Roland-Garros 2025 : Du Lenglen au 14, le public français est-il vraiment si horrible ?
popopopopopololooooo•Vivement critiqué par les adversaires de joueurs français depuis plusieurs jours, le public de Roland-Garros fait encore parler de lui. Mais est-ce vraiment justifié ?Antoine Huot de Saint Albin, William Pereira
L'essentiel
- L’atmosphère à Roland-Garros est très animée, notamment lorsqu’un Français joue, ce qui dérange certains joueurs étrangers comme Miomir Kecmanovic qui s’est plaint : « L’ambiance était terrible pendant le match, c’était un sentiment affreux. […] On m’a craché dessus. C’était certes un joueur français mais c’est un manque de respect total. »
- Les réactions des joueurs face à cette ambiance sont variées : Arthur Fils la trouve normale, tandis que Jaume Munar la qualifie de « plus gênante », déclarant : « Ils chantent l’hymne (jusqu’à la fin, quitte à retarder le début d’un jeu), ne te laissent pas servir, n’arrêtent pas de faire des bêtises pour te déranger entre les services. »
- L’intensité de l’ambiance varie selon les matchs, allant d’une atmosphère très calme pour le match d’adieu de Richard Gasquet à une ambiance plus électrique pour les matchs impliquant des Français.
De nos envoyés spéciaux à Roland-Garros,
Ce n’est pas un hasard si le surnom de Bombonera nous est venu à l’idée la première fois qu’on a mis les pieds sur le court numéro 14 à l’époque où il était court 18. Comme David Goffin au même endroit l’an passé, le pauvre Miomir Kecmanovic en a fait l’amère expérience mercredi contre Quentin Halys. Il en faut pourtant beaucoup pour impressionner les joueurs serbes, mais à le croire, le public français est allé beaucoup trop loin dans le délire chauvin.
« L’ambiance était terrible pendant le match, c’était un sentiment affreux, s’est-il plaint dans des propos rapportés par le média SportKlub. Ici, c’est pire que sur les autres courts. Les gens sont proches et on entend tout. Sur un plus grand court, on n’entendrait pas autant les insultes parce que les gens ne sont pas aussi proches. On m’a craché dessus. C’était certes un joueur français mais c’est un manque de respect total. »
Ce n’était là que le début des embrouilles pour nos amis étrangers sur les courts de Roland-Garros, avec un pic de folie atteint ce jeudi avec les matchs d’Arthur Fils contre Jaume Munar, Pierre-Hughes Herbert contre João Fonseca ou encore Corentin Moutet face à Novak Djokovic. Petit passage en revue des ambiances plus ou moins électriques de la journée.
Arthur Fils fait dégoupiller Munar sur le Lenglen
L’avis de l’adversaire : « C’est le public le plus gênant, clairement […] Ils chantent l’hymne (jusqu’à la fin, quitte à retarder le début d’un jeu), ne te laissent pas servir, n’arrêtent pas de faire des bêtises pour te déranger entre les services. Que je commette une double faute ou non, c’est ma faute, pas la leur, mais ce serait bien que le jeu puisse se poursuivre normalement. Imaginez que maintenant, en conférence de presse, quelqu’un crie, m’empêche de répondre. Ce serait insensé. »
L’avis d’Arthur Fils : « Quand tu vois le public qu’il y a au foot, ici ce n’est rien encore. […]. L’atmosphère est dingue mais c’est du tennis. Indiscipliné, s’ils font un peu de bruit avant de servir, c’est toujours un peu agaçant pour l’adversaire, ; mais il faut faire avec, il n’y a pas le choix. Quand je suis allé au Brésil, j’ai joué Fonseca, je ne me suis pas plaint du public. Il faut faire avec, on n’a pas le choix. Quand on va en Australie, qu’on joue des Australiens ou quand on va à New York et qu’on joue contre des Américains, les mecs te hurlent dans les oreilles pendant 3-4 heures, qu’est-ce que tu veux faire ? Tu ne vas pas te plaindre du public ? Tu n’as pas le choix, tu sais que c’est là. Moi, je pense que le public français c’est l’un des meilleurs, si ce n’est pas le meilleur et ça restera comme ça. »
Le coefficient (objectif) de bordélité : 80 %. La double faute dans le dernier jeu du match fêtée comme un but en final de Coupe du monde était aussi nécessaire qu’exagéré à ce moment de la rencontre. De même que le running-gag du « chuuuuut » alors que personne ne faisait de bruit au moment où l’Espagnol s’apprêtait à servir. En revanche, le public a eu raison d’aller au bout de la Marseillaise. Une fois lancé, on ne s’interrompt pas au milieu. Mais c’est un sacrilège que les personnes dont l’hymne ne contient pas de paroles ne peuvent comprendre.
