Toulouse-Leinster : « On a fait combien de plaquages ? », derrière le titre, un exercice de survie défensive incroyable
RUGBY•Dominé territorialement et en possession du ballon, le stade toulousain a remporté sa sixième étoile européenne dans un style de jeu qui ne lui ressemble pas mais c’est encore meilleur comme ça (31-22)J.L.
La comparaison a mis du temps à venir, mais depuis, elle nous agresse les pupilles. Devant Toulouse-Leinster, on a assisté à la réincarnation de l’opposition de style Real Madrid-Manchester City en rugby. Pour le Leinster, les intentions, la possession, le camion-citerne de Pétroville chargé de tout défoncer sur son passage à grands coups de pénaltouches et charges à la mandibule, pour Toulouse, le sacrifice défensif et l’abnégation héroïque, si loin de sa réputation habituelle, celle de l’équipe qui joue tous les ballons, même ceux qui restent dans le vestiaire.
Toulouse n’est pas encore à 14 étoiles, comme le Real, mais la Coupe d’Europe de rugby est encore une jeunette, alors on en reparle dans 10 ans, surtout avec une génération pareille, prête à se dépouiller comme jamais contre le grand méchant loup irlandais, qui lui avait collé 40 points les deux dernières années.
30 plaquages pour le seul Jack Willis
Le moment où on a compris ? Assez tôt, en fait, quand au bout d’un quart d’heure, le Leinster n’avait pas marqué malgré sept incursions dans les 22 Toulousains, dont une bonne moitié de touches à cinq mètres, la spécialité maison depuis des années. A la huitième, Byrne a pris les points, et tous ses petits copains ont commencé à cogiter : Ce Toulouse-là allait vendre sa peau sur chaque ruck comme si c’était le dernier, si loin de ce qu’il avait proposé jusqu’ici dans une compétition survolée à base de longues cavalcades des trois-quarts (6 essais de moyenne).
Toute l'actu rugbyA chaud, Romain Ntamack ne disait pas autre chose au micro de Bein : « Il faudra regarder nos stats de plaquage mais je pense qu’on n’a jamais plaqué autant dans un match de rugby ». Alors toutes les stats ne sont pas d’accord entre elles, c’est la magie du rugby, mais disons qu’on oscille entre 230 et 250 pour un temps de jeu effectif de plus de cent minutes dont 91 % réussis, une prouesse immense à ce niveau d’intensité. Ntamack lui-même, qui a sauvé un ou deux coups brûlants, termine à 16 plaquages, un score de bûcheron de 3e ligne. Et que dire du spécialiste anglais Jack Willis, qui a mis ses grosses paluches absolument partout ? 30 plaquages, un chiffre irréel.
Résumé de la stratégie toulousaine signé Toto Dupont : « on savait leur capacité à marquer des points, à mettre à mal les défenses adverses quand ils ont des libérations rapides ils sont redoutables, alors on a essayé de mettre du combat sur toutes les zones d’affrontement, je pense que ça a payé ».
« Jamais été aussi solidaires dans un match »
Pas moins de 19 ballons récupérés sur les rucks pour Toulouse face à la meilleure équipe du monde dans ce domaine, dont quatre pour le capitaine des Bleus et du Stade, parfois un peu brouillon mais lui aussi monstrueux dans la ligne défensive. « On ne s’est pas lâchés, on a été solidaires et on a rattrapé les pettis erreurs des uns et des autres, renchérit Ntamack. « C’était pas notre meilleur match en termes de rugby mais en termes de solidarité on n’a pas fait mieux ».
De quoi dégoûter le Leinster, qui a passé son temps à buter contre la muraille d’une équipe toulousaine qui jusque-là avait mis 50 pions à tout le monde sans jamais se donner trop de mal en défense : « Toulouse a très bien défendu à des moments clés et c’est peut-être ce qui a fait la différence, déplorait Leo Cullen, le manager de la province irlandaise. On pensait qu’on pouvait les faire plier et beaucoup de monde l’a sans doute senti dans le stade. Mais ils n’ont pas lâché et on peut les féliciter. Les garçons ont été immenses, ils ont fait preuve de beaucoup de caractère, mais n’ont pas été récompensés de leurs efforts ». Trois défaites de rang en finale contre un club français, même vu de loin, ça doit piquer sévère.


















