Tour de France 2022 : Le scénario de la Grande Boucle en huit questions (un peu folles)

CYCLISME Le peloton du Tour de France 2022 s'élance de Copenhague, ce vendredi. L'heure des dernières spéculations avant que Tadej Pogacar ne mette tout le monde d'accord

William Pereira
Thibaut Pinot
Thibaut Pinot — SIPA
  • Le Tour de France 2022 s’élance vendredi de Copehnaghue
  • Tadej Pogacar, Primoz Rogilc et Jonas Vingegaard sont les grands favoris. David Gaudu est la meilleure chance française au général.
  • 20 Minutes vous livre le scénario (très) fictif du Tour 2022 avant le Grand départ

C’est reparti pour un Tour. De France, mais aussi du Danemark, où auront lieu les trois premières étapes, dont le contre-la-montre inaugural de Copenhague ce vendredi. Faut-il y voir la prémonition d’un futur succès du Danois Jonas Vingegaard, révélation de la dernière édition et troisième roue du carrosse des favoris, mené par les Slovènes Tadej Pogacar, double-vainqueur en titre de la Grande Boucle et Primoz Roglic ?

On miserait volontiers sur un Français, mais la meilleure chance tricolore sur le papier David Gaudu semble un cran en dessous de ce joli monde. Le tableau a rarement paru aussi limpide, bien que l’organisation ait fait tout son possible pour forcer l’imprévisible à opérer, à l’image de cette étape d’Arenberg, potentielle fossoyeuse de favoris. Autorisons-nous tout de même à rêver, à l’heure des dernières spéculations avant le grand départ. Et imaginons, en huit questions, à quoi pourrait ressembler (ou pas) ce Tour de France 2022, avec l’expertise de l’ancien coureur Steve Chainel, désormais consultant Eurosport.

Comment Tibaut Pinot va gagner ce Tour sur un énorme malentendu ?

Thibaut Pinot n’a plus d’excuses. Le coureur de la Groupama-FDJ vient sur le Tour de France dans les meilleures conditions pour lui : sans pression. Il a volontairement laissé le leadership – qu’il ne se sentait « pas apte » à endosser – à Gaudu et fait le plein d’anticorps au sortir du Tour de Suisse, où il a contracté le Covid. Après un décrassage des voies respiratoires sur les étapes danoises, Pinot perdra cinq minutes sur les pavés, où il réalisera l’exploit de ne pas tomber, ce qui est déjà pas mal, puis réussit à résister à Pogacar, Roglic et Vingegaard au sommet de la Super Planche des Belles Filles.

Nouveau maillot jaune, « Pogi » sera contraint de quitter les routes du Tour pour cause de Covid. Terminer les céréales de Matteo Trentin au petit dej une semaine plus tôt n’était pas une bonne idée. Contaminés par leur rival, Vingegaard et Roglic déclareront forfait un peu plus tard. Le reste appartient à l’histoire : Pinot s’envole dans l’Alpe d’Huez et revient à 30 secondes du nouveau maillot jaune Matej Mohoric, encore un Slovène. Pas de bol, celui-là quitte à son tour la Grande Boucle à la suite d’une nouvelle perquiz, celle de trop, à l’hôtel de la Bahrein. La voie libre, « Tibo » n’a plus qu’à contrôler la course. Ah, un bruit. Le réveil sonne. Il est l’heure de se réveiller.

L’avis de Steve Chainel : « Je fais partie des amoureux de Thibaut. S’il gagne une étape après la période difficile qu’il a traversée, on serait déjà super heureux. J’ai des frissons rien qu’en en parlant, parce que ça serait mérité. Thibaut n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est pas forcément attendu, que lorsqu’il est blessé dans sa chair et son orgueil. Maintenant, il y a aussi David Gaudu. Il y aura forcément un moment où il faudra trancher, et ça se fera forcément en faveur de David. »

Quand va-t-on pouvoir claquer une bonne sieste ?

Principalement sur les étapes danoises et sur les Champs, où l’on pourra se contenter d’ouvrir les yeux en fin d’étape après avoir suivi les 150 premières bornes dans un semi-coma. Autrement, ce Tour sera sur le papier très rythmé.

Comment Tadej Pogacar pourrait perdre (pour une fois) ?

Etape d’Arenberg, premier secteur pavé. Wout Van Aert surprend tout le monde en descendant de son vélo. Il est aussitôt suivi par Primoz Roglic, qui, par crainte de chuter, monte sur les épaules du Belge. Ce dernier gagnera l’étape avec le Slovène sur le dos, mettant 2 minutes dans le nez de Pogacar. Le leader d’UAE échouera à 12 secondes du coureur de la Jumbo-Visma malgré 46 attaques sur le Granon, à l’Alpe d’Huez et Hautacam.

