Vous trouvez des glands avec un petit trou ? Voici ce qui vivait dedans
Animaux•À l’automne, certains glands tombés au sol présentent un trou presque parfaitement rond. Qui l’a percé, et pourquoi ? La réponse se cache dans une étonnante métamorphose.Le Monde des animaux
En été, une femelle balanin, coléoptère proche des charançons, se pose sur un gland encore en formation. Son rostre, une longue « trompe » courbe terminée par les pièces buccales, lui sert de foret. Elle perce l’enveloppe encore tendre, creuse un canal très fin, puis se retourne pour y introduire son organe de ponte et y déposer un œuf. Cette première perforation peut laisser une marque discrète sur le gland.
Le trou rond que l’on remarque facilement sur les glands tombés au sol est généralement plus large. Il est généralement creusé de l’intérieur par la larve lorsqu’elle quitte le fruit. Blanchâtre, dodue et dépourvue de pattes, celle-ci a passé plusieurs semaines à manger la partie charnue du gland, riche en réserves nutritives (les cotylédons). Ce sont ces réserves qui auraient alimenté la jeune pousse lors de la germination.
La larve perce sa porte de sortie
Après plusieurs semaines d’alimentation, la larve découpe la coque de l’intérieur avec ses mandibules. Elle se contorsionne pour franchir l’ouverture presque circulaire, puis s’enfonce dans le sol. Elle y aménage une loge et entre en diapause : son développement est suspendu. La vie souterraine peut se prolonger au-delà d’une année avant la métamorphose en adulte.
Plusieurs espèces de balanins peuvent se développer dans les glands. C’est le cas du balanin des glands (Curculio glandium), mais aussi de deux autres espèces liées aux chênes, Curculio venosus et Curculio pellitus. Le balanin des châtaignes (Curculio elephas), surtout associé aux châtaignes, peut également pondre dans les glands. Comme leurs larves laissent des trous de sortie similaires, l’ouverture ne suffit pas à identifier l’espèce responsable.
Une coque qui devient difficile à percer
À mesure que le gland mûrit, son enveloppe durcit. La femelle dispose donc d’un temps limité pour y déposer ses œufs, même si elle peut profiter d’une fissure naturelle pour atteindre l’intérieur d’un fruit devenu trop résistant.
Une expérience menée en Pologne en 2022 l’a montré. Les chercheurs ont proposé à 45 femelles du balanin des glands deux fruits : l’un intact, l’autre fissuré. Quarante-deux ont choisi le gland fissuré pour pondre, contre seulement trois le gland intact. D’autres femelles ont été filmées pendant le forage. Creuser le canal de ponte leur demandait en moyenne 41 minutes dans un gland fissuré, contre 107 minutes dans un fruit intact. La fissure constitue donc un raccourci précieux. En revanche, la date à laquelle la coque devient infranchissable varie selon les arbres, les années et les conditions locales.
Un gland troué peut-il encore germer ?
Le départ de la larve ne condamne pas forcément le gland, mais il réduit fortement ses chances. Dans une étude américaine, 120 glands de chêne rouge ont d’abord été radiographiés afin de repérer ceux dont l’intérieur avait été mangé. Ils ont ensuite été plantés et cultivés sous serre pendant huit semaines.
Les radiographies ont permis de séparer les glands en deux groupes : ceux dont les réserves avaient été rongées par une larve et ceux qui ne présentaient aucun dégât interne. Après leur mise en culture, 26 % des glands attaqués ont germé, contre 85 % des glands épargnés. Quelques glands endommagés ont donc encore produit une jeune pousse. Celle-ci était toutefois généralement plus courte, moins feuillue et plus légère. La larve ne détruit pas toujours l’embryon, mais en consommant une partie des réserves du gland, elle prive la plantule d’une partie de l’énergie nécessaire à son démarrage.
Le balanin ne condamne donc pas le chêne adulte. Sa larve est un prédateur de graines : elle utilise le gland à la fois comme abri et comme nourriture. À l’échelle d’un fruit, les dégâts peuvent empêcher la germination ou affaiblir la jeune pousse. À l’échelle de l’arbre, ils réduisent seulement une partie des chances de reproduction. Le chêne produit de nombreux glands, dont beaucoup disparaissent de toute façon avant de devenir des arbres, mangés par d’autres animaux, desséchés ou victimes de champignons. Le petit trou témoigne ainsi d’un échec possible pour un gland, mais pas de la condamnation du chêne.
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