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Secrets et intox, dans l’antichambre des pépins physiques entre deux matchs

Roland-Garros 2025 : Secrets et intox, dans l’antichambre des pépins physiques entre deux matchs

tu bluffes, martoniLe doute plane autour de l’état physique d’Arthur Fils avant son 3e tour contre Andrey Rublev. Une situation complexe à gérer, autant pour le joueur blessé que son adversaire
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Arthur Fils, blessé lors de son match au 2e tour de Roland-Garros, espère jouer son 3e tour contre Andrey Rublev malgré des incertitudes sur son état physique.
  • Il existe une « vraie politique du secret » à Roland-Garros entre les joueurs concernant leurs blessures, comme nous l’expliquait en 2024 Christophe Ceccaldi, kiné du tournoi : « beaucoup de joueurs se cachent parce que dans un vestiaire ou dans des salles kinés, tout se sait. »
  • La rumeur d’une blessure peut aussi être utilisée comme arme de déstabilisation, comme nous le dit la consultante Prime Video, Camille Pin : « Laisser planer une rumeur peut presque devenir un atout et peut énormément perturber l’adversaire. »

Et si Arthur Fils était plombé par son amour pour le PSG à Roland-Garros ? Touché physiquement lors de son duel acharné contre Jaume Munar au 2e tour, le Français a bien fait entendre qu’il espérait ne pas jouer en night session samedi afin d’être sûr de pouvoir regarder la finale de Ligue des champions entre Paris à l’Inter. ll a été entendu par Amélie Mauresmo, qui l’a programmé en 3e rotation derrière Jannik Sinner sur le Lenglen. Jouer le soir aurait pourtant permis à Fils de gratter quelques heures de récupération supplémentaire dans une course contre-la-montre où chaque seconde le séparant de son 3e tour contre Andrey Rublev comptera.

Le Français et son staff avaient bien pris la mesure de l’urgence, jeudi, en repoussant sa conférence de presse à trois heures après sa victoire - là où l’on attend plutôt une heure, deux grand max. « J’ai fait un bain de glace, on a fait du chaud-froid, confiait le joueur. Ensuite, un peu de kiné, massage. J’ai mangé également. » Les réponses aux questions sur son état physique s’accompagnent de regards hésitants et amusés vers son agent, présent dans l’auditorium. Ce dernier s’agite, mime une croix dont on devine qu’elle incite plus au silence qu’à l’expansion. Résultat, quand une consœur lui pose la question de sa présence sur le court, samedi, elle n’obtient pas plus qu’un « j’espère » de la part du joueur.

A Roland-Garros, « une vraie politique du secret » entre adversaires

« J’espère », c’est déjà suffisant pour alimenter la guerre psychologique et d’information d’entre deux-matchs. Rublev et son staff chercheront probablement tous les indices, même là où ils ne sont pas. Le premier d’entre eux : à l’Open d’Australie, le 14e joueur mondial avait gagné un match avec une cheville fragilisée avant d’abandonner au tour suivant contre Ugo Humbert. Le second : Arthur Fils n’apparaissait sur aucun planning d’entraînement sur les courts de Roland-Garros ni de Jean-Bouin ce vendredi. Faut-il en déduire que le réveil à froid fut porteur d’inquiétudes ? Pas forcément, dit l’ancienne joueuse Camille Pin, désormais aux commentaires des Internationaux de France pour le co-diffuseur Prime Video.

« Ça ne me surprend pas qu’il ne tape pas dans la balle aujourd’hui. Il a beaucoup joué hier, il a une journée de récupération. En revanche, s’il ne s’entraîne pas du tout avant son match de demain, là ça serait inquiétant. » Autant envoyer directement un texto au Russe pour lui dire d’y aller mollo, mais cela contreviendrait aux coutumes des hautes sphères du tennis. « Il y a une vraie politique du secret pour ne donner aucun indice aux adversaires potentiel de ce qui va arriver, nous confiait l’année dernière Christophe Ceccaldi, kiné du tournoi. Beaucoup de joueurs se cachent parce que dans un vestiaire ou dans des salles kinés, tout se sait. »

L’exemple le plus marquant demeure celui de Rafael Nadal, qui était allé au bout de son Roland-Garros 2022 avec un nerf anesthésié sans que la nouvelle s’ébruite avant la finale remportée par l’Ibère. Après son hommage sur le Chatrier dimanche dernier, Rafa confiait pourtant au micro de Prime Video que cette année-là, il peinait à marcher seul après son 2e tour contre Corentin Moutet, à en pleurer. « Je suis arrivé dans ma chambre porté par mon staff mon père, j’étais au plus mal. » Souffrir en privé mais rester digne en public peut ne pas suffire, car les observateurs avisés du circuit finissent toujours par percer les secrets les mieux gardés, d’une manière ou d’une autre. « Dans le cas de Rafa, si ça grouillait, que beaucoup de gens arrivaient autour de lui, c’est qu’il se passait quelque chose », nous dit l’un d’entre eux.

La rumeur comme arme de déstabilisation

De manière générale, le secret est quand même mieux gardé aujourd’hui qu’il ne l’était 15-20 ans en arrière. Question de moyens. « A l’époque, les joueuses et les joueurs allaient chez le (même) kiné, c’était très difficile de cacher une douleur, on voyait les straps, les douleurs aux abdos, raconte Camille Pin. On était à la queue leu leu dans les soins là où les tout meilleurs sont maintenant avec leurs kinés dans un hôtel. »

Pratique pour laisser les futurs adversaires dans leurs ruminations, le meilleur moyen pour celui-ci étant encore de partir du principe qu’il n’y a pas de blessure pour ne pas se faire surprendre par un coup de bluff ou une amplification de la gravité de la blessure.

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« Ça peut-être traître parce que le joueur a pu être bien soigné entre-temps, poursuit la consultante. Moi je me disais ''danger'' que ce soit pendant un match ou pendant un tournoi, parce que la rumeur d’une blessure d’un adversaire vous met dans un état d’esprit pas comme d’habitude. Laisser planer une rumeur peut presque devenir un atout et peut énormément perturber l’autre en face. » L’entourage d’Arthur Fils semble en être assez conscient.