Ambiance Coupe Davis entre Joao Fonseca et Pierre-Hugues Herbert
L’avis de l’adversaire : « Je viens du Brésil, donc… Je suis allé voir plein de matchs de foot et c’était bien plus bruyant. Et les Brésiliens sont aussi plus bruyants. Moi, je respecte et je trouve ça cool la rivalité entre les supporteurs. Aujourd’hui, c’était vraiment super sympa de voir les Brésiliens scander mon nom et les Français en réponse scander le nom de Pierre-Hugues. J’attends juste que le public ait du respect entre les points, avant les services et respecte les joueurs, mais pour moi, c’est super. »
L’avis du supporteur adverse : « Franchement, c’était une super ambiance, il y avait beaucoup de Brésiliens et ça s’est bien passé avec les Français. Le tennis est souvent beaucoup trop calme, ça fait du bien que ça soit un peu électrique. On a besoin de ça, que le public soit plus supporteurs, pour mois les Français ne sont pas allés trop loin, on n’est pas encore dans une ambiance de foot », explique Aitor (31 ans) venu spécialement du Brésil pour voir Joao Fonseca à Roland-Garros.
Le coefficient (objectif) de bordélité : 30 %. Le court n°14 était déjà plein deux matchs avant cette affiche. Entre les Brésiliens désireux de voir leur petite pépite et les Français avides de défendre leur joyau, cela annonçait un beau bordel. Finalement, on est quand restés très respectueux, même si Fonseca a souvent cherché le soutien de ses compatriotes. Les Français ont aussi soutenu leur poulain en réponse, mais ça n’a pas dépassé les bornes plus que ça. On s’attendait à pire. Il faut dire que c’est un peu plus compliqué de chambrer quand on perd.
Gasquet et Sinner dans le respect
L’avis de… personne : Tout le Philippe-Chatrier était là pour les adieux de Richard Gasquet, personne n’en a rien eu à faire de mettre l’ambiance ou de faire dégoupiller Sinner.
Le coefficient (objectif) de bordelité : 0 %. Pour qu’il y ait le bazar sur le Philippe-Chatrier en pleine journée, il faut vraiment qu’il y ait un phénomène paranormal. Et ce n’est pas le dernier match en carrière de Richard Gasquet qui allait changer la chose. Ambiance bon enfant, soutien polis, parfois bruyant au plus beau revers de France sur de beaux points… Mais même pas de sifflets quand Sinner protestouillait, ou d’insultes en italien en parlant de dopage, on était vraiment sur l’atmosphère la moins délétère du monde.
Toute l'actu de Roland-GarrosNovak Djokovic un peu trop respecté sur le Lenglen
Sacré Nole. Le seul moment où il a été un peu bousculé de la soirée - sur une balle de set pour Corentin Moutet - il a osé s’en plaindre en demandant « du respect » au public qui rejouait le running-gag du « chuuuut » en plein silence.
L’avis de Novak Djokovic (il y a deux jours) : « il est vrai qu’ici, en France, et à Paris, par rapport aux autres tournois du Grand Chelem, les gens sont plus bruyants, plus passionnés, et soutiennent plus bruyamment leurs joueurs, ce qui peut être dérangeant pour certains joueurs. Je sais que ce n’est pas l’environnement idéal pour jouer, mais il faut faire avec ! »
Coefficient de bordélité : 1 %. En dehors de ce fait marrant, et alors qu’on était en droit d’attendre un court Suzanne Lenglen dans le même état que pour Arthur Fils, le public n’a pas eu l’audace de pourrir le Goat. Faibles contre les forts, forts contre les faibles. Comble de la déception, trois jeunes Françaises installées derrière nous ont passé le match à lancer des « ALLEZ DJOKOOOO ». Non, vraiment, sur ce coup, Coco n’a pas été aidé.


















