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Ces « moustiques géants » peuvent-ils vraiment vous piquer ?

Ces « moustiques géants » peuvent-ils vraiment vous piquer ?

animaux•Avec leurs longues pattes et leur vol hésitant, les tipules ressemblent à d’énormes moustiques. Faut-il pourtant redouter leur présence dans nos maisons ?
Le Monde des animaux

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Un faux air de moustique

Posé sur un mur ou voletant maladroitement autour de nous, le « cousin » ressemble à un moustique passé à la loupe. Ce nom désigne généralement une tipule, ou un proche parent parmi les Tipuloidea. Les tipules sont apparentées aux moustiques : les unes comme les autres appartiennent aux diptères, un vaste groupe d’insectes qui comprend également les mouches et les taons. Mais cette parenté lointaine ne fait pas des tipules de gros moustiques.

Plusieurs détails permettent de distinguer la tipule d’un moustique. Elle est généralement plus grande, se déplace d’un vol lent et maladroit, et possède de très longues pattes. Surtout, elle ne possède pas la trompe piqueuse avec laquelle les femelles moustiques percent la peau pour prélever du sang. Malgré les apparences, ce n’est donc pas un moustique géant.

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Impressionnante, mais inoffensive

Malgré sa silhouette inquiétante, la tipule ne présente aucun danger ni pour l’être humain, ni pour les animaux domestiques. Contrairement à la femelle moustique, elle ne possède pas de trompe adaptée pour percer la peau et prélever du sang. Elle ne pique donc pas et ne transmet aucune maladie. Une fois devenue adulte, la tipule se nourrit peu. Certaines espèces peuvent boire de l’eau ou prélever du nectar sur les fleurs, tandis que d’autres ne s’alimentent pratiquement plus. Elles vivent alors grâce aux réserves accumulées pendant leur développement larvaire. Durant cette courte période, leur activité consiste principalement à trouver un partenaire, puis, pour les femelles, à pondre leurs œufs.

Selon une idée répandue, le « cousin » serait un prédateur de moustiques. Rien, dans l’anatomie ou le comportement de la tipule adulte ne lui permet pourtant de chasser des insectes en vol. La réalité est plus nuancée chez les larves. Certaines espèces aquatiques peuvent capturer de petits invertébrés, tandis que beaucoup d’autres se nourrissent de végétaux, de champignons ou de matière organique en décomposition. Affirmer que les tipules débarrassent naturellement les jardins des moustiques serait donc très exagéré.

Cela ne signifie pas que les adultes sont dépourvus de rôle écologique. Une étude consacrée à l’orchidée brésilienne (Epidendrum avicula) a montré que des tipules venaient boire le nectar produit par ses fleurs. En repartant, elles emportaient sur leur corps les pollinies, ces petits amas qui renferment le pollen des orchidées, puis les déposaient sur d’autres fleurs. La tipule participe ainsi à la reproduction de certaines plantes.

Le vrai sujet se cache sous terre

L’animal passe l’essentiel de sa vie sous forme de larve, dans le sol humide, la litière, le bois mort ou l’eau. Nombre de ces larves grisâtres, sans pattes, recyclent la matière morte. Une étude menée avec des larves de Tipula maxima a montré que leur activité modifiait le fonctionnement des communautés microbiennes du sol. En fragmentant la matière organique, en la digérant puis en rejetant leurs déjections, les larves créent des conditions favorables à certains micro-organismes. Les chercheurs ont notamment observé une accélération de plusieurs transformations de l’azote, élément indispensable à la croissance des plantes. Les tipules ne sont donc pas seulement des consommatrices de matière morte : leurs larves peuvent aussi influencer le recyclage des nutriments dans le sol.

Toutes les larves de tipules ne se contentent cependant pas de matière en décomposition. Celles de certaines espèces, comme Tipula paludosa, vivent dans les premiers centimètres du sol et peuvent se nourrir des racines, des jeunes pousses et de la base des tiges de graminées. Lorsqu’elles sont très nombreuses, les plantes poussent moins bien et des zones jaunies ou dégarnies peuvent apparaître dans les pelouses, les prairies ou certaines cultures céréalières. Ces dégâts restent liés à des populations larvaires importantes et à des conditions locales favorables, notamment un sol humide. La présence d’une tipule adulte sur un mur ne signifie donc pas que le terrain voisin est infesté.

Derrière l’allure peu rassurante de ce prétendu « moustique géant » se cache donc un insecte aux fonctions bien plus diverses qu’il n’y paraît. L’adulte aperçu sur un mur n’est que la partie la plus visible d’une existence qui se déroule principalement sous terre ou dans l’eau.

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