Roland-Garros: Tête de mort devant, dragon derrière, quelle est cette marque qui est en train de ringardiser le tennis?

TENNIS Elle s’appelle Hydrogen et ses crânes luisants font un certain effet Porte d’Auteuil…

Julien Laloye

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Le short de Simone Bolelli.
Le short de Simone Bolelli. — Christophe Simon/SIPA

De notre envoyé spécial,

Cela doit être les lendemains difficiles du festival de Cannes et l’aérophagie provoquée par l’abus de Spritz. Il se trouve en effet que la fashion police se fait drôlement discrète depuis le début des événements Porte d’Auteuil, quand l’an passé, elle s’était déjà émue mondialement des tenues zébrées de Jo-Wilfried Tsonga.

Même pas une petite remarque surla robe blanche à cerises rouges de l’Américaine Mattek-Sands, qui ne dépareillerait pas sur les épaules du meilleur grimpeur du prochain Tour de France. Il a donc fallu que les fins limiers de la grande maison 20 Minutes s’y collent pour vous dégoter la tenue dont tout le monde parle à Roland-Garros. Enfin, dont tout le monde s’apprête à parler, on aime bien être précurseurs.

  • Un nom ? La Marque italienne Hydrogen.
  • Un symbole ? La tête de mort sur fond de tee-shirt vert, ou coloré
  • Le petit plus ? Le dragon « wannabe desigual » au dos pour Fabio Fognini
  • Le sommet prévu de la hype ? Vendredi sur le Central, quand le monde entier découvrira ébahi les crânes transgressifs sur la tenue de Nikoloz Basirashvili, prochaine victime prévue dans l’assiette de Rafa Nadal.

On tente notre chance avec Simone Bolelli, qu’on voit débarquer devant la presse italienne avec tout l’attirail : casquette tête de mort, pull tête de mort, short tête de mort. Coup de pot, il se trouve que c’est LE premier ambassadeur de la marque. Il nous résume l’histoire

« La marque m’a choisi il y a cinq ans pour développer son image dans le tennis. Le créateur vient de Padoue, c’est un ancien bon joueur de tennis. Il a décidé de créer une marque sportswear en cherchant des motifs originaux, et il a réussi améliorer les tenues chaque année. Aujourd’hui on est plusieurs à la porter, je suis super fier qu’on commence à en parler. Comment la marque se positionne ? Je dirais à la fois luxueuse mais pas non plus inabordable. »

Fabio de face.
Fabio de face. - Hasenkopf/Shutterstock/SIPA

Petite recherche professionnelle pour vérifier : sur le site de la marque, on peut se payer le même tee-shirt que Simone pour 75 euros, ce qui est-à-la-fois-cher-mais-pas-trop-non-plus. « Notre marché le plus important est le Japon, où les gens sont connus pour être extrêmement exigeants sur chaque type de produit, détaille le fameux styliste Alberto Bresci. Nos produits tennis sont réalisés en polyamide transpirant, effet soie, ils sont plus chers que ceux de nos concurrents, mais la qualité est différente. »

Fabio de dos.
Fabio de dos. - Hasenkopf/Shutterstock/SIPA

Version confirmée par Vincent Millot,le seul joueur tricolore sponsorisé par Hydrogen. Alors sans équipementier, c’est lui qui avait approché la marque l’an passé, séduit de prime abord par l’esthétique. « Mais en fait leur truc c’est la finition. Les tee-shirts sont super bien taillés, vous savez à l’italienne, près du corps, même le short, ça change des fringues de tennis qui sont souvent trop larges. »

>>> Arrête ton char Vincent, avoue-nous que c’est le crâne qui fait tout, y compris foutre un coup de pression au mec d’en face qui croit soudain devoir affronter Rackham le rouge ?

« C’est vrai que les motifs sont sympas mais franchement le crâne c’est un détail, je ne pense pas qu’il impressionne grand-monde quand on rentre sur le court. »

>>> Simone, un truc à rajouter ?

« Vous croyez que je fais peur à mon adversaire, sérieusement ? Au début, les gens ont peut-être été un peu surpris, mais je pense que maintenant ils ont l’habitude. C’est une marque différente et colorée, ça fait du bien sûr le circuit. »

Pour le fun, on a posé la question à Thiem, qui venait de rouler sur l’Italien en trois manches. Ça a mis un peu de temps, vu notre anglais « where si Bryan » de CM2, mais ça a fini par se faire : « Si j’ai flippé en voyant Bolelli ? Non, pas vraiment (rires). Je connais Hydogen, j’aime bien les motifs et tout, mais je ne fais pas vraiment attention quand je joue. »

Simone Bolelli, le 31 mai 2017.
Simone Bolelli, le 31 mai 2017. - David Vincent/AP/SIPA

Dernière réflexion existentielle avant d’en finir : jusqu’où Hydrogen peut-il aller dans un milieu phagocité par les trois grands, Nike, Adidas et Lacoste, qui équipent environ 40 % du top 100 et quasiment tous les meilleurs, à quelques exceptions près (Le coq sportif pour Gasquet, Yonex pour Wawrinka) ?

Si l’on se réfère à l’historienne de la mode Audrey Patrizia Millet, interrogée l’an passé sur le cas Tsonga, ce sera compliqué : « Depuis la fin du XIXe siècle, la tenue de tennis recycle des imprimés blancs en tissus légers et coton, avec l’idée que dans ce sport très normé où rien ne dépasse du cadre, on doit acquérir une distinction sociale sans aucune distinction de motif ou de couleur. » Vincent Millot y croit dur comme fer : « Pour l’instant, il n’y a pas de boutiques en France et je ne suis pas assez connu pour les aider à la faire décoller, mais je pense qu’elle va cartonner dans les années à venir. Il n’y a pas un joueur qui n’est pas venu voir pour me demander qui il fallait appeler pour avoir un tee-shirt. » On a déjà commandé le nôtre.