L’avis de Steve Chainel : « Pogacar, on l’a jamais vu avoir un jour sans. Et si ce jour sans c’est celui de la Planche des Belles filles ou le jour d’Arenberg, j’espère de tout cœur pour le spectacle, (et tant pis pour Tadej même si je n’ai rien contre lui) que ses concurrents essayeront de le mettre le plus loin possible. Parce que quand lui a cinq minutes d’avance, il ne fait pas de cadeaux, donc il ne faut pas lui en faire non plus. L’étape qui risque de nous donner des enseignements et celle où Pogacar ne peut pas tout maîtriser, c’est cette fameuse étape pavée. Même si en vrai, c’est quelqu’un de très agile sur le vélo, qui a fait des cyclo cross l’hiver dernier. Je pense que même ça, il essaye de le maîtriser. Donc bon courage à ses adversaires. »

Non, en vrai, comment Pogacar va gagner le Tour en dix jours ?

Dans la vraie vie, Pogacar n’a jamais de fringale, pas plus qu’il ne tombe. Pavés ou pas, m’en bats les couilles. Il sifflote en zone mixte après avoir grimpé 30 bornes de col en solitaire, bref, il fait du Pogacar et rien n’y personne n’y pourra quoi que ce soit. Sa montée en puissance sur le Tour de Slovénie semble confirmer la tendance.

L’avis de Steve Chainel : « J’espère que Pogacar n’aura pas déjà trois minutes d’avance avant la fin de la première semaine, parce que c’est quelque chose de parfaitement envisageable. En fin de première semaine, on peut déjà avoir des écarts conséquents avec cette étape d’Arenberg, où on peut presque déjà perdre un leader. Si je devais citer un mec qui brigue un top 10 et risque de perdre du temps à Arenberg parce que peu agile et pas forcément à l’aise, je dirais Roglic. Et puis derrière, il y a cette Planche des Belles Filles qui va faire un écrémage. »


Qu’est-ce qu’on attend de nos Français ?

Lumineux sur le Giro, où il est hélas tombé malade alors qu’il jouait la gagne, Romain Bardet arrivera à cours de rythme sur le Tour et dit ne pas vouloir viser le général. « Je n’ai pas de certitudes sur mon niveau, a livré le grimpeur français en conférence de presse. Cela n’enlève rien à ma motivation. Mais je veux courir sans penser au lendemain. Je me concentre donc sur les étapes. » Les Français semblent prédestinés aux victoires d’étape, et, éventuellement, une ou deux places dans le top 10.

L’avis de Steve Chainel : « Qu’est-ce qu’on peut espérer de nos Français ? On espère qu’Alaphilippe [absent] va gagner à Longwy, on espère qu’Axel Zingle [également absent] va encore une fois performer après sa belle performance du championnat de France (rires). Plus sérieusement, on attend toujours les mêmes, que ce soit Gaudu, Bardet, Pinot, Barguil, tous ces coureurs qui peuvent aller jouer un beau classement général. Chez Total-Energies, je pense qu’un Turgis peut enfin aller chercher une grande victoire cette année. Idem pour Sénéchal avec son maillot de champion de France, que l’on devrait voir à son avantage sur les pavés. »

Qui sera le Vingegaard de 2022 ?

L’année dernière, le Danois avait surpris tout le monde en s’invitant non seulement sur le podium mais également en étant le seul capable de suivre puis lâcher Tadej Pogacar à la régulière. Vingegaard s’était avant ça révélé sur le Tour du Pays basque 2022. Pas tout à fait un détail : en 2022, Daniel Felipe Martinez s’y est illustré en raflant la victoire finale. Un signe, pour le vainqueur du Dauphiné 2020 ?

Comment continuer de vibrer quand Pogacar aura 10 minutes d’avance sur tout le monde ?

Question idiote. En suivant nos lives quotidiens.

L’avis de Steve Chainel : « Si je devais jouer une cote élevée sur le Tour, je miserais sur Thomas Pidcock maillot vert. La vraie lutte, le vrai suspense ne sera pas pour le général mais pour le maillot vert. Ça permet de déplacer l’intérêt du Tour sur un autre maillot, au cas où le général soit plié au bout de dix jours (rires). »

Qui va échapper au Covid ?

Thibaut Pinot, tout comme Peter Sagan et Aleksander Vlasov, contaminés sur le Tour de Suisse, pourront dormir sur leurs deux oreilles lors des trois prochaines semaines. Malade au printemps, Wout Van Aert a sans doute quelques anticorps en magasin. C’est en revanche un peu plus flou pour Jonas Vingegaard, passé par la case Covid lors d’un stage de début d’année. Chez les Français, David Gaudu ou encore Romain Bardet font partie des vulnérables.

Bonus : Où et quand suivre la première « ATTAQUE DE PIERRE ROLLAND ! » ?

Sur la 2e étape (Roskilde-Nyborg), pour aller chercher les premiers points du grand prix de la montagne. Evidemment.