Syndrome du nid vide : Comment surmonter le jour où les enfants prennent le large ?
couper le cordon•Tristesse, sentiment d’inutilité, déprime… Pour certains parents, le départ des enfants peut être une étape particulièrement bouleversanteClio Weickert
L'essentiel
- Le « syndrome du nid vide » désigne l’état émotionnel passager que ressentent certains parents lors du départ de leurs enfants à l’âge adulte.
- Il s’agit parfois d’une étape bouleversante accompagnée d’une forte perte de repères.
- Ne pas s’isoler, se réinventer… Comment surmonter le jour où les enfants prennent le large ?
«Quand il est parti, je me suis mise à pleurer tout le temps. Ça venait tout seul, dès que je pensais à lui », se souvient Stéphanie. Une tristesse survenue au départ de son fils, second d’une fratrie de trois enfants, lorsqu’il s’envole un an pour l’Inde, en 2018, pour ses études.
« Autour de moi, les gens ne comprenaient pas forcément. Ils me disaient : "Mais c’est rien !" "Il vit sa meilleure vie !" "Les voyages forment la jeunesse" ! J’en suis aussi convaincue mais pour moi ça a été incontrôlable », confie cette quinqua parisienne.
En cette rentrée scolaire, peut-être avez-vous aussi le cœur serré à l’idée de voir partir votre petit oisillon. Cette peine que certains parents ressentent lorsque leurs grands enfants quittent la maison n’a rien d’anormale et porte même un nom : le « syndrome du nid vide ». Une étape parfois bouleversante où il faut savoir se réinventer de nouveau.
Une perte de repères et des sentiments ambivalents
Le syndrome du nid vide, mais c’est quoi encore ce truc ? Rassurez-vous, cela n’a rien de pathologique, il s’agit tout simplement d’un état émotionnel que certaines personnes peuvent traverser temporairement. « C’est un sentiment désagréable, de tristesse, d’inutilité et de vide, quand les enfants partent de la maison pour aller faire des études, pour travailler, pour se mettre en couple etc., pour toutes sortes de raisons », explique Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne et autrice du livre Le Jour où les enfants s’en vont (Le livre de poche).
Elle ajoute : « Il y a une perte de repères parce que les enfants ont occupé longtemps l’espace physique du parent, de la mère notamment. Ce sentiment de ne plus avoir cette charge mentale tout d’un coup est perturbante. » Différents sentiments peuvent alors assaillir les parents. La joie, voire la fierté de voir sa progéniture devenir autonome. Mais aussi la crainte de ce grand saut dans l’inconnu.
Stéphanie avait accepté le voyage de son fils et l’avait aidé à le préparer. Ce qui ne l’a pas empêché de ressentir un fort sentiment d’impuissance une fois son enfant loin d’elle. « Je me suis dit que je n’avais plus de maîtrise sur sa vie. S’il lui arrivait la moindre chose, je ne pouvais pas l’aider, je ne pouvais plus effectuer mon rôle de mère », se remémore-t-elle.
« C’est un mélange d’émotions », confirme Céline, 50 ans, qui vient tout juste de dire au revoir au petit dernier, 18 ans, parti pour une aventure d’un an en Australie. « Nous sommes tellement heureux qu’il puisse avoir cette expérience et on espère qu’il va vraiment en profiter. Mais à côté, on se dit qu’il est très très loin, qu’on ne va pas plus pouvoir être derrière lui. S’il y a une difficulté, comment va-t-il faire face ? C’est une petite anxiété latente », décrit-elle. Et une ambivalence compréhensible.
« Si les enfants partent, c’est qu’ils en sont capables parce qu’on les a suffisamment rassurés et donnés confiance en eux, c’est très réjouissant, confirme la psychologue Béatrice Copper-Royer. Mais en même temps, c’est le constat qu’ils ne sont plus des bébés, qu’on a vieilli, que le temps a passé et qu’il va falloir apprendre à faire autrement. »
« Personne n’est indifférent au départ d’un enfant »
Tous les parents ne réagissent pas de la même manière face à ce chamboulement. Certains peuvent ressentir un petit pincement au cœur, de l’appréhension, de la nostalgie, quand d’autres sont submergés par le chagrin.
