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Ce qu’il faut savoir sur le français québécois pour bavarder avec Céline

« Le plus important est de ne pas chercher à imiter l’accent »… Comment parler à Céline Dion comme au Québec ?

C'est l'funAlors que Céline Dion a entamé sa résidence à Paris, voici un petit guide du français québécois si par chance, vous la croisiez dans la capitale Française entre deux concerts
Elle est là ! Céline Dion arrive à Paris avant sa série de concerts
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Du « dépanneur » aux « gosses », les faux amis entre le français québécois et le français hexagonal peuvent provoquer quelques malentendus.
  • Contrairement aux idées reçues, le français québécois n’est pas plus anglicisé : face à l’influence anglophone, le Québec protège sa langue et invente ses propres mots.
  • Il n’existe pas un seul accent québécois, mais une quinzaine de variantes régionales, avec leurs propres prononciations et particularités.

Céééééline Day ! Et oui, c’est déjà le deuxième concert de la résidence parisienne de la reine à la Plénitude Arena. Les dates vont s’enchaîner jusqu’au 17 octobre, poussant la chanteuse à prendre ses quartiers dans la capitale. Voici quelques informations linguistiques et expressions québécoises pour ne pas perdre la face si vous devez échanger avec Céline devant son hôtel.

Des mots et des faux amis…

« Le plus important est de ne pas chercher à imiter l’accent », prévient Sophie Vignoles, linguiste et cheffe de la production de contenu d’apprentissage chez Babbel. Comme l’explique le Nouvel Obs, « Si reprendre certains accents est désormais - et c’est tant mieux - promptement taxé de racisme, force est de constater qu’en France les accents belge et québécois, pour ne citer qu’eux, passent encore entre les mailles de l’opprobre »…

Si vous avez la chance de prendre un repas avec Céline Dion, mieux vaut tout de même maîtriser quelques subtilités. Au Québec, le « déjeuner » désigne le repas du matin, le « dîner » celui du midi et le « souper » celui du soir. Une répartition qui existait autrefois en France et qui subsiste encore dans certaines régions francophones. Elle vous demandera peut-être où est le « dépanneur le plus proche »… Mais pas question de l’emmener chez le garagiste puisqu’elle fait référence à une petite épicerie de quartier.

« Pas pantoute » signifie simplement « pas du tout », tandis que « niaiser » peut vouloir dire plaisanter, se moquer ou perdre son temps, selon le contexte. Et prudence… N’essayez pas de lui parler de « gosses » pour évoquer ses enfants ! Ce terme désigne familièrement les testicules. « Ce sont justement ces faux amis, des mots qui ont l’air parfaitement transparents entre les deux pays mais qui cachent un sens différent selon le contexte, qui créent les malentendus les plus amusants », observe la linguiste.

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Des disparités selon les régions

« Il n’existe pas un accent québécois mais plusieurs, tout comme il existe un accent parisien ou un accent marseillais » explique Sophie Vignoles. Le Québec compte une quinzaine de variantes régionales bien identifiées : « Celui des Îles-de-la-Madeleine porte notamment la trace de racines acadiennes, tandis qu’en Beauce, le son "j" peut devenir plus aspiré. "Ginette" se rapproche alors de "Hinette" ».

Certaines caractéristiques phonétiques reviennent néanmoins régulièrement. « La différence entre « brin » et « brun » reste beaucoup plus audible qu’en France. On retrouve également le phénomène d’« affrication » des consonnes : "tu" peut se prononcer "tsu" et "dire", "dzire". À l’oral, "je suis" devient parfois "chu", "il" se transforme en "y", tandis que le "tu" peut servir à construire une question : "C’est-tu fini ?" ». Ces particularités ne sont pas des fautes de français. Certaines sont les héritières du français populaire parlé au XVIIIe siècle, quand d’autres sont des innovations propres au Québec.

Faut-il tenter un fran-glais devant Céline ?

Le français québécois est-il vraiment plus anglicisé ? « Le décrire comme ''très anglicisé'' est tout aussi réducteur : les anglicismes existent, certains très anciens, d’autres plus récents, mais le français de France en compte tout autant (le week-end, le marketing, le shopping), simplement dans d’autres registres » témoigne Sophie. « Là où la France adopte les mots anglais sans trop d’hésitation, le Québec fait preuve d’une vraie vigilance collective et d’une inventivité remarquable pour préserver la langue : c’est à lui qu’on doit des créations comme "fin de semaine" (face à week-end) ou encore le savoureux "divulgâcher" (face à spoiler). »

Cette vigilance s’explique notamment par l’histoire politique de la province et par la volonté de protéger le français dans un continent très largement anglophone. La loi 101, adoptée en 1977, a ainsi fait du français la langue officielle du Québec. « Le vocabulaire, c’est vraiment le terrain où on voit le mieux à quel point deux variétés d’une même langue peuvent prendre des chemins différents » explique l’experte. Et entre ces deux langues françaises, ce sont deux histoires, deux géographies et deux façons de naviguer dans le monde qui se répondent. « Ce que je retiens surtout, c’est qu’on a affaire à deux trajectoires distinctes, chacune façonnée par son propre contexte de contact, plutôt qu’à un simple décalage dans le temps entre deux versions d’une même langue » précise Sophie Vignoles.

Alors petit rappel, si vous croisez Céline ne lui parlait surtout pas de vos « gosses », proposez-lui de souper avec vous, et, si elle n’a pas pantoute le temps de discuter, ne le prenez pas mal… Avec seize concerts à assurer, elle doit simplement être un peu occupée.