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« On ne peut pas imposer le rangement aux autres », confie Marie Kondo

« On ne peut pas imposer le rangement aux autres » : Marie Kondo revient avec un livre plus intime sur le Japon

interviewAutrice du best-seller mondial « La Magie du rangement », Marie Kondo revient avec un ouvrage plus intime sur l’influence de la culture japonaise sur sa vie pro et perso
En librairie : La « reine du rangement » Marie Kondo sort sa « Lettre au Japon »
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • Une décennie après La Magie du rangement, Marie Kondo publie Lettre du Japon aux Editions First. Un livre plus intime qui interroge sur la place de la culture japonaise dans la vie de la célèbre consultante.
  • Avec cet ouvrage, la consultante japonaise combine art du rangement et développement personnel.
  • « Mon expérience m’a permis de comprendre qu’on ne peut pas imposer le rangement aux autres. Il faut respecter ce qui fait battre le cœur des autres, ce qui leur procure de la joie », confie la reine du rangement à 20 Minutes.

Les objets qui vous entourent, là tout de suite, ne vous apportent que de la joie ? C’est sans doute grâce à elle, Marie Kondo et sa mondialement célèbre « méthode KonMari » popularisée dans le livre La Magie du rangement. Vendu à plus de 10 millions d’exemplaires dans le monde, traduit dans une quarantaine de langues, le best-seller a propulsé la consultante et essayiste japonaise au rang de reine du rangement.

Une bonne décennie plus tard, Marie Kondo a brillé avec une émission Netflix (toujours sur le rangement), vécu aux Etats-Unis, et lâché un peu de lest sur l’organisation avec l’arrivée de ses enfants. A l’occasion de la sortie de Lettre du Japon, un ouvrage beaucoup plus intime, l’autrice se confie sur les influences qui l’ont portée dans sa carrière comme dans sa vie privée, ainsi que sur sa volonté de ralentir et de profiter pleinement des petites joies de la vie. Et rappelle (bien évidemment) l’importance de n’avoir que des objets qui procurent de la joie. Rencontre.

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

Partout dans le monde, les gens me demandent constamment pourquoi et comment j’en suis arrivée là. Ils veulent savoir pourquoi il faut remercier les objets dont on se débarrasse, et quelle est l’influence de la culture japonaise sur ma démarche. Ca a été le déclic qui m’a poussée à m’intéresser à l’influence de cette culture sur ma pratique.

Dans le livre, vous évoquez la chambre de votre frère qui n’était jamais rangée lorsque vous étiez enfants. Comment gérez-vous le désordre des gens qui vous entourent ?

Mon frère adore collectionner des objets. Au Japon, on appelle ça des « otakus » (un fan de mangas, jeux vidéo, figurines, etc.). Quand j’étais petite, je me disais qu’il fallait vraiment que je fasse quelque chose pour ranger ses affaires car je trouvais ça problématique. Mais finalement, mon expérience m’a permis de comprendre qu’on ne peut pas imposer le rangement aux autres. Il faut respecter ce qui fait battre lecœurr des autres, ce qui leur procure de la joie.

Vous parlez également de l’importance du kawaii dans la culture japonaise. Mais ces objets mignons restent des bibelots… Ne sont-ils pas censés être le cauchemar des adeptes du rangement ?

Pas du tout. Tout ce qui est mignon, et tous les objets dits décoratifs, sont très importants pour nous. Avec la méthode KonMari, il n’est pas question de désencombrer à tout prix. Il s’agit de faire une sélection des objets qui nous rendent heureux. Tous ces objets décoratifs, les bibelots, sont très importants pour chacun d’entre nous, car ils sont une source de joie.

Que considérez-vous comme kawaii dans votre vie personnelle ?

J’aime tout ce qui est mignon (kawaii, ndlr). J’aime beaucoup les motifs floraux. Au Japon, il y a aussi un personnage qui s’appelle Chiikawa, que je trouve absolument mignon. Tous les objets kawaii, petits et mignons, sont vraiment indispensables.

