Roland-Garros: Joutes épiques, Français et grosse ambiance... Ça donne quoi, la Bombonera du court n°18?

TENNIS Le court numéro 18 c'est LA grosse hype de ce début de Roland-Garros...

William Pereira

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Juré, y'a zéro montage
Juré, y'a zéro montage — SIPA (Montage WP)

De notre envoyé à Roland-Garros,

Ça ne vaudrait sûrement pas les matchs en cinq sets à rallonge de la quinzaine, mais on pourrait très bien rejouer la bataille de Marathon dans l’étroite allée centrale de Roland-Garros reliant le Suzanne-Lenglen à la nouvelle attraction du stade, le court n°18. Pas d’hoplites ni de Perses ici, seulement des spectateurs, des ramasseurs de balle à l’échauffement dans leur tenue saumon et – pire – un ou deux Américains à la voix portante arrêtés au milieu du passage à la recherche d’un Sock ou Isner, rendant quasi-impossible un trafic déjà peu fluide.

On se faufile, on se prend pour Alexis Pinturault à slalomer entre ce beau monde jusqu’à ce que la route s’élargisse et un mur à photos bleu ciel se présente à nous. Une minute d’ascension supplémentaire et nous voilà dans la Bombonera. « C’est le quatrième court de Roland-Garros en termes de capacité », nous précise le directeur du tournoi, Guy Forget, au détour d’une remise prix dans le bar de la salle de presse du Chatrier. Pour faire court, le 18 c’est un terrain enterré, 2.200 places, des tribunes en « dur » (du béton avec des bancs en bois) et une coursive permettant aux gens de se balader autour du bijou quand les curieux ne s’y agglutinent pas pour créer une tribune debout et gonfler l’assistance de plusieurs centaines de spectateurs.

Jours debout

Il y a quand même des perdants, dans cette affaire : les peaux pâles, les personnes en sucre – car on est sur le 18 à la merci des éléments - ceux qui mesurent moins d’1m80 et les autres qui, n’ayant pas flairé le bon coup suffisamment tôt, se retrouvent relégués deux lignes derrière la rambarde. « Ça fait plus de dix minutes qu’on attend autour du court et on n’a toujours pas réussi à se faufiler. On n’a rien vu », confie un jeune couple fraîchement descendu de la passerelle donnant sur le court tandis que Sinaikova et Azarenka s’échangeaient des parpaings en bas, mardi.

Le court numéro 18 (avec plein de les nuages)
Le court numéro 18 (avec plein de les nuages) - WP (20 Minutes)

« C’est aussi ce qui fait le charme du court. On peut en se baladant autour avoir une vue plongeante sur le terrain. Donc il y aura des gens sur les gradins et des gens au-dessus, c’est bien cette capacité à pouvoir se promener, de pouvoir voir ce court semi-enterré au lieu d’avoir un grillage autour d’un court », défend Forget. C’est vrai qu’il est chouette, ce nouveau joujou. A tel point qu’on a décidé d’y passer un peu (trop) de temps les premiers jours et de sélectionner les trois plus belles ambiances de ce premier tour sur le 18.

>> Barrere vs Albot, la découverte

Première expérience aux abords de la nouvelle arène et premières impressions. Le public paraît vachement proche des joueurs, l’espace derrière la ligne de fond n’est pas ouf, l’espace entre chaque spectateur est proche du zéro : cette pépite est un concentré d’ambiance. « Et puis il est isolé, on se sent à part, comme coupé du reste de Roland », se ravit Clément, habitué aux belles joutes tennistiques dans le 16e. Les vannes bon enfant fusent (« oh Radu, tu te réveilles ? »), les « allez Greg » aussi, Barrere mène deux manches à rien, tout va bien. Puis le vent tourne, le Moldave déroule, le Français s’écroule. Le douzième homme intervient, tente de réanimer son protégé, fait monter les décibels au moindre point inscrit par Barrere. Ça ne suffira pas, mais l’intéressé a pris son pied.

