Roland-Garros 2025 : Loïs Boisson et Elsa Jacquemot, l’invitation rentabilisée des sauveuses du tennis féminin français
Tennis•Elsa Jacquemot et Loïs Boisson, qui s’affrontent ce samedi au troisième tour de Roland-Garros, ont toutes les deux été invitées par le tournoiAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Qualifiées pour le troisième tour de Roland-Garros, Elsa Jacquemot et Loïs Boisson s’affrontent ce samedi à Roland-Garros pour une place en huitième de finale.
- Invitées par les organisateurs de Roland-Garros, les deux Françaises honorent leur wild card, alors qu’il est souvent difficile d’aller loin avec ce statut.
- « C’est grâce à cette invitation que je suis aussi là au troisième tour, mais si je pense aux wild cards, aux enjeux, au stress qu’il y a autour, je ne vais pas être bien sur le court », indique Elsa Jacquemot.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
C’est l’avantage d’avoir déjà soulevé la coupe des Mousquetaires. Stanislas Wawrinka (vainqueur en 2015) a beau avoir 40 ans et enchaîner les éliminations au premier tour des grands tournois, le Suisse a presque sa place garantie pour le tableau final des Grands Chelems, comme à Roland-Garros. Un peu comme les vestes vertes du Masters d’Augusta, invitées d’office en Géorgie pour avoir, une fois dans leur vie, gagner le plus grand tournoi de golf au monde.
Mais tout le monde n’est pas Stanislas Wawrinka – ou Rory McIlroy. Car décrocher une invitation (wild card dans le jargon tennistique) pour les Internationaux de France ou autre Grand Chelem ressemble souvent au golden ticket placé par Willy Wonka dans ses petites tablettes de chocolat pour des joueurs et joueuses, parfois classés au-delà de la 200e place mondiale, plus habitués aux tournois de seconde zone qu’au faste de Roland.
« Honorer l’invitation »
C’est le cas notamment de Loïs Boisson (361e mondiale) qui, un an après s’être pété le genou juste avant d’honorer sa première… wild card, porte d’Auteuil, a réussi à se qualifier pour le troisième tour à Paris où elle affrontera ce samedi sa compatriote Elsa Jacquemot (138e), également invitée par les organisateurs. « J’avais besoin d’une invitation pour rentrer dans le tableau final ou les qualifs au vu de mon classement, explique la première. Forcément, on a envie de bien faire pour l’honorer. »
Il est pourtant compliqué pour les invitées de dernières minutes de se faire une petite place au soleil, tant le chemin est obstrué d’obstacles. « Si t’es une wild card, tu vas jouer forcément des filles plus fortes, assure Camille Pin, ancienne joueuse tricolore désormais consultante sur Prime Video. Donc, on s’attend à ce que tu perdes. Il y a une pression qui n’est pas présente par rapport à plus tard dans leur carrière où elles rentreront directement dans le tableau principal. »
Ce que confirme Elsa Jacquemot, qui a sorti deux joueuses bien mieux classées qu’elle, alors que Loïs Boisson a réussi à éliminer Elise Mertens, 22e mondiale. « C’est grâce à cette invitation que je suis aussi là au troisième tour, mais si je pense aux wild cards, aux enjeux, au stress qu’il y a autour, je ne vais pas être bien sur le court, je vais être stressée, estime la vainqueur de Roland-Garros juniors en 2020. J’ai juste envie de me dire : "pense à ton jeu, pense à toi". »
Neuf invitées autour de la table
Sur les neuf Françaises présentes dans le tableau principal de Roland-Garros, six bénéficiaient d’une invitation de la part des organisateurs. Entre celles qui les méritaient (comme Léolia Jeanjean, qui était 103e mondiale), les jeunes qui découvrent un tournoi du Grand Chelem et les hauts potentiels, chacune arrivait avec un statut différent.
« « Elsa et Loïs, ce sont deux joueuses qui ont déjà un très gros niveau de tennis et ces invitations, ce n’était pas juste pour leur faire découvrir Roland, détaille Camille Pin. Ces wild cards, elles avaient été données pour qu’elles performent et qu’elles utilisent cette chance pour prendre des points rapidement au classement WTA. Ce qu’elles ont réussi à faire, donc ce n’est qu’une demi-surprise. » »
Pour que la surprise soit entière, il faudrait en voir une aller très très loin. Et pourquoi pas jusqu’à soulever le trophée Suzanne-Lenglen ? Extrêmement compliqué, bien sûr. Dans l’histoire, seulement deux joueurs sont parvenus à remporter un tournoi du Grand chelem avec une wild card : Goran Ivanisevic (125e mondial) à Wimbledon en 2001 et Kim Clijsters (non classée) à l’US Open en 2009.
Ça fait briller le tennis féminin français
On n’en est pas encore là. Le bon parcours des deux Françaises pourrait permettre aussi, si elles n’arrivent pas à franchir le cap du top 100 l’année prochaine, de redonner envie à l’organisateur de remettre ces invitations aux mêmes propriétaires. Une sorte de gratitude pour le beau travail effectué, les émotions transmises et le retour au premier plan du tennis féminin français, très critiqué ces dernières années.
Toute l'actu de Roland-Garros« Au-delà du pari pour ce Roland-Garros, ça fait aussi du bien de dire que si, il y a des filles qui sont bien là, prêtes à monter top 50, conclut Camille Pin. On sent qu’il y a vraiment un tournant avec une nouvelle génération, avec un vivier de cinq, six joueuses, comme les années passées. » Des invitations au bonheur, en somme.


















