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« La santé des femmes mérite beaucoup plus d’attention » pour l’OMS

« Investir dans la santé maternelle et néonatale, c’est investir dans l’avenir, ce n’est pas un coût » pour l’OMS

alERTEL’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle les dirigeants politiques à redoubler d’efforts en matière de santé maternelle et néonatale afin de réduire la mortalité et d’améliorer le bien-être des femmes à long terme.
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • Une femme meurt toutes les deux minutes de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, d’après un rapport rendu public par l’OMS à l’occasion de la Journée mondiale de la Santé.
  • Une femme sur cinq souffre de dépression ou d’anxiété dans les mois qui suivent la naissance de l’enfant, indique Allisyn Moran, cheffe de l’unité de santé maternelle au sein de l’OMS.
  • « Le recul des droits des femmes et des filles aura des conséquences néfastes sur leur survie et leur santé », alerte l’autorité sanitaire.

Malgré une baisse de 40 % des décès maternels entre 2000 et 2023, une femme meurt encore toutes les deux minutes de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement dans le monde. Un rapport publié par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souligne les progrès réalisés au cours des deux dernières décennies, notamment « grâce à l’amélioration de l’accès aux services de santé essentiels », mais s’inquiète en parallèle de la menace que représentent les coupes budgétaires dans l’aide humanitaire observées à l’échelle mondiale.

Face à ce constat, l’OMS appelle les gouvernements à redoubler d’efforts en matière de santé maternelle et néonatale. A l’occasion de la Journée mondiale de la Santé, ce lundi 7 avril, elle lance officiellement la campagne « une bonne santé à la naissance pour un avenir plein d’espoir ». A la clé, un double objectif : réduire significativement les décès maternels et néonatals et mettre l’accent sur la santé et le bien-être des femmes. Un point que l’autorité sanitaire met notamment en regard avec l’amélioration des droits des femmes et des filles dans le monde, comme l’explique à 20 Minutes Allisyn Moran, cheffe de l’unité de santé maternelle à l’Organisation mondiale de la Santé.

Pourquoi avoir choisi d’axer la Journée mondiale de la Santé sur le bien-être des femmes à long terme ?

La campagne de cette année met l’accent sur la nécessité d’améliorer la santé et la survie des mères, et souligne que le monde est actuellement très loin d’atteindre l’objectif de développement durable des Nations Unies en matière de réduction des décès maternels. Il ne suffit pas de survivre à l’accouchement, il est également essentiel de pouvoir jouir d’une bonne santé a posteriori. Nous savons que les problèmes de santé post-partum sont très fréquents, mais des millions de femmes peinent à accéder à des soins de qualité ou ont le sentiment de ne pas être respectées ou écoutées lorsqu’elles cherchent un soutien pour les gérer. La santé des femmes mérite beaucoup plus d’attention dans la recherche et la pratique clinique notamment pour un impact maximal pendant la grossesse et au-delà, y compris après l’accouchement.

Quels aspects de leur santé physique et mentale les femmes ne doivent-elles pas négliger après l’accouchement ?

Les femmes peuvent être confrontées à de nombreux problèmes de santé à la suite de la grossesse et de l’accouchement, dont certains peuvent persister pendant des mois, voire des années. L’incontinence, les maux de dos ou les douleurs ressenties après les rapports sexuels sont des problèmes de santé que de nombreuses femmes ne connaissent que trop bien. Elles sont même souvent amenées à penser qu’il s’agit de conséquences acceptables de l’accouchement. Notre message est que ce n’est pas absolument pas le cas : il est important de pouvoir accéder à des soins respectueux et d’obtenir le soutien dont elles ont besoin. L’anxiété et la dépression sont également fréquentes dans les mois qui suivent la naissance, certaines études estimant qu’elles touchent jusqu’à une femme sur cinq. Il est donc très important que les femmes puissent accéder à un large éventail de services de santé qui répondent à leurs besoins spécifiques après l’accouchement.

Comment expliquer que la dépression périnatale, ainsi que la charge mentale à laquelle les mères sont exposées, ne reçoivent que peu ou pas d’attention en 2025 ?

La dépression périnatale est un problème de santé important. La grossesse et la vie avec un nouveau-né sont des périodes de transition majeure dans la vie d’une personne. Nous estimons qu’une femme sur cinq souffre de dépression ou d’anxiété périnatale. Ce problème fait l’objet d’une attention croissante et constitue l’un des messages clés de la campagne que nous lançons aujourd’hui et qui s’étendra sur un an. Pour l’entourage des jeunes mamans, il est important de prendre des nouvelles des femmes après l’accouchement et de leur apporter un soutien émotionnel et de la compréhension. Pour le secteur de la santé, il est également essentiel de veiller à ce que les femmes aient accès aux services de santé mentale qui peuvent les aider et qu’elles soient a fortiori informées de leur existence.

L’OMS souligne dans sa campagne que santé maternelle et droits des femmes et des filles sont intrinsèquement liées. Pourquoi est-il important de le rappeler ?

Les résultats en matière de santé maternelle sont étroitement liés à de nombreux aspects de l’égalité des sexes et des droits, qu’il s’agisse de l’accès à l’éducation des filles, des efforts déployés pour lutter contre le mariage d’enfants - l’un des principaux facteurs de risque de grossesse chez les adolescentes - ou de l’accès aux soins de santé maternelle et aux services de santé sexuelle et reproductive. Ce dernier point est essentiel, mais trop souvent politisé. Certaines études montrent que l’accès aux services de planning familial, notamment pour le choix d’une contraception appropriée, est l’un des facteurs les plus importants pour réduire les décès maternels. Le recul de ces droits aura des conséquences néfastes sur la survie et la santé des femmes et des jeunes filles.

Quel message l’OMS souhaite-t-elle adresser aux dirigeants politiques dans le cadre de cette campagne ?

Investir dans la santé maternelle et néonatale, c’est investir dans l’avenir, ce n’est pas un coût. Cela permet d’améliorer la santé des femmes et des bébés tout au long de leur vie, et d’assurer la prospérité et la stabilité économiques. Dans un contexte de réduction de l’aide au niveau mondial, le risque est grand de voir le monde régresser très rapidement en matière de survie des mères et des nouveau-nés.

J’insiste aussi sur le fait que l’amélioration de la santé maternelle nécessitera de passer à la vitesse supérieure pour soutenir des soins maternels de qualité et renforcer les systèmes de santé, y compris la profession de sage-femme. C’est là que l’OMS joue un rôle essentiel. Nous avons contribué à trouver de nombreuses solutions pour réduire les décès maternels et identifier et gérer les complications pour les femmes et les bébés. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de soutien et d’investissements pour accélérer les progrès en matière de réduction de la mortalité et d’amélioration de la santé des femmes.