Le court numéro 18 (avec presque pas de nuages)
Le court numéro 18 (avec presque pas de nuages) - WP (20 Minutes)

« Ce court est vraiment top. J’étais allé voir des matchs en qualification pour voir comment c’était. J’étais très content de jouer dessus. Un peu de tension au début, avec tout le monde, mais au fur et à mesure du match, cela m’a plutôt aidé. Le public a été top avec moi, ils m’ont encouragé jusqu’à la fin, même quand c’était plus dur. J’étais vraiment très heureux de jouer sur ce court. Il peut y avoir une très belle ambiance dessus. Il y aura pas mal de beaux matchs qui peuvent durer, avec une ambiance assez chaude. Ce court est vraiment sympa. Je pense que les joueurs vont l’apprécier. »

>> Verdasco vs Nishioka, un court taillé sur mesure pour le vieux guerrier

Si ce ne sont pas des Français, qui aller voir sur le court numéro 18 ? Guy Forget dresse le portrait de la joueuse/du joueur parfait. « Une tête de série numéro 16, ou le/40e joueur mondial, qui ne sont pas assez connus pour être sur les courts principaux. » Pas mal, mais nous, on a une meilleure suggestion : Fernando Verdasco. L’homme pour qui un match  au meilleur des cinq sets n’a de sens que si l’on dispute le nombre maximal de manches, l’homme qui court, qui frappe fort, qui sue, qui souffre et finit par gagner. « J’adore les matchs de Verdasco, là en plus, je découvre un nouveau court donc c’est super. Ses matchs durent toujours longtemps donc je suis sûr que l’ambiance va grimper au fil du match », prédit Isabelle, accompagnée de sa sœur, toutes deux d’origine espagnole.

Effectivement, après un départ timide, Espagnols et Japonais s’enflamment. Les premiers, rodés et en supériorité numérique, envoient des « allez, allez Fernando Verdasco ! » entre chaque jeu. Les Japonais se contentent de crier timidement « Yoshi », bientôt rejoints par la frange neutre du public avide de perdants magnifiques, ce que deviendra précisément le Nippon, pris de crampes et lâché par son corps, alors qu’il est en tête dans le cinquième (4-1). Nishioka quittera le court défait, en larmes mais surtout sous les acclamations d’un court 18 dont les prémices de l’histoire se seront dessinées en un après-midi de tennis. Prometteur.

>> Simon vs Basilashvili, la Bombonera est née

Pour Gillou, il n’y a pas photo : « Il est vachement mieux que le 1. » Mais c’est totalement subjectif. J’étais prévu sur le 1 à la base. Et puis comme j’avais pris une belle rouste contre lui [Basilashvili avait gagné 1-6, 6-2, 6-4, 6-1] là-bas l’an passé, j’ai demandé, ‘vous pouvez pas me mettre ailleurs cette année ?’ » Vœu exaucé et superstition justifiée : Simon a pris sa revanche (6-4, 6-0, 6-7, 6-4) dans un véritable chaudron. C’est, à n’en pas douter, jusqu’ici la meilleure ambiance enregistrée sur ce Roland-Garros 2018. Sur le dernier set, les « Gillouuuu, clap, clap, clap, Giiilouuuuu, clap, clap, clap » sont montés très haut à un moment où le Géorgien envoyait du gros bois et laissait planer le spectre d’un cinquième set dangereux pour le récent finaliste à Lyon.

« C’est cool parce que les matchs sont durs on en a besoin. Surtout contre un joueur contre lui où on peut pas vraiment le bouger. Dans les passages plus durs ça aide d’avoir les gens qui encouragent et qui lui font aussi sentir à lui, l’adversaire, qu’ils sont présents. C’est un bon court pour ça », s’enthousiasmera Simon en conférence de presse. Encerclé par un opposant en forme et 3.000 fous furieux, impression d’enfermement renforcée par les deux ou trois lignes de gens debout en fin de rencontre Basilashvili a fini par craquer. C’était ambiance Coupe Davis à Roland-Garros un jour de victoire française. Ou bien un succès de Boca contre River Plate dans la Bombonera. On ne sait plus trop où on était, mais on y était. Et c’était bien. Vivement les prochaines joutes.