Roland-Garros: Tableau ouvert, Kiki partie trop tôt, nouveau statut... Caro Garcia est le seul espoir de la nation

TENNIS Plus que les autres années encore, les raisons de croire en nos Français sont faibles à Roland... Heureusement il y a Caro...

Aymeric Le Gall

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Allez Caro, déconne pas, la nation compte sur toi.
Allez Caro, déconne pas, la nation compte sur toi. — Shutterstock/SIPA

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

On ne voudrait pas lui mettre la pression, mais avec un Roland-Garros qui s’annonce cataclysmique pour nos Français (plus que d’habitude, on entend), les rares espoirs que l’on a en ce début de tournoi reposent presque tous sur les épaules de Caroline Garcia. D’autant que Kristina Mladenovic a décidé de faire un one shot à Roland cette année… Alors, au risque de jouer les chats noirs, on va quand même balayer tous les signaux qui nous font dire qu’il y a un vrai truc à jouer cette année pour Garcia.

Pourquoi on veut (et on peut) y croire

>> Sa saison sur terre battue est bien lancée : Après un début de saison 2018 bien sans plus, qui lui aura au moins servi à digérer son nouveau statut, la native de Saint-Germain-en-Laye s’est réveillée une fois l’ocre en vue. On passe sur le premier tournoi de terre battue, à Charleston, où elle s’est faite sortir en 8es de finale par Alizé Cornet, pour en venir à Stuttgart, où la n°1 française a atteint les demi-finales.

Rebelote à Madrid, avec une sortie en demie face à sa bête noire, la Néerlandaise Kiki Bertens. Pour finir sa prépa, entre deux séances d’entraînement intensif en Espagne avec son papa/coach/confident, Garcia a chuté en quart de finale du tournoi de Rome, mais c’était face à la numéro 1 mondiale Simona Halep.

>> Le tableau féminin est très ouvert (quelle surprise !) : C’est toujours la même rengaine. Si on peut cocher une petite dizaine de noms susceptibles de rafler la mise Porte d’Auteuil cette saison, c’est parce qu’il n’y a pas, chez les filles, de Rafael Nadal au féminin, du genre qui vous tue tout espoir à peine les godasses imprégnées de terre battue.

« Chez les filles, le tournoi est très ouvert. Cinq ou six filles se partagent un certain nombre de tournois, c’est très difficile de dégager une favorite, nous confirme Arnaud Di Pasquale. Halep est la numéro 1, mais est-elle supérieure aux autres ? En tout cas, elle n’est pas écrasante. Sharapova avance et ça reste une joueuse dangereuse. Serena, après tant de temps sans jouer, aura-t-elle le niveau suffisant pour passer les premiers tours ? ». Passé ce constat, et puisqu’il ne va pas au bout de son idée, on va le faire pour lui : vu la concurrence, il y a clairement la place pour Caro Garcia.

>> Un statut de favorite assumé : On pourrait ne pas revenir sur le fameux tweet d’Andy Murray, qui, sept ans en arrière, avait braqué les projos sur une Garcia encore ado (17 ans), annonçant, un jour où celle-ci donnait une leçon de tennis à la reine Sharapova, que la Française serait n°1 mondiale à l’avenir. On pourrait. Mais puisque Garcia est elle-même revenue dessus dans le Figaro en fin de saison dernière, parlons-en.

« À l’époque, ce tweet de Murray m’avait desservi, a-t-elle avoué. C’était sorti de nulle part. Dans mon jeu et à l’âge que j’avais, je n’étais pas prête à être l’objet d’autant d’attentions. » Les choses ont pas mal changé depuis. Après son quart de finale à RG l’an passé et sa fin de saison de tueuse (victoire à Wuhan et Pékin, entrée dans le top 10) la Française ne se cache plus et assume son nouveau statut. « Il y a une place à prendre », a-t-elle d’ailleurs teasé récemment dans le JDD.

Comme elle, comme nous, Di Pasquale sent qu’il se passe un truc : « Caroline est numéro 7 mondiale, elle commence à ressembler à une favorite, c’est un rang plus que respectable. Elle a une progression assez linéaire. Son niveau moyen a très largement augmenté, elle est de plus en plus constante. Je trouve qu’elle a développé une identité de jeu, on sent qu’elle connaît ses forces, qu’elle cherche à construire ses points. Elle a un jeu très complet, elle sait tout faire. Maintenant il faut que tout converge, c’est comme un puzzle, il faut que tout s’emboîte. » Et quoi de mieux qu’un petit puzzle à la fraîche au mois de mai à Paris ?

Ce qui pourrait bloquer

Une fois qu’on a dit ça, on dit quoi ? Que si les planètes peuvent effectivement s’aligner dans le ciel parisien, c’est encore loin d’être gagné.

>> Un tirage coton : Le tableau est ouvert, d’accord, mais Garcia s’est quand même mangé un tirage compliqué. Si elle parvient à passer les premiers tours et à monter en puissance, la Française risque quand même de croiser dès les 8es un visage qu’elle connaît bien. Et qu’elle n’aime pas : Kiki Bertens, sa bête noire. « Bertens excelle sur terre battue et c’est vrai qu’elle a un jeu qui ne convient pas à Garcia : des coups très secs, peu d’échanges, un énorme service. Et puis elle est totalement imprévisible », détaille Sarah Pitkowski, ancienne joueuse française et consultante à RMC.

« Mais essayons de ne pas voir jusque-là, enchaîne-t-elle. Il faut vraiment que Caroline vive le moment présent, elle aura bien le temps de voir venir ». Allez, on regarde quand même qui pourrait s’élever face à elle en quart de finale. Ah… la numéro 1 mondiale Simona Halep. Mais bon, on n’y est pas encore.

>> La pression de la maison : Le tirage c’est une chose, encore faut-il avoir le mental pour confirmer ce nouveau statut. Pas facile quand les attentes sont grandes et que la pression se fraye sournoisement un chemin jusqu’aux neurones. « Son seul problème actuellement, c’est qu’elle peut encore sortir de son match mentalement », admet Di Pasquale.

« Le risque pour elle cette année, c’est de jouer les matchs à l’avance, de trop penser à ce qu’on attend d’elle. Ça peut t’amener à forcer ton tennis, à surjouer. Pour une Française, il y a un tout un côté affectif et émotionnel qui rentre en compte à Roland et quand on entre sur le court on peut être assailli par une pression qu’on n’avait pas vu venir. Mais Caro a l’expérience, elle sait ce que c’est que de jouer sur ces grands courts. »