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Est-ce mal de jouer à se faire peur avec des drames réels ?

Halloween : Faut-il culpabiliser de s’amuser dans des attractions inspirées de drames réels ?

HalloweenL’éruption du Vésuve au Parc Astérix, une tueuse en série chez It’s Alive à Paris… Des attractions et des spectacles immersifs s’inspirent de faits réels pour effrayer leur public
Clio Weickert

Clio Weickert

L'essentiel

  • Pour cette fête d’Halloween 2024, certaines attractions et spectacles immersifs s’inspirent de faits réels pour effrayer leurs spectateurs.
  • Au Parc Astérix, une maison hantée éphémère plonge dans le cauchemar de Pompéi. A Paris, It’s Alive part sur les traces d’un exorcisme en Angleterre ou d’une tueuse en série italienne.
  • Doit-on se sentir coupable de jouer à se faire peur avec un drame bien réel ?

Une petite virée à Pompéi, ça vous tente ? Jusqu’au 11 novembre, le Parc Astérix propose à ses visiteurs un aller simple pour la Campanie. « En 79 ap. J.-C, le Vésuve entre en éruption et ne laisse […] que ruine et souffrance. Il semblerait cependant qu’ici, les morts reprennent vie comme recrachés par l’Enfer. Restez sur vos gardes et préparez-vous à fuir car qui se frotte aux Enfers de Pompéi s’y brûle forcément… », avertit le parc d’attraction sur son site.

Ce n’est pas une excursion au cœur d’une reconstitution des ruelles de cette cité antique qui est proposée aux visiteurs mais une maison hantée immersive éphémère lancée à l’occasion d’Halloween. Grâce à un savant cocktail d’effets spéciaux, de jeux de lumière, de fumées, d’odeurs de soufre et de brûlé, le parcours invite les plus téméraires (l’attraction est déconseillée aux moins de 16 ans) à jouer à se faire peur au long d’un parcours horrifique animé par une douzaine de comédiens. On y rencontre ainsi une femme prise au piège d’un bain thermal bouillonnant, un boucher déchaîné ou encore une mère éplorée tenant dans ses bras le corps sans vie de son bébé.

Ces visions d’effroi évoquent la tragédie qui s’est jouée il y a des milliers d’années au pied du Vésuve. Mais sont-elles les parfaits ingrédients pour une attraction de type « maison hantée » ou frôlent-elles le mauvais goût ? Et aussi : Doit-on se sentir coupable de jouer à se faire peur avec un drame bien réel ?

« Nous ne sommes pas là pour raconter l’histoire mais pour effrayer »

Pour Dominique Garcia, professeur d’archéologie et directeur de l’Inrap, choisir ce moment d’histoire afin de faire frissonner est étonnant. « C’est presque une première d’utiliser le cas de Pompéi non pas pour les éléments positifs qu’il peut faire remonter en nous, mais sous le prisme de l’élément négatif qu’est la peur », souligne-t-il.

Il développe : « Quand on va à Pompéi, ce qui marque c’est le romantisme des ruines, la fraîcheur des fresques… Des émotions positives. Certes, il y a aussi les corps moulés de personnes qui ont succombé mais on n’y va pas pour voir la souffrance et la peur. Ce qu’on y recherche, ce n’est pas la mort, mais la vie, le fait de trouver des fruits, des pains encore conservés dans la boulangerie, les pattes de chien dans la rue… On va mettre ses pas dans les traces de ce qu’il y avait avant. Les peintres qui sont allés à Pompéi n’ont pas peint le malheur mais la beauté des ruines. »

Le Parc Astérix ne fait pas dans la toile de maître. « On voulait implanter une nouvelle maison hantée, explique Kevin Blandina, responsable des spectacles. Nos collègues des opérations nous ont dirigés vers un bâtiment dans la zone de Rome. L’idée de Pompéi est arrivée assez naturellement. C’est un thème assez effrayant car il s’agit d’une catastrophe naturelle. Ça parle à tout le monde, c’est assez connu et méconnu en même temps. »

La maison hantée reprend certains éléments associés à Pompéi comme les thermes ou ce rouge sang pompéien très identifiable. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une reconstitution. Si l’attraction reprend certains codes de cet événement notable de l’Antiquité, elle repose avant tout sur le thème de l’éruption volcanique. « Aucun fait historique n’est relaté dans cette attraction. Nous ne sommes pas là pour raconter l’histoire à nos visiteurs, mais pour les effrayer », précise Kevin Blandina.

