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«Je prenais la place d’un joueur étranger», raconte Jérôme Thion

Jérôme Thion et le statut de «JIFF»: «Je prenais la place d’un joueur étranger»

RUGBYLe Français n'avait pas pu obtenir le statut de «JIFF», parce qu'il avait commencé par le basket, avant de se tourner vers le rugby à 20 ans...
G.B.

G.B.

L'essentiel

  • Ancien capitaine du XV de France, Jérôme Thion n'a jamais réussi à obtenir le statut de JIFF, joueur issu de la formation française.
  • Comme le Clermontois Scott Spedding, tous ses recours ont été vains.

En 2013, Jérôme Thion, joueur du Biarritz Olympique et ancien capitaine de l’équipe de France mettait un terme à sa carrière, après une blessure au tendon d’Achille droit. Mais en plus de cette sortie prématurée, le Biarrot était amer de ne pas avoir pu obtenir le statut de « JIFF » (joueur issu de la formation française).

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Cinq ans plus tard, et alors que l’international français Scott Spedding vit une situation similaire, qui pourrait lui coûter très cher dans sa fin de carrière, nous avons interrogé le consultant d’Eurosport sur cette histoire.

Pourquoi n’aviez-vous pas le statut de « JIFF » ?

Je ne rentrais pas dans les critères. J’étais au centre de formation à l’Élan Béarnais Pau-Orthez pendant trois ans, à partir de l’âge de 15 ans. J’ai continué ma carrière de basketteur en Nationale 1, et j’ai eu l’opportunité, à 20 ans, de commencer le rugby. J’ai commencé le rugby trop tard. Je n’étais pas affilié à un centre de formation de rugby pendant mes jