Cyclisme : « Apprendre à gérer la nervosité d'un leader », David Gaudu affiche ses ambitions pour 2022

INTERVIEW DU LUNDI David Gaudu entend poursuivre sa progression linéaire et espère encore franchir un cap en 2022

Propos recueillis par William Pereira
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David Gaudu veut être encore plus régulier en 2022.
David Gaudu veut être encore plus régulier en 2022. — OSCAR DEL POZO / AFP
  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur du sport qui fait l’actu du moment. Cette semaine, place au grimpeur de la Groupama-FDJ, David Gaudu.
  • Le coureur breton, qui s’est souvent hissé dans le top 10 des grosses courses l’an passé, entend poursuivre sa progression sur les classements généraux.
  • Sauf méforme ou blessure, Gaudu abordera le Tour de France en position de leader, sur un pied d’égalité avec Thibaut Pinot

Le phare dans la nuit noire, la lampe de poche dans la cave. David Gaudu aura été, en 2021, l’une des rares satisfactions de la Groupama-FDJ. Malgré un  Tour de France entaché par une défaillance de celles qu’on est bien heureux de ne pas vivre de l’autre côté de l’écran, le coureur français a eu ses moments : une victoire d’étape sur le Pays basque, une troisième place à Liège (juste devant son idole Valverde) et trois Top 10 sur les classiques italiennes à l’automne.

L’année dernière aura aussi été celle de la découverte du statut de leader sur le Tour de France. Un rôle qu’il n’est pas sûr de retrouver avec le retour au premier plan de Thibaut Pinot​ et l’émergence de la recrue Michael Storer. Mais Gaudu est prêt à se battre, dans la joie et la bonne humeur. Interview coolos.

Qu’est-ce qui explique l’enthousiasme ambiant autour de l’équipe malgré l’année précédente un peu décevante ?

Quand on sort comme ça d’une mauvaise saison, on se remet toujours en question et l’année d’après on revient souvent avec envie. On se dit qu’on est tombés sur un os, on est rancuniers. On a envie de bien faire. Thibaut est allé rouler et soleil, Valentin aussi, Stephan aussi. Arnaud a roulé dans le Sud de la France, moi aussi. Ça nous a tous fait du bien.

Individuellement, en revanche, vous avez décrit cette année comme étant votre meilleure. Au-delà des résultats, de quoi êtes-vous satisfait ?

Ce qui m’a vraiment plu, c’est ma constance toute l’année, du Haut-Var en début de saison au Lombardie, en passant par le bloc Pays basque/ardennaises, le Dauphiné et même le Tour malgré cette étape du Ventoux. Il y a quand même des belles choses à en retirer, comme le fait d’avoir pu être avec les meilleurs au haut niveau toute la saison ou presque. Finalement il ne me manquait pas grand-chose pour jouer devant sur certaines courses. Et j’ai vu que quand j’étais vraiment à 100 % de mes capacités, en courant bien et en ayant un peu de chance, j’arrive à gagner des belles courses et aller chercher des podiums sur des monuments. Ça me donne une motivation supplémentaire, j’ai envie devoir jusqu’où je peux aller. Cette saison m’a donné les crocs parce que maintenant j’ai juste envie de gagner.

Vous avez vécu un moment iconique en 2021 sur le tour du Pays basque avec cette échappée avec Primoz Roglic. L’occasion d’apprendre des choses au côté d’un des patrons du peloton et de se faire un ami en haut lieu ?

C’est clair qu’il vaut mieux avoir plus d’amis que d’ennemis dans le peloton. Ce que j’ai appris de ce jour-là, c’est sur moi et mes capacités, les blocages que je pouvais faire avant. Je me suis montré que sur une semaine j’étais capable de rivaliser avec le gratin mondial.

Vous aviez des complexes ?

Avant ? Un peu, ouais. Il y a quelques années, je me demandais encore si j’étais capable d’arriver à ce niveau-là, d’être comme eux. Finalement, même si je mets plus de temps que certains coureurs, je vais arriver à mon tour à maturité et j’espère faire de bonnes choses.

Vous sentez que le regard du peloton vis-à-vis de vous commence à changer, qu’on vous considère un peu plus ?

Je suis plus regardé, on ne va pas me laisser sortir ou prendre du temps sur certaines étapes dans des échappées, sauf si je suis loin au général. Si je suis à quatre ou cinq minutes, on ne va pas me laisser prendre une échappée et me rapprocher à 30 secondes au général.

C’est un peu chiant, mais gratifiant en même temps ?

Oui, c’est un peu chiant mais gratifiant, c’est tout à fait ça.

Marc Madiot a dit que chaque coureur avait eu un moment pour faire son autocritique de la saison précédente. Quelle a été la vôtre ?

Sur la saison, il n’y a pas forcément grand-chose à dire si ce n’est que j’étais peut-être trop nerveux sur certaines courses. Il faudrait que je gagne en patience et en calme. Je pense que sur le Tour j’étais trop nerveux sur certaines étapes, et ça m’a coûté de l’énergie pour après. Il va falloir apprendre à gérer ça.

Le statut de leader vous pesait ?

C’était un nouveau truc à appréhender mais je pense que c’était surtout que j’avais énormément d’envie. Je voulais bien faire et j’ai laissé beaucoup de cartouches en nervosité. Je ne faisais pas toujours les bons choix.

Vous évoquiez votre arrivée à maturité un peu plus tardive que pour d’autres coureurs. Où en êtes-vous de cette progression ?

J’ai toujours progressé de manière linéaire et c’est ce que j’attends encore cette année. Pour rester au top niveau il faut toujours progresser, il n’y a plus le droit de rester sur ses acquis. J’ai fait un reset mental. Ok c’est bien, j’ai fait un top 20 à l’UCI en 2021 mais là on repart de zéro. Nouvelle saison, les adversaires vont progresser, des nouvelles têtes vont arriver dans le peloton. Il va falloir progresser pour rester au top niveau.

Où vous situez-vous où par rapport aux grands leaders du peloton ?

Pogaçar et Roglic sont au-dessus. Ensuite, il y a les champions comme les Yates, les Lopez, Bernal etc. Moi je dirais que je suis juste en dessous. En haut du troisième palier, on va dire (rires). Mais ça m’arrive de monter sur le deuxième !

La grande ligne la présentation de la saison de la Groupama-FDJ, c’est quand même qu’il n’y a pour le moment pas de leader. On peut imaginer que Thibaut, Storer et vous allez un peu vous tirer la bourre pour savoir qui mènera l’équipe sur le Tour ?

Je sais que les relations avec Thibaut et même, du peu qu’on a pu voir, avec Storer, seront sans animosité ni agressivité vis-à-vis des grands objectifs de la saison. On va au Tour pour performer. On ne se laissera pas faire en première semaine et en montagne on veut être conquérants en montrant notre force collective.

Il y a l’idée de fonctionner comme les grosses équipes du peloton, avec plusieurs coureurs forts et des équipiers costauds ?

C’est ce qu’il faut qu’on arrive à montrer, qu’on n’est pas le petit poucet. Il faut essayer d’aller bouger ceux qui auraient envie de nous prendre de haut. On n’a pas envie de se laisser faire face à des armadas comme Ineos, Jumbo ou UAE. On veut montrer qu’on est là et qu’on veut leur faire mal. C’est toujours dur d’occuper l’espace face à ces équipes parce qu’elles sont composées de coureurs qui ont un double rôle comme des Van Baarle ou Van Aert, des coureurs capables de rouler sur le plat et aussi de monter des cols et d’être là en troisième semaine quand il reste 20 mecs dans le peloton. Ce sont des coureurs qui ont un peu deux facettes.

A quel point ces types sont décourageants ?

Dans le peloton, quand on est en souffrance, on se demande qui nous fait mal. « Ah c’est Van Baarle. Il reste qui ? Kwiatkowski, Geogeghan Hart, etc. » (rires). On voit qu’il reste quatre équipiers derrière et on se dit « bon… moi je suis tout seul » ou alors on n’est plus que deux. Forcément c’est compliqué. C’est pour ça qu’on aligne une force collective, parce qu’on se tire tous vers le haut.

C’est une sécurité aussi d’aller sur le Tour avec plusieurs cartouches justement à cause de la première semaine ? Du vent, des pavés, la montagne… C’est un peu Mario Kart ?

On ne pourra pas jouer pour toutes ces cartes non plus. Si on essaye de jouer deux cartes dès la première étape et qu’un gars se retrouve en deuxième bordure et un autre en troisième bordure, au final on n’aura plus personne. Mieux vaut avoir quelqu’un dans la bonne bordure le premier jour et assurer. La première semaine sera dure et piégeuse et je pense qu’aucun des leaders, même parmi les plus ambitieux, ne sera sûr de lui en première semaine.

Justement, que vous inspirent les pavés en première semaine ?

Je pense qu’ils n’étaient pas forcément nécessaires au Tour (rires). Il y aura déjà assez de spectacle avant avec le vent. C’est remettre énormément de risque et quand on voit toutes les chutes, les abandons et tous les coureurs à l’hôpital l’an passé en trois jours sur des petites routes, ce n’est pas non plus le truc le plus kiffant. C’est comme ça, on est coureurs, c’est notre métier. Il va falloir aller au charbon, on n’a pas le choix.