De même, sur certains aspects, l’attraction s’éloigne volontairement de la véracité historique, à l’image des coulées de lave. Omniprésentes ici à travers les effets spéciaux, elles étaient inexistantes à Pompéi en 79 ap. J.-C, la cité ayant été ensevelie sous une pluie de cendre. Ce détail n’a pas échappé au parc, qui a toutefois choisi de donner la part belle à la lave pour son aspect spectaculaire. « Quand on parle à n’importe quelle personne d’un volcan, la première image qu’on a est celle de la lave en fusion. Il fallait donc l’avoir dans la maison, quand bien même elle n’est pas [conforme à la réalité historique]. »

« On veut présenter les faits sans les glamouriser »

Pour cette fête d’Halloween 2024, le Parc Astérix n’est pas le seul à avoir choisi de se baser sur de réels drames. Après plusieurs années d’absence, It’s Alive, feu le Manoir de Paris, revient dans la capitale jusqu’au 3 novembre avec « un nouveau format d’expérience immersive qui repousse les frontières du réalisme et de l’émotion ». Au programme : deux spectacles en live (interdits aux moins de 16 ans), sur des récits inspirés de faits divers. Intitulé « Le Sang du diable », le premier s’inspire d’un exorcisme effectué dans les années 1970 en Angleterre. Le second, « Malédiction d’une mère », repose sur l’histoire de Leonarda Cianciulli, une tueuse en série italienne qui a sévi dans les années 1930.

« Le Manoir de Paris reposait sur des légendes parisiennes comme le fantôme de l’Opéra, le boulanger qui tuait des étudiants… En faisant nos recherches, on s’est rendu compte que beaucoup de ces légendes étaient basées sur des faits véridiques. On s’est dit qu’on n’avait pas besoin de passer par la légende parce que la réalité est encore plus horrifique », estime Laura, la créatrice du show.

S’inspirer de faits réels peut aussi permettre de donner de l’épaisseur à des attractions ou spectacles immersifs qui sonnent parfois un peu creux. « Souvent, c’est juste une maison où des gens surgissent du noir et ça repose sur un scénario qui tient sur un demi-ticket de métro, juge Jean-Marc Toussaint, ancien designer d’attraction et co-animateur du podcast Puissance Parcs. Si on trouve le bon événement historique, c’est intéressant parce que ça sert de trame ».

Si ces récits ne manquent pas de terrifier et de fasciner, ils ne sont pas les plus simples à adapter. Contrairement aux fantômes, sorcières, zombies ou autres clowns maléfiques, ils sont liés à des histoires de souffrances bien réelles. « C’est plus difficile [de travailler sur ces projets] dans le sens où on cherche toujours à être respectueux des victimes. On veut présenter les faits sans les glamouriser. Il n’est pas question que cela soit juste l’histoire du tueur et qu’on en oublie les victimes », assure la créatrice de It’s Alive.

Angoisse et catharsis

Mais que cherche-t-on en se faisant peur avec le réel ? N’est-ce pas un peu limite d’un point de vue moral d’aimer être effrayé par ces drames ? Jean-Marc Toussaint l’analyse comme « le pendant de l’appétence et du voyeurisme pour le fait divers ». Il y voit aussi l’effet cathartique du divertissement horrifique. « C’est l’occasion, entre guillemets, de vivre un film d’horreur en vrai. C’est aussi quelque chose de réconfortant car on en sort vivant - normalement. On peut donc se rassurer sur le fait qu’il ne nous est rien arrivé », analyse-t-il.

Du côté du Parc Astérix, les maisons hantées ont toutes la même finalité au fil des saisons : effrayer mais sans traumatiser. « L’objectif reste de faire peur sur l’instant T mais que nos visiteurs ressortent contents de l’expérience qu’ils ont vécue, précise Kevin Blandina. Ils en sortent presque en rigolant parce qu’ils savent que ce qu’ils viennent de vivre n’était pas réel. »

Mais quid des spectacles sur les tueurs en série ? « On est soulagé car on sait qu’il y a une fin à l’histoire, répond Laura de It’s Alive. Mais il reste quand même un peu d’angoisse lorsque l’on se dit que ça s’est vraiment passé et que l’on se demande si cela pourrait se reproduire. » Au fond, les mêmes questionnements que l’on peut avoir à la fin d’un épisode de « Faites entrer l’accusé ».