« Personne n’est indifférent au départ d’un enfant mais tout le monde n’a pas un sentiment de détresse intense. Cela dépend de l’histoire personnelle du parent, de la façon dont lui-même est parti de chez lui, de sa capacité à supporter les séparations. Du moment où ça arrive aussi, parfois ça coïncide avec la ménopause, des problèmes au travail… », souligne la psychologue.
La situation familiale peut aussi entrer dans l’équation. Célibataire, Stéphanie était divorcée depuis plusieurs années du père de ses enfants lorsque ces derniers, avec qui elle vivait une semaine sur deux, ont pris leur envol. « J’avais peut-être aussi décuplé un instinct de protection fort parce que j’étais seule avec eux », analyse-t-elle désormais.
La gestion du départ dépend aussi de la relation que l’on a nouée avec son enfant ou ce qu’on a projeté sur lui. Concernant les fratries, si certains vont être affectés par le départ de l’aîné, d’autres seront beaucoup plus bouleversés par l’envol du second ou du cadet. « Tout dépend des liens tissés, résume Béatrice Copper-Royer. On n’est jamais complètement les mêmes parents avec chacun. Ce sont des histoires différentes même s’il y a un ciment commun. »
« Il faut également regarder ce qu’on gagne »
Mais alors comment tourner la page ? Il ne faut surtout pas s’isoler et, au contraire, en parler autour de soi si le besoin s'en fait sentir. Si la tristesse et le sentiment de vide s’installent durablement, il faut également ne pas hésiter à consulter pour se faire aider à surmonter cette étape.
C’est aussi le moment de souffler un peu et de se féliciter d’avoir donné assez de confiance à ses enfants pour leur permette d’aller de l’avant. Sans oublier la liberté retrouvée pour les parents.
« Il faut trouver comment on va réinventer tout ce temps qui est devant nous. Il faut également regarder ce qu’on gagne. Le quotidien n’est pas toujours facile avec de grands ados ou de jeunes adultes. Il y a un moment où on sent bien qu’on n’est pas fait pour vivre ensemble indéfiniment. On a du temps libéré, on peut, par exemple, aller au cinéma en semaine, en sortant du boulot, sans se dire que c’est la cata parce que les petits n’auront pas à dîner », souligne Béatrice Copper-Royer.
De son côté, Hélène, 58 ans, prend les choses avec philosophie. « C’est l’ordre des choses et il faut faire avec. Ça ne sera plus pareil mais on ne va pas se laisser abattre », assure-t-elle. D’autant que pour cette mère de 4 enfants, dont la petite dernière vient tout juste de quitter le nid, les choses se sont faites progressivement : « Quand ils deviennent plus grands, on accepte qu’ils vont partir, qu’ils ont eux-mêmes des projets. Ça vient petit à petit. Mais c’est sûr que moi aussi, quand ils étaient bébés, je me demandais comment je ferais quand ils ne seraient plus là ».
Sans oublier le fait que s’ils quittent la maison, ils ne disparaissent pas totalement. « On ne les perd pas, ils restent bien vivants et vont apporter à leurs parents ce qu’ils vont connaître dans leur vie d’adulte. On reçoit des choses, tout n’est pas perdu », rassure la psychologue.
Et n’est-ce pas surtout le moment de redevenir le centre de son existence ? « Je sens bien que j’ai tout bien fait, comme la société me l’avait demandé aussi : je me suis mariée, j’ai eu des enfants, un travail… Là, quelque part, on n’attend plus rien de moi ! Et j’ai besoin de me concentrer sur moi », se réjouit Céline. Ça se fête, non ?


















