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Otite, bronchiolite, gastro… Est-on sorti d’affaires à la maternelle ?

Enfants en crèche : Otite, bronchiolite, gastro… Est-on sorti d’affaires à la maternelle ?

microbesLe système immunitaire des enfants en bas âge gardés en collectivité est particulièrement sollicité par les virus saisonniers
Clio Weickert

Clio Weickert

L'essentiel

  • Les enfants en bas âge gardés en collectivité sont particulièrement exposés aux virus saisonniers.
  • Otite, conjonctivite, angine, bronchiolite… Les plus petits multiplient les maladies de crèche en saison hivernale.
  • Comment se construit l’immunité des tout-petits ? Le tumulte des virus se termine-t-il à l’entrée en maternelle ?

«J’attends le printemps avec impatience », se désespère une jeune maman devant une crèche parisienne. Depuis l’automne, son petit garçon d’à peine un an enchaîne les maladies saisonnières : otite, conjonctivite, gastro-entérite, bronchiolite, puis de nouveau otite, bronchite, gastro… Un défilé ininterrompu de virus que partagent beaucoup de ses petits camarades de section.

Les parents, eux, redoutent cet appel de la crèche : « Votre fils a 39 (de fièvre), vous pouvez venir le chercher ? » Pour les adultes aussi, c’est un hiver sans fin à enchaîner les vagues de morves, les nuits écourtées et les allers-retours au cabinet médical. « Entre les vaccins, les dents et les petites maladies, on est chez la pédiatre toutes les deux trois semaines », raconte le papa d’un autre enfant de l’établissement.

Mais une bonne âme (une amie, un collègue ou une vieille tante) est toujours là pour tenter de vous redonner espoir : « C’est un mauvais moment à passer, mais tu verras, à la maternelle, c’est fini ! » Vraiment ? Est-ce un véritable phare dans la nuit ou le plus gros mensonge de l’année ?

Une question d’immaturité et de possibilités

Il faut déjà savoir que ce festival d’oreilles douloureuses, de nez qui coulent et d’yeux qui collent n’a rien de surprenant chez les enfants en bas âge. « Ils sont plus vulnérables les premières années parce que leur système immunitaire est immature, explique Athina Fouriki, pédiatre spécialisée en rhumatologie et immunologie pédiatrique à Lausanne. Un nouveau-né est encore protégé par les anticorps maternels lors des premiers mois de sa vie, par la suite il va commencer à créer les siens et construire son propre système immunitaire. » Et comment se façonne ce bouclier défensif ? En affrontant ses ennemis. « A chaque fois qu’un enfant rencontre un germe ou un virus, il crée des anticorps de mémoire, ce qui participe à la maturation de son système immunitaire. La fois d’après, ce système est capable de reconnaître le virus ou le germe en question et de mettre en marche ces anticorps », précise la pédiatre.

Cette rencontre entre votre bambin et ces virus ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Il doit y être exposé, par le biais d’un autre enfant ou d’un jouet préalablement mâchouillé qu’il suçote à son tour. Des situations qui sont légion dans les gardes en collectivité où les échanges de tétines baveuses n’ont rien d’inhabituelles. « C’est une question de possibilité, éclaire la pédiatre. Chez une nounou où il n’y a que trois enfants par exemple, il y a moins de possibilités d’avoir un enfant qui tousse et qui répand ses microbes qu’en crèche où il y en a dix en même temps. »

Les maladies les plus fréquentes ? Les influenzas (grippe), les norovirus (gastro), les coronavirus, les coxsackie (le fameux « pieds-mains-bouche »)… Sans oublier qu’il n’existe pas qu’un seul sérotype de chaque. « Par exemple, on estime que plus de 200 virus provoquent les symptômes du rhume. Cela nous explique plus ou moins pourquoi ces enfants sont quasi tout le temps malades », analyse Athina Fouriki.

La répétition de ces maladies vous préoccupe ? « Tant qu’on reste dans les rhinos, les gastros, les angines, les bronchiolites, la varicelle, les pieds-mains-bouche etc., il ne faut pas s’inquiéter. Par contre si c’est plus intense que la normale il faut peut-être aller regarder du côté de l’immunité », conseille Brigitte Virey, présidente du Syndicat National des Pédiatres Français (SNPF). « Il faut rassurer les parents dans le sens où la grande majorité des enfants n’ont pas de problème, c’est juste un processus normal de maturation. Il ne faut pas oublier quand même que le médecin traitant doit être alerte pour ne pas rater le peu d’entre eux qui ont des drapeaux rouges qui peuvent faire penser à un problème du système immunitaire », complète Athina Fouriki.

Oui, mais…

En résumé, plus les enfants grandissent, plus leurs défenses contre les infections augmentent et plus le nombre d’infections diminue. Faut-il donc entrevoir l’entrée en maternelle comme la fin du tunnel ? Plus ou moins. « On ne peut pas dire qu’il ne sera jamais malade mais ça ne peut pas se comparer avec la fréquence des maladies en crèche », répond la pédiatre. « C’est progressif, ajoute Brigitte Virey. Ils seront de moins en moins souvent malades parce qu’ils auront de plus en plus d’anticorps. En règle générale – il y a quand même des exceptions –, les enfants qui vont à la crèche au départ et qui sont souvent malades, le seront moins à leur entrée en maternelle ».

Et quid des marmots gardés par des assistantes maternelles, où le groupe n’excède pas 4 enfants ? Potentiellement moins exposés que ceux en collectivité, doivent-ils s’attendre à retarder ce moment et à une entrée en 1re section musclée ? « Ça dépend de combien ils sont mais aussi des modalités de garde, des lavages de mains, des surfaces… », tempère la présidente du SNPF. Eh oui, toujours cette histoire de théorie et de pratique.

Il n’y a évidemment pas de vérité absolue et de nombreux facteurs sont à prendre en compte. « Un enfant pendant la première année de crèche peut attraper 5 virus différents, un autre 2, un autre 10… On ne peut pas considérer qu’ils réagissent tous de la même manière », rappelle la pédiatre Athina Fouriki. De même, un enfant en collectivité tous les jours de la semaine sera potentiellement plus exposé que celui qui y va plus ponctuellement. Sans oublier ceux qui ont des grands frères ou des grandes sœurs qui ramènent eux aussi leurs propres miasmes. En résumé : Il faut savoir prendre son mal en patience avant l’espoir d’une accalmie. Et c’est tout ?

Vivement le printemps ?

Vous imaginez bien l’impossibilité de mettre en place des gestes barrières chez des enfants en bas âge… Mais voici quelques conseils toutefois pour limiter la circulation des virus en collectivité : aérer les pièces le plus possible, désinfecter les surfaces et les jouets, moucher régulièrement les enfants avec des mouchoirs en papier que l’on jette dans une poubelle fermée ou encore ne pas interchanger les lits des bébés.

« Bien vacciner nos enfants, ajoute Athina Fouriki, pour éviter les maladies qui parfois circulent de nouveau et peuvent être potentiellement graves comme la rougeole. Il existe aussi certains vaccins pour des virus saisonniers comme le rotavirus pour les gastro-entérites. » Et on pense aussi très fort au printemps, ce n’est plus qu’une question de semaines !