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Alexander Bublik, l’amour du divertissement avant tout

Roland-Garros 2025 : Las Vegas et service à la cuillère, Alexander Bublik, l’amour du divertissement avant tout

frissonQualifié contre toute attente pour les 8es de finale de Roland-Garros sur une surface qu’il n’affectionne pas, Sascha Bublik fait ce qu’il préfère : profiter du moment sans attente particulière
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Alexander Bublik défie ce lundi Jack Draper en 8es de finale de Roland-Garros, un niveau que le surdoué paresseux n’a jamais atteint à Paris.
  • Bublik a un rapport décontracté au tennis professionnel, préférant s’amuser plutôt que travailler dur. La seule fois où il s’y est vraiment essayé, il dit en avoir fait un burn-out.
  • Alexander Bublik vit du divertissement, sur le court de tennis et en dehors. Grand amateur du jeu Apex Legends, il se revendique meilleur joueur de ping-pong du circuit ATP et joue aussi aux échecs.

A Roland-Garros,

La ressemblance est troublante. L’un a atteint la 18e place au meilleur de sa carrière en 2016, l’autre la 17e en 2024. Le premier compte trois titres ATP, le second quatre. Tous deux n’ont pas (encore) dépassé les 8es de finale en Grand Chelem, ont essuyé des critiques sur leur potentiel inexploité, leur comportement sur le court et leurs propos en dehors. Avec une question en bout de ligne : Alexander Bublik serait-il un Benoît Paire de l’Est ?

En forçant la comparaison, on pourrait ajouter que les deux sont, de manière très distincte, lancés dans une opération rachat sur ce Roland-Garros 2025. Le Français en montrant l’image d’un consultant tout à fait charmant au micro de la plateforme France TV Direct, le Kazakstanais, en faisant étalage d’une pugnacité qu’on ne lui connaissait guère pour remonter un handicap de deux manches face à Alex De Minaur au 2e tour et plus largement d’un état d’esprit suffisamment remarquable pour le porter en deuxième semaine à Paris.

« Vous pouvez me voir profiter d’être dans un bar à Paris »

Dans la tête de Bublik, sa remontée contre l’Australien relèverait pourtant presque d’un hasard. « Je me disais que j’allais accepter la défaite. J’ai fait 12-13 matchs sur terre battue. Rien que d’arriver au deuxième tour ici, c’était déjà bien pour moi parce que je n’avais jamais gagné autant de matchs sur terre battue. Donc, j’étais un peu fatigué. Ça n’aurait pas été si grave que ça si j’avais perdu. J’aurai été content et chez moi à Monaco à 9 heures du soir. »

Sascha Bublik est du genre à ne pas trop se prendre la tête avec son boulot. Pas plus à Roland-Garros qu’ailleurs. « Vous pouvez me voir en train de profiter dans un bar à Paris, sortir, rien de fou, mais j’aime bien avoir une vie sociale. Je suis capable de louper un entraînement si j’ai envie, et pour moi c’est normal. » Tourner le tennis en dérision est pour lui monnaie courante, comme en témoigne son sketch à l’Open d’Occitanie. Pendant son match contre Aleksandar Kovacevic, Bublik avait laissé servir un ramasseur de balle à sa place dans le dernier jeu. Foutu pour foutu, autant faire un heureux…

Un burn-out et un détour par Las Vegas

Le trublion des courts a toujours attribué sa présence dans l’élite du tennis à ce talent qu’il n’a jamais eu à forcer dans sa jeunesse et lui a suffi à atteindre la 180e place mondiale sans coach. Dit autrement, les notions d'autorité et de travail ne sont pas pas celles qu´il préfère. « [Jeune] je m’entraînais dans une académie, racontait-il dans une interview à L’Equipe. Le matin, on devait courir autour du bâtiment. Bon, moi, ça me faisait chier donc je coupais à travers le bois et je bouffais des framboises. » C’est bien, aussi, les framboises.

Le joueur fantasque est un éloge de la paresse à lui seul mais il faut lui reconnaître d’avoir essayé d’aller à revers de sa nature quand il a atteint son meilleur classement en carrière. Tentative contreproductive, accompagnée d’une chute à l’ATP qu’il racontait encore vendredi. « Je me suis dit qu’il fallait que je fasse ci et ça, que je m’entraîne plus, que je fasse attention à ce que je mangeais, que j’arrête de boire, que je sois plus professionnel ; que je sois un bon soldat en fait ! Mais malheureusement, cette chute n’est pas liée à un problème d’attitude et à un manque d’entraînement, mais plus à un burn-out. […] Je me suis demandé : à quoi bon sacrifier tout cela, pour quel résultat ? »

La suite de l’histoire ? Du Bublik pur jus. Sur une idée de son entraîneur Artem Suprunov, il fait un crochet par Las Vegas entre le Masters 1000 d’Indian Wells et le challenger de Phoenix. « Comme dans Very bad trip. Ça été super. J’y ai passé 3 jours. Je suis arrivé 3 heures avant le match à Pheonix. Je me suis dit : ''je sers à rien, je suis incapable de gagner un match. On va voir comment ça se passe''. » Pas trop mal - si l’on exclut l’embrouille avec Corentin Moutet - puisqu’il ne perdra qu’en finale contre João Fonseca.

Apex legends, tennis de table et échecs, pourvu que Bublik s’amuse

Au fond, il aime son métier, mais ne saurait s’en contenter. Bublik touche à tout à condition que ça l’amuse et qu’il y ait un peu de compétition. « Je fais des mini-jeux avec mon entraîneur juste avant l’échauffement. On parie des trucs : qui va porter les sacs jusqu’à l’hôtel, qui va payer le resto… J’ai besoin de m’amuser. » Le jeu Apex Legends, auquel il consacre ses nuits, répond à cette attente, de même que le tennis de table. Il est devenu tellement fort qu’il « commence à 0-7 contre [son] coach et [le bat] en 11 », mais ne l'est pas assez pour marquer plus de trois points contre un prodige chinois au détour d’une opération de promotion de l’ATP 250 de Chengdu.

Plus subtil, son intérêt pour les échecs est né d’une rencontre datant de 2022 avec un grand maître international, Daniil Dubov, qui finira par l’embarquer comme réserviste dans un tournoi professionnel. « J’ai juste dit [à Dubov] que j’aimais jouer aux échecs donc il m’a proposé de venir jouer. Je lui ai dit ‘’pourquoi pas’’ mais je ne suis pas très bon. Il m’a dit que c’était ok, parce qu’ils avaient besoin de dix gars et ils m’ont mis dans la team. Je crois qu’à la fin, mon équipe a gagné. »

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Au prochain tour, contre Jack Draper, Alexander Bublik cherchera comme d’habitude à s’éclater. On peut déjà parier sur une cascade d’amorties et des services à la cuillère, le genre de coups qu’apprécie la foule parisienne, dont il avait aimé obtenir les faveurs dans son combat contre De Minaur (« c’est fabuleux, ça m’aide beaucoup ») et dont il aura besoin lundi. Car ni sa maigre ambition, ni son aversion pour la souffrance ne sauraient l’aider à battre Draper. « Si je gagne, je gagne et si je perds, je perds. Je n’ai pas d’attentes par rapport à moi-même. Il faut que je sois là, que je tape mes coups droits, mes revers et on voit ce qui se passe ensuite. »