Roland-Garros 2025 : Plus fort que la douleur, Arthur Fils renverse Munar dans un Lenglen volcanique
Adrénaline•Pas loin d’une victoire facile puis au bord de l’abandon, Arthur Fils est passé par tous les états avant de s’imposer en cinq sets contre Jaume Munar, avec l’aide d’un court Suzanne Lenglen bouillantWilliam Pereira
L'essentiel
- Arthur Fils remporte un match épique en cinq sets contre Jaume Munar à Roland-Garros, malgré des douleurs physiques qui auraient pu le pousser à l'abandon, grâce notamment au soutien du public du court Suzanne Lenglen.
- Le joueur français s'est inspiré de Gaël Monfils pour persévérer. « Dans le 5e, je pensais à Gaël (Monfils). Il a fait un nombre de cinq sets ici… Il en a gagné des millions ! Je me suis dit : 'Allez Arthur, c'est pour toi' ».
- La récupération physique d'Arthur Fils avant son prochain match est maintenant cruciale, comme le souligne Ivan Ljubicic, directeur du haut niveau à la FFT : « Maintenant, il faut récupérer. Ce n'est pas simple, il n'y a pas beaucoup de temps. J'espère qu'il n'y a pas trop de douleurs et que c'est seulement un truc physique dont il peut récupérer. »
De notre envoyé spécial sur le court Suzanne Lenglen,
Ils s’étaient tous résignés à l’abandon. L’idée a probablement traversé l’esprit d’Arthur Fils, pris au 3e set de douleurs au dos, à la cuisse, on ne sait pas trop. son langage corporel et les signes adressés à son box le laissaient croire. Alors quand le 14e joueur mondial s’impose finalement après 4h25 et cinq sets d’un combat improbable contre Jaume Munar (7-6, 7-6, 2-6, 0-6, 4-6), ses proches se sont laissés aller à l’émotion collective. Jean, le père, dans les bras d’Ivan Cinkus, le coach, et vice-versa. Dans les couloirs du court Suzanne Lenglen, le directeur du haut niveau à la FFT Ivan Ljubicic a encore du mal à y croire. « Je pensais qu’il ne pouvait pas terminer le match. Le box pensait qu’il était peut-être mieux de se retirer. Mais il a trouvé l’énergie, je ne sais pas comment. »
La réponse est sans doute à trouver dans les tribunes du Lenglen, qui a prouvé une fois encore que sa réputation de meilleur court de Roland-Garros n’est pas usurpée. C’est quand la menace d’un abandon se faisait la plus pesante que le public s’est réveillé de sa torpeur comme on revient de la mort. Rendre les armes dans une telle atmosphère aurait relevé de l’ingratitude. Fils l’a compris et s’est battu. « Je suis à Roland-Garros, je ne suis pas au fin fond de l’Asie, résumera le numéro 1 français au micro de Marion Bartoli sur le court. Il y a tout un public derrière moi, ils sont 10.000, j’entends mon nom après tous les points. Donc il était hors de question d’abandonner. »
En plein calvaire, Arhur Fils a pensé... à Gaël Monfils
La remontée a mis du temps à se dessiner. Un set et demi à partir du moment où il a fait appel au kiné pour la première fois. Lui qui pèche par excès d’intensité a eu la riche idée de bazarder le quatrième set pour tenter le pari de la résurrection dans une dernière manche de tous les possibles. « C’est ce qu’il a dit à la fin du 4e set à son box : je vais essayer d’y aller à 100 % dans le 5e pour voir ce qu’il va se passer, confirme Ljubicic. Et même s’il y a eu break Munar dans le cinquième set, il a réussi à trouver les solutions et a continué à jouer. » « Dans le 5e, je pensais à Gaël (Monfils). Il a fait un nombre de cinq sets ici… Il en a gagné des millions ! Je me suis dit : ''Allez Arthur, c’est pour toi''. »
Après avoir frôlé 20 fois un nouveau break dans le dernier set à force de s’obstiner à claquer des smashs contre l’avis de son dos, Arthur Fils a finalement tenu sa mise en jeu et gagné le droit de mettre une dernière fois la pression sur le service de l’Espagnol. Le Français a joué de roublardise en encourageant le public français dans son entreprise de déstabilisation. Dans le dernier jeu, il enjoint Munar à servir alors qu’une cascade ironique de « chuuut, chuuut, chuuuut », descend des tribunes pour briser le silence.
Le seum de Munar contre le public français
Munar finit par craquer et se retourne longuement vers les supporters après le dernier point, celui qui sonne le glas de sa défaite. Son regard noir traduit une envie de violence. « C'est le public le plus gênant, clairement, a déclaré l'Espagnol en conférence de presse. [...] Ils chantent l'hymne (jusqu'à la fin, quitte à retarder le début d'un jeu), ne te laissent pas servir, n'arrêtent pas de faire des bêtises pour te déranger entre les services. Que je commette une double faute ou non, c'est ma faute, pas la leur, mais ce serait bien que le jeu puisse se poursuivre normalement. Imaginez que maintenant, en conférence de presse, quelqu'un crie, m'empêche de répondre. Ce serait insensé. »
On peut comprendre la frustration de se battre contre tout un peuple. Au changement de côté à 5-4, une Marseillaise mémorable raisonnait dans le stade, et il était évident que l’Ibère ne survivrait dans aucun monde à la décharge d’adrénaline dont venait de bénéficier Arthur Fils. « Je n’ai jamais vu ça », remerciera le vainqueur dans ses premiers mots.
Le joueur savoure. Ivan Ljubicic, quant à lui, n’a pas de temps pour l’euphorie. Pas tant parce qu’un hommage à Richard Gasquet l’attend que parce qu’il sait mieux que personne que cette histoire peut encore mal se terminer, quand les antidouleurs cesseront de faire effet et que l’organisme du joueur se refroidira. « Maintenant, il faut récupérer. C’est pas simple, il n’y a pas beaucoup de temps. C’est bien d’être au 3e tour mais c’est trop dramatique. J’espère qu’il n’y a pas trop de douleurs et que c’est seulement un truc physique dont il peut récupérer. » Son kiné a les espoirs de milliers de Français entre les mains. Si on le laissait faire son travail sur le Lenglen, qui sait, peut-être qu’il nous remettrait Arthur Fils sur pieds d’ici samedi.


















