Comment les sextoys se sont installés dans l’intimité de toutes les générations ?
Les sextoys s’utilisent aujourd’hui sans tabou. Mais entre quête de plaisir, découverte de soi, ou outil thérapeutique, les raisons de les adopter varient selon les âgesVictoria Berne
L'essentiel
- Les sextoys sont désormais démocratisés et utilisés par toutes les générations.
- Chaque génération adopte les sextoys pour des raisons différentes : l’expérimentation et la découverte de soi, le bien-être sexuel ou dans un cadre thérapeutique.
- Cette évolution illustre un changement culturel où la sexualité fait désormais partie du développement personnel et où le sextoy devient un outil d’exploration.
Gen X, millennials, Gen Z… et si notre rapport au plaisir vibrait aussi au rythme de notre année de naissance ?
Longtemps planqué dans un tiroir, le sextoy a fait sa révolution. Désormais design, parfois connecté, et souvent assumé, il s’est imposé comme un véritable outil de plaisir à part entière dans l’intimité. Mais cette libération est-elle vécue de la même manière à tous les âges ? Comment cet objet est-il perçu selon les générations ?
Du plaisir pour toutes et tous
Aujourd’hui, le premier constat est que le sextoy n’est plus un tabou. « Il est banalisé, démocratisé, et ce, à tous les âges », affirme Camille Guerfi, sexologue et ambassadrice France de la marque Lelo. « Pour moi, le Covid a été une révolution sexuelle, comparable à Mai 68. Les langues se sont déliées, les pratiques se sont diversifiées, les gens ont eu besoin de se faire du bien. » Même analyse pour Céline Vendé, sexologue et experte Womanizer, qui observe une pratique désormais intergénérationnelle : « Toutes les générations en utilisent, mais pas pour les mêmes raisons. On n’est plus du tout dans un usage réservé à une catégorie d’âge ou de genre. »
Et les chiffres le confirment. Selon le Futurist Report 2025 de Lelo, 66 % des millennials déclarent intégrer cette technologie à leur vie sexuelle sans problème, tout comme 60 % des Gen Z et 64 % des xennials. Seuls les baby-boomers (nés avant 1965) restent majoritairement réticents, avec 39 % d’acceptation. Mais là encore, la tendance est à l’ouverture.
Une génération, une utilisation
Derrière le sextoy, il existe une multitude de raisons de l’adopter. Chez les plus jeunes, c’est l’expérimentation qui prime. « Le sextoy est un moment personnel et intime, mais totalement intégré dans la routine bien-être », observe Camille Guerfi. « C’est aussi une génération très informée grâce aux réseaux, qui cherche à mieux se connaître », ajoute Céline Vendé. Cette génération a grandi avec ces technologies. Elles sont donc moins taboues et leur utilisation est beaucoup plus démocratisée. Et cela se vérifie concrètement : « Quand je pose la question "avez-vous des sextoys ?", les personnes qui en ont le plus, et avec la plus grande diversité, sont souvent les plus jeunes », souligne-t-elle.
Les millennials (nés dans les années 80-90) abordent les sextoys avec un pragmatisme joyeux. Ils les utilisent en solo ou en couple, pour pimenter une routine, gagner du temps ou atteindre plus facilement l’orgasme. « C’est une génération qui bosse beaucoup, qui a besoin d’efficacité. Le sextoy devient un outil de bien-être sexuel », décrit Camille.
Du côté des générations plus âgées, l’approche est différente, mais tout aussi riche. Céline Vendé parle d’un usage thérapeutique : « Chez les 50-70 ans, on les recommande pour lutter contre les douleurs liées à la ménopause, pour activer la lubrification, ou pour soulager des pathologies comme l’endométriose, ou les problèmes érectile. » Pour certaines personnes, les sextoys sont même une porte d’entrée vers la redécouverte de leur corps. « À 70 ans, on peut encore vouloir ressentir, vibrer, se réapproprier son intimité », souligne Camille Guerfi. « Le sextoy devient alors un allié, parfois le seul, dans une sexualité mise en pause. »
Ce que les sextoys révèlent de notre rapport au corps
Au-delà des âges, c’est bien une évolution culturelle que les sextoys illustrent. Un glissement du plaisir caché vers un plaisir assumé. Camille Guerfi rappelle qu’elle accompagne aussi bien des adolescentes de 17 ans que des femmes de 60 ans à « découvrir leur corps, apprendre à se caresser, oser ressentir ». Pour certaines patientes, la gêne est encore là, « mais en réalité, c’est souvent lié à un manque de connaissance de soi », explique l’experte de Lelo.
Celine Vendé va plus loin : « Pour beaucoup, la sexualité fait désormais partie du développement personnel. Le sextoy devient un outil d’exploration érotique. » Mais cette individualisation a aussi ses limites. « Il faut faire attention à ne pas s’enfermer dans le confort de l’autosuffisance. Le sextoy ne remplacera jamais la chaleur d’une caresse ou d’un baiser. » Un point de vigilance partagé par les plus âgés : 29 % des personnes interrogées dans l’étude Lelo expriment une inquiétude face à la perte de lien humain.
Pour un plaisir à tout âge
Les sextoys sont sans doute les meilleurs révélateurs de notre époque. Témoins de l’évolution de notre rapport au corps, ils traduisent aussi une transformation de l’offre. « Depuis les années 2000, la cible s’est élargie, et les designs aussi. Avant, on imposait des formes très phallos centrées à la masturbation féminine. Le Womanizer, avec sa technologie sans pénétration, a changé la donne », explique Céline Vendé.
Alors non, il n’y a pas un sextoy par génération. Il y a autant de manières de se faire du bien qu’il y a de corps à explorer. Et si la technologie continue d’avancer, une question demeure : jusqu’où ira-t-elle dans notre quête de plaisir et de connaissance de soi ?



















