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Sous le cagnard, la difficile sensibilisation des joueurs aux dangers du soleil

Roland-Garros 2026 : Sous le soleil de plomb, les joueurs font-ils assez attention à la protection de leur peau ?

punta cagnardLe début de la quinzaine à Roland-Garros a lieu sous un soleil de plomb, ennemi silencieux des joueuses et joueurs de tennis au long de leur carrière
Ils ont gagné Roland-Garros
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Il fait très (trop ?) beau à Roland-Garros, mais les joueurs de tennis, très exposés tout au long de la saison, restent peu sensibilisés aux dangers du soleil,.
  • Plusieurs joueurs ont payé le prix de cette négligence, notamment Andy Roddick qui a révélé avoir « souffert de différents types de cancer de la peau » et s’est fait « retiré une tumeur épidermoïde de la lèvre, il y a cinq ou six ans ».
  • La protection solaire reste « toujours un sujet assez compliqué pour les joueurs » selon Luca Van Assche, car les crèmes partent avec la transpiration et l’essuyage pendant les matchs. Les produits ont pourtant évolué et la sensibilisation progresse, mais les idées reçues ont la peau dure sur le circuit.

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, il fait beau à Roland-Garros, où le début de l’édition 2026 s’inscrit en faux contre la tradition pluvieuse de la première semaine. Les toits du Chatrier et du Lenglen sont miraculeusement ouverts sur un grand soleil de plomb, les éventails s’agitent, les lifts giclent et les joueurs suent à grosses gouttes. Pénible, mais un peu moins que les habituelles heures de rumination dans les espaces de vie du stade en attendant la fin des averses.

Le soleil est un facilitateur de vie dont beaucoup de joueurs se satisfont, mais il leur arrive d’oublier que cet allié ne leur veut pas toujours du bien. Renata Zarazua en avait les frais au début de l’année à l’Open d’Australie. La Mexicaine avait partagé sur ses réseaux une photo d’impressionnants coups de soleil sur son dos en faisant un constat : « le soleil australien n’est pas une blague ».

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Seuls 70 joueurs et entraîneurs ont joué le jeu du dépistage pendant Roland-Garros 2025

Une réputation que personne n’ignore sur le circuit. Croisé dans les couloirs du Suzanne Lenglen à l’abri des rayons UV, Nicolas Mahut, aujourd’hui consultant pour France TV, confirme. « Le seul moment de l’année où on était sensibilisés à ça, c’était pendant la tournée australienne. On voyait bien que le soleil en Australie était très dangereux, et qu’à ce moment-là de l’année, il fallait se protéger davantage. » Zarazua avait peut-être piscine pendant les cours de prévention, qui sait.

Blague à part, pas question de jeter la pierre sur la 74e joueuse mondiale tant le circuit est bourré de cancres en matière de soins de la peau. Un autre exemple : depuis le début de son partenariat avec Roland-Garros en 2024, Isdin, la marque espagnole spécialisée dans la fabrication de produits de soins pour la peau, propose un bilan dermatologique aux joueurs qui le désirent pendant le tournoi.

« On travaille avec la fédération pour faire des dépistages pour les joueurs et les entraîneurs, détaille pour 20 Minutes Talia Ayala, chef de produit pour Isdin. On a des dermatologues qui viennent sur place pour voir s’il y a des lésions et à des fins de prévention. On fait ça pendant dix jours pendant le tournoi avec l’idée de faire un suivi l’année suivante. » L’année dernière, seuls 70 ont joué le jeu, malgré les affiches dans les vestiaires et la communication mise en place sur l’application des joueurs pour sensibiliser. En 2026, la marque vise les 100.

Andy Roddick a « souffert de différents types de cancer de la peau »

A l’heure de faire l’état des lieux des bobos accumulés tout au long de sa carrière, Rafael Nadal a récemment consacré un chapitre à la sienne, qu’il n’a pas plus ménagé que le reste de son corps cabossé. « Ma relation avec le soleil a radicalement changé ces dernières années, déclarait-il il y a 10 jours lors d’un événement organisé par la société pharmaceutique espagnole Cantabria Labs. Dans mon enfance, on ne disposait pas de toutes les informations qui existent aujourd’hui sur les risques du soleil et l’importance de la protection solaire. » « A part la saison indoor en fin d’année, on passe toute l’année à l’extérieur », rappelle Nicolas Mahut. Un quotidien qui transforme naturellement le joueur de tennis en proie facile pour les cancers de la peau. « Nous avons un capital soleil à la base, explique Isabelle Rousseaux, vice-Présidente du Syndicat National de Dermatologie et Vénéréologie (SNDV). Si ce capital est entamé dès l’enfance, les effets délétères se multiplient et s’additionnent. Résultat, on peut voir des cancers de la peau dès 30 ans. »

En 2024, Andy Roddick avait révélé avoir « souffert de différents types de cancer de la peau » depuis qu’il a raccroché, l’obligeant à subir des traitements médicaux lourds. « On m’a retiré une tumeur épidermoïde de la lèvre, il y a cinq ou six ans. » Le visage rougi par une intervention au laser, il exhortait la jeunesse à ne pas suivre son exemple. De son côté, l’académie de Rafael Nadal organise des ateliers de sensibilisation pour les jeunes et les entraîneurs.

« Toujours un sujet assez compliqué pour les joueurs »

La sensibilisation fait donc son nid dans un sport où les outils de protection ont souvent été posés en antagonistes de la performance. L’idéal serait de jouer en manches longues, mais bon courage par 35 degrés. Quant à la crème, naguère grasse, elle a largement été diabolisée par sa capacité à contrevenir au concept de grip, entre autres desagrements. « Quand je jouais, je n’aimais pas parce que ça tombait dans l’œil, ça piquait, admet Mahut. Mais je pense qu’aujourd’hui, les produits ont bien évolué pour pouvoir se protéger et jouer quand même tranquillement. » Isabelle Rousseaux confirme. « On a aujourd’hui des crèmes pas grasses du tout et des lotions spf 50 à pulvériser où vous n’avez pas besoin de toucher le flacon. » Pour avoir pu tester quelques-unes de ces produits dans l’allée centrale de Roland-Garros, c’est effectivement bluffant.

Reste ensuite à régler d’autres détails plus subtils. « On se met de la crème solaire, mais quand on joue, on transpire, on s’essuie, souligne Luca Van Assche. Forcément, ça part un peu. C’est toujours un sujet assez compliqué pour les joueurs, je pense. » Pas facile de penser à s’en appliquer au beau milieu d’un match de Grand Chelem où l’on joue sa vie. « Je n’ai jamais vu de joueurs remettre de la crème pendant un match, regrette la dermatologue. Le fait de voir des grands joueurs en mettre peut donner un bon exemple. » Il y a bien eu Pat Rafter et ses légendaires bandes de crème sur le visage, dont Cameron Norrie est le digne héritier sur le circuit. Quant à Isdin, elle a lancé une gamme de produit en collaboration avec Carlos Alcaraz. Au rythme où les choses progressent, le soleil pourra, peut-être, redevenir un jour un ami sur le circuit.