Roland-Garros 2025 : « Tant que ce n'est pas répétitif... » Comment les marques gèrent les serials casseurs de raquettes
Tennis•Face à certains joueurs qui cassent trop de raquettes, des marques prennent des mesuresAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Bien que certains joueurs comme Novak Djokovic aient récemment cassé leur raquette, ce comportement semble moins fréquent à Roland-Garros cette année, les équipementiers tolérant des incidents isolés mais pas répétitifs.
- Les marques de raquettes n’ont pas de clause spécifique contre le bris de raquettes dans leurs contrats, mais peuvent prendre des mesures, comme Babolat qui a demandé à Benoît Paire de venir visiter l’entreprise à Lyon.
- L’influence de Rafael Nadal, qui ne cassait jamais ses raquettes, semble avoir un impact positif sur les nouvelles générations de joueurs.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
On ne savait pas trop sur qui miser au début des Internationaux de France. Novak Djokovic, Andrey Rublev, Alexander Bublik… Quel joueur allait fracasser en premier sa raquette de frustration ? Mais, à l’entame de la deuxième semaine du tournoi, rien, sur les nombreux matchs auxquels on a pu assister. Quelques égratignures, des gestes de rage, mais pas de cadre défoncé, de tamis enfoncé, de manche fracturé. Des petits enfants modèles.
Novak Djokovic était pourtant sur une bonne lancée, après avoir cassé son outil de travail lors du quart de finale du tournoi de Genève, avant Roland-Garros, après avoir été breaké par Matteo Arnaldi en début de deuxième manche. Hué par le public suisse, tout arrive, le Serbe avait tenu à présenter ses excuses à la fin de la rencontre : « Ce n’est pas un bon exemple ni un spectacle à offrir. Ils m’ont vu casser ma raquette et ce n’était pas une bonne chose. Mais quand on vit des moments de grande tension, ce sont des choses qui arrivent. »
« Tant que ce n’est pas répétitif, on va le tolérer »
Des choses qui peuvent se passer, même si les équipementiers aimeraient que cela arrive le moins possible, un petit chaton mourant à chaque raquette détruite. Néanmoins, une certaine tolérance existe, comme nous l’explique Jean-Christophe Verborg, directeur sports marketing international chez Babolat : « Casser une raquette, ce n’est pas bien, c’est inacceptable. Mais quand c’est exceptionnel, on peut comprendre qu’un joueur, à un moment, pète les plombs. Tant que ce n’est pas répétitif, on va le tolérer. »
Chez toutes les marques contactées, aucune n’a glissé une clause « anti casse » dans les contrats de partenariats qui les lie aux joueurs, même si une pénalité financière par nombre de raquettes cassées peut être ajoutée avec Yonex, alors que Dunlop possède un alinéa sportivité et comportement sur le terrain dans ses contrats. « Ça reste vague, mais ça nous permet éventuellement d’avoir des recours si jamais on a un joueur qui fracasse des raquettes, qui a une conduite de manière globale assez peu respectueuse », détaille Olivier Lesimple, chargé des joueurs au niveau Europe de Dunlop.
Mais si, à la manière d’un Andrey Rublev des grands jours, les pétages de plombs se répètent, les marques vont commencer à faire les gros yeux en voyant leur matériel partir à la casse parce que plusieurs coups droits sont partis dans les bâches. « J’ai toujours privilégié l’éducation et le rappel, assure Jean-Christophe Verborg. Ça m’est arrivé d’envoyer des courriers de rappel à des joueurs, en expliquant qu’il y a des gens qui travaillaient sur des raquettes, qui les préparaient. Casser une raquette comme ça, c’était dévaloriser leur travail. »
Paire en visite à Babolat
Deux joueurs sponsorisés par Babolat ont ainsi eu droit à une sorte de rappel à la loi : Fabio Fognini et Benoît Paire. « Il y avait quand même des casses répétitives chez Benoît, reprend le directeur sports marketing international. Le meilleur moyen, plutôt que de le pénaliser, c’était de le faire venir à Lyon, chez Babolat. Il est allé préparer ses raquettes, il était avec toutes les personnes de la logistique. Et je pense que ça l’a sensibilisé. Il a joué le jeu, il a compris, il s’est excusé. »
« J'avais pris beaucoup de plaisir lors de cette visite. Mais ça ne m'a pas empêché d'en casser deux, trois autres (rires). J'avais eu une petite remontrance et ça s'était bien passé. C’est difficile de rationaliser quelque chose de très spontané, je ne me suis jamais retenu sur un cours. D'un coup, me dire, « Benoît, tu ne peux plus casser de raquettes », disons que ce n'est pas moi. Je ne dis pas forcément que c’est bien. Je dis juste que j'ai toujours eu du mal à me contrôler. Et que, parfois, ça libère. »
La libération, c’était aussi la sensation ressentie par Carlos Alcaraz au moment de casser sa première raquette lors du tournoi de Cincinnati l’année dernière, pour évacuer toute la frustration d’un match mal engagé face à Gaël Monfils. L’agent de l’Espagnol et le joueur lui-même ont pris soin d’eux-mêmes d’appeler Babolat pour s’excuser d’un tel geste. Le dernier vainqueur de Roland-Garros est encore loin de Goran Ivanisevic qui après avoir cassé toutes ses raquettes lors d’un match à Brighton en 2000, avait dû abandonner.
L’exemple Rafael Nadal
Car chaque joueur, dans le contrat qu’il signe avec l’équipementier, a un quota de raquettes déclaré. Et, s’il le dépasse après avoir brisé l’extension de son bras à moult reprises, doit les payer de sa poche. « Le nombre de raquettes, la quantité de matériel qu’on fournit, elle est écrite même pour les tops joueurs, explique Olivier Lesimple. Nous, on a Jack Draper et on sait que chaque année on lui donne une vingtaine de raquettes. Maintenant, s’il nous appelle et nous dit qu’il en a besoin deux ou trois de plus, on ne va pas redéfinir le contrat parce que c’est un mec qui joue le jeu à 200 %. »
Pour les autres, cela peut aller jusqu’à la rupture de contrat, même si cela n’est jamais arrivé pour Babolat et Dunlop. Car la génération actuelle a quand même un peu plus de respect pour le matériel que ses ancêtres. Le fruit, peut-être, du travail de sape mené par Rafael Nadal, meilleur ambassadeur pour la protection de cette espèce menacée. « Ma famille ne m’aurait pas permis de casser une raquette, avait expliqué le Majorquin. Pour moi, casser une raquette signifierait ne pas contrôler mes émotions. »
Toute l'actu de Roland-Garros« Le respect qu’il a pour sa raquette reflète ce qu’il est en général, son éducation, son abnégation, le respect des gens, le respect du matériel, conclut Jean-Christophe Verborg. A part quelques exceptions, c’est moins fréquent de voir beaucoup de joueurs casser leur raquette. Il y a une empreinte de Rafa sur l’attitude. » Il n’y a plus qu’à organiser une nouvelle cérémonie d’adieu, cette fois à Babolat. Il y a de la place pour une plaque en l’honneur du Majorquin sur la devanture de l’entreprise ?



















