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Pourquoi certains hommes s’abstiennent-ils d’activité sexuelle en novembre ?

« No nut november challenge » : Un mois d’abstinence sexuelle pour les hommes, est-ce utile pour leur santé ou pas ?

décision chasteLe No nut november challenge consiste pour les hommes qui y participent à n’avoir aucune activité sexuelle durant les trente jours du mois de novembre
Anissa Boumediene

Anissa Boumediene

L'essentiel

  • Né il y a quelques années sur les réseaux sociaux, le No nut november est un challenge qui consiste pour les hommes qui le pratiquent à n’avoir aucune activité sexuelle en novembre.
  • Trente jours durant, ils ne doivent pas avoir de rapports sexuels ou se masturber, ni même regarder de porno, dans l’objectif pour certains de se sentir mieux et de se libérer de leur addiction au sexe et/ou au porno.
  • En pratique, ce défi est-il bénéfique pour les participants ?

Et un challenge de plus. Il y avait déjà le Dry January, qui consiste à ne pas boire d’alcool pendant le mois de janvier, après des fêtes généralement bien arrosées. Le veganuary, qui invite, en janvier aussi, à mettre sur pause sa consommation de viande. Ou encore le Movember, mois de sensibilisation à la santé masculine, qui invite ces messieurs à se laisser pousser la moustache durant le mois de novembre. Mais novembre compte aussi le « #Nonutnovember challenge », ou NNN, toujours à destination des hommes, invités ici à faire ceinture. « No nut », qui signifie en argot anglais « ne pas éjaculer ».

Ainsi, trente jours durant, les participants à ce défi s’engagent à n’avoir aucune forme d’activité sexuelle : pas de rapports, pas de masturbation ni de visionnage de porno. A quelles fins ? Et pour quels bénéfices, ou quels effets délétères ?

Reprendre le contrôle

Né sur les réseaux sociaux vers 2010, le NNN compte une communauté grandissante chaque année. Il a d’ailleurs été promu par l’influenceur Tibo InShape, durant l’édition 2023.

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Mais le NNN est envisagé par certains adeptes se définissant comme des « mâles alpha » comme une performance, un moyen de reprendre le contrôle sur sa sexualité, et est promu par des mouvements masculinistes et d’extrême droite. Pour certains participants, ce défi est pratiqué comme une cure de désintoxication sexuelle maison pour se libérer en cas d’addiction sexuelle. Alors, en s’astreignant à une abstinence sexuelle totale, sans aucune activité sexuelle pendant un mois complet, le NNN serait-il un moyen de lutter contre les addictions sexuelles, dont celle au porno ? « Pour certains participants, ce challenge peut être ressenti comme une pause qui fait du bien, mais chez des personnes qui ont une addiction sexuelle, l’abstinence absolue est une hérésie totale ! Il s’agit d’une addiction comportementale, où le sexe est finalement le produit et la drogue, explique le Pr Laurent Karila, psychiatre addictologue à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, auteur de Docteur : Addict ou pas ? (éd. Harper Collins) et du podcast Addiktion, dont le dernier épisode est consacré à l’addiction sexuelle. Le risque, pour ceux qui ne sont pas suivis médicalement, est de replonger de plus belle »

En revanche, « on préconise plutôt d’aller vers la sobriété sexuelle : on va dire aux patients de réguler leur comportement sexuel excessif, pour réapprendre à retrouver du plaisir, préconise le psychiatre addictologue. Par exemple, dans les formes cliniques classiques, les patients sex-addict vont pratiquer la masturbation, regarder du porno et/ou avoir des relations sexuelles de manière compulsive. Avec des techniques de thérapie, on va leur apprendre à contrôler leurs pulsions, à gérer leurs envies irrésistibles de consommer, et à réguler leur temps de consommation. C’est-à-dire qu’ils vont pouvoir continuer à se masturber, mais sur des temps très contrôlés, avec et sans films porno ».

Et pour la santé ?

Et pour la santé, le NNN présente-t-il des bienfaits ? Certains adeptes avancent l’idée que ce mois d’abstinence augmenterait leur taux de testostérone et améliorerait leur concentration. Qu’en dit la science ? Eh bien pas forcément. Bien sûr, si quelqu’un fait le choix de s’y astreindre et y éprouve du bien-être, qu’il se fasse plaisir dans l’abstinence. Toutefois, sur le plan moral, une sexualité positive est source d’épanouissement et de bien-être, comme le souligne l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « La santé sexuelle est fondamentale pour la santé et le bien-être général des personnes, des couples et des familles, ainsi que pour le développement social et économique des communautés et des pays. La santé sexuelle, lorsqu’elle est considérée de manière positive, s’entend comme une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que comme la possibilité de vivre des expériences sexuelles agréables et sûres, exemptes de coercition, de discrimination et de violence ».

Mais ce n’est pas tout : selon une étude australienne publiée en 2019, la pratique du sexe, à l’occasion d’un rapport avec partenaire ou lors d’une séance de masturbation en solo aurait bien d’autres vertus : elle favoriserait l’endormissement et la qualité du sommeil, grâce à la libération d’endorphines

Et sur le plan physique, si personne ne mourra de faire vœu d’abstinence trente jours durant, n’avoir absolument aucune sexualité n’est pas forcément ce qu’il y a de meilleur pour la santé masculine en général, et pour la santé de la prostate en particulier. « Ejaculer souvent, au moins vingt fois par mois, participe à la bonne santé de la prostate, c’est prouvé par beaucoup d’études, a rappelé à 20 Minutes le Pr François Desgrandchamps, chef du service d’urologie à l’hôpital Saint-Louis à Paris et auteur La prostate, on en parle ? (éd. Hachette). C’est probablement un mécanisme biologique : dans le sperme, il y a des substances nommées putrescines, qui sont cancérigènes. Ejaculer souvent permet ainsi d’éliminer les toxines. Une vie sexuelle épanouie est donc en partie la clé d’une prostate en bonne santé. Et ce n’est pas négligeable : cela divise par deux les risques de développer un cancer de la prostate ».