Vous évoquez deux autres principes, le wabi-sabi, qui trouve la beauté dans l’imperfection, et le mottainai, qui a trait au respect des objets. Comment composez-vous avec ces philosophies qui semblent aller à l’encontre de l’art du rangement ?

Il est vrai que ces principes peuvent paraître contradictoires avec l’art du rangement. Mais à mon sens, il est possible de les concilier avec la méthode KonMari. Le but principal de la méthode n’est pas tant de désencombrer mais d’organiser un cadre de vie entouré d’objets qui procurent de la joie. Au fur et à mesure qu’on sélectionne ces objets, ces derniers nous remplissent de sérénité et nous satisfont dans notre for intérieur. Ce n’est donc pas incompatible.

Vous êtes (forcément) amenée à recevoir des gens chez vous… Comment gère-t-on cette pression en tant que reine du rangement ?

J’ai été amenée à recevoir mes éditeurs américains alors que je vivais aux Etats-Unis. C’était la première fois que je recevais des invités en dehors du Japon, et j’étais très tendue. Je me demandais si je devais recevoir à la japonaise, je me disais que tout devait être parfait. J’ai tout préparé minutieusement, jusqu’à la dernière minute. Mais finalement, je me suis rendu compte que ce qui comptait réellement c’était de passer un bon moment avec mes invités. Il n’est pas nécessaire que tout soit toujours parfait. Il est même important d’accepter les choses telles qu’elles sont et de profiter de cet art de recevoir.

Vous avez aujourd’hui trois enfants. Envisage-t-on le rangement de la même façon quand on devient parent ?

Quand on élève des enfants, il y a forcément des choses qu’on ne peut pas contrôler. Parfois, quand je suis débordée par mes enfants, je ne peux pas faire les choses exactement comme je l’aimerais. C’est même en décalage par rapport à ce que j’imagine comme étant un rangement idéal, voire une vie idéale. Mais à un moment, j’ai réalisé que ce qui importait finalement c’était d’avoir une vie qui me procure du bonheur et de préserver les bons moments que je peux passer avec mes enfants et ma famille.

Vous enseignez aux autres l’art de ne garder que ce qui suscite de la joie. Quel serait l’objet dont vous ne pourriez pas vous passer ?

Je ne pourrai absolument pas jeter les cartes écrites par mes enfants car elles enrichissent ma vie. Elles sont indispensables. A chaque fois que je les relis, elles me motivent, je ne pourrai pas m’en passer.

Certains clients vous ont-ils marqué par leurs réactions vis-à-vis de votre méthode de rangement ?

Au fur et à mesure qu’ils rangeaient leur intérieur, mes clients ont eu des révélations sur ce qui leur apportait véritablement de la joie. Certains ont pris la décision de quitter leur entreprise pour monter leur propre affaire, d’autres ont fait évoluer leur relation avec leur conjoint. Certaines femmes m’ont dit qu’elles allaient quitter leur mari, puis en rangeant, elles ont pris conscience de l’amour que leur portait leur partenaire dans les petites attentions. J’ai pu assister à des métamorphoses de mes clients à plusieurs reprises.

Avez-vous souffert de votre image de reine du rangement, sur le plan social ?

Il est vrai que, même parmi mes amis proches, certains étaient un peu tendus à l’idée de me recevoir. Ils pensaient peut-être que la barre était trop haute, mais je leur ai toujours dit qu’il n’y avait aucun problème, que ce n’était pas ça qui était important. Encore une fois, ce qui importe, c’est de passer un bon moment.

Dans l’ouvrage, vous parlez du kakizome, une tradition japonaise du nouvel an. Quel mot ou caractère avez-vous choisi pour 2026 ?

Le kakizome fait intégralement partie de la culture japonaise. Pour le nouvel an, on choisit un mot qui est un peu comme un vœu, une résolution, que l’on entend réaliser au cours de l’année. Pour 2026, j’ai choisi le terme « dodai » qui signifie « la base » ou « les fondements ». J’ai considéré qu’il était important de consolider mes bases, tant sur le plan professionnel que personnel.