que j’ai suivi pour mon reportage sur les macareux. Il me dit d’emblée connaître le « quarter to four » et confirme que nombreux sont les Islandais qui se rencontrent de cette façon. Et m’explique : « S’ils n’ont pas voulu vous répondre, ou donner leur identité, c’est parce que sexuellement parlant, ils peuvent être très ouverts, mais ne veulent pas forcément l’avouer ».

L’objet n’est pourtant pas de juger cette forme de dating, loin de là, juste la présenter et la documenter. D’autant plus qu’elle trouve - en partie - sa source dans la physionomie du pays. A chaque fois que j’ai demandé s’il n’était pas effrayant de suivre des inconnus dans la rue, et de passer la nuit avec eux, la réponse a été la même. « L’Islande est un tout petit pays, avec très peu d’habitants, il est très difficile de faire des rencontres. C’est un bon moyen de faire connaissance, sinon on ne rencontre personne. » Avec 69 millions d’habitants, contre quelque 400.000 en Islande, la France peut effectivement se passer d’une telle pratique. Quoique.