Thibaut Pinot a « toujours envie de donner des émotions » malgré la nostalgie et les petits coups de déprime

CYCLISME Le leader de la Groupama-FDJ a accordé une longue interview à « Ouest-France » avant le début de la saison 2022

Julien Laloye
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Thibaut Pinot veut faire vibrer ses supporters de nouveau en 2022.
Thibaut Pinot veut faire vibrer ses supporters de nouveau en 2022. — SOPA Images/SIPA

Du Thibaut Pinot pur jus. A la fois déprimant et enthousiasmant, optimiste par séquences comme prêt à ranger le vélo la seconde d’après. Le grimpeur de la Groupama-FDJ, embêté par un physique défaillant depuis deux ans, se livre dans une très belle interview accordée à nos confrères de Ouest-France aux Canaries, où il a préparé le début de la saison 2022 fin décembre.

Un stage qui n’a pas semblé beaucoup l’amuser, en comparaison de ses jeunes années. A 32 ans, Pinot est plus près de la fin que du début, et une nostalgie un peu amère semble déjà l’envahir par instants : « L’entraînement n’était plus au centre de ce stage. Le vélo a changé et il faut que je m’y fasse. Il y a beaucoup plus de choses dans le vélo d’aujourd’hui qu’il y a dix ans. Beaucoup d’à-côtés, de réseaux sociaux, de sollicitations. Quand j’ai commencé en 2010, le vélo était plus sympa et plus rigolo ».

« Le vélo était plus sympa quand j’ai commencé »

Ou le syndrome du dernier des Mohicans alors que tous les collègues de bureau ont déjà fait leur pot de retraite. « Ils me manquent… Ce n’est plus du tout la même ambiance. On a toujours été sérieux à l’entraînement, mais on rigolait énormément à côté. Aujourd’hui, l’entraînement est encore plus sérieux et on rigole beaucoup moins ».

Le vainqueur moral du Tour 2019 (parfaitement) ne s’en cache pas, il pense souvent à l’après, l’attend avec une certaine impatience : « J’ai la chance d’avoir une vie à côté du vélo qui est très riche et plutôt très prenante avec ma ferme. Certains font cinq heures de vélo, se mettent ensuite dans le canapé ou sous la couette et attendent le repas du soir. Moi non. J’enlève du fumier, je nourris mes bêtes, ça me prend deux ou trois heures par jour. Après, j’aimerais faire une ferme pédagogique et des chambres d’hôtes au milieu. Faire du miel, de la confiture. J’ai déjà ramené pas mal d’arbres fruitiers. C’est mon truc. Coupé du monde ».

En attendant, c’est promis, le vainqueur de l’Alpe d’Huez et du Tourmalet entend faire vibrer encore les poils de ses fans sur quelques jours de grâce, trois semaines d’affilée si Dieu veut.  « On attend surtout de pouvoir refaire mal aux autres. J’ai pas mal de frustration en moi par rapport à tout ça, au fait de ne pas avoir pu exploiter ce que j’avais sous le capot ces deux dernières années. J’ai toujours envie de donner des émotions aux gens qui me soutiennent. Ces gens-là, j’ai envie de leur donner du plaisir les prochaines années. Surtout cette année ».

Le maillot rose sur le Giro avant de raccrocher ?

Pas de fausse joie non plus, les « Tibo Pinix ». Le champion ne croit plus trop aux lendemains qui chantent sur le Tour de France, sans doute conscient que le train est passé et que la nouvelle génération a déjà tout emporté. Il est pourtant prévu qu’il y participe en 2022, même si lui rêve encore et toujours du Giro, LA course qui le faisait rêver gamin :

« J’avais coché ceci : être champion de France un jour, gagner sur les trois grands tours, gagner le Lombardie, et… porter le maillot rose sur le Giro. C’est le seul truc qui me manque, c’est le dernier truc qui me manque. Parce que pour moi, le maillot jaune, c’est comment dire… Je reste dans le réel, en fait. Le maillot jaune du Tour de France a toujours été, pour moi gamin, quelque chose de trop grand. Donc j’ai toujours rêvé de porter le maillot rose du Giro ». On le mérite tous un peu avec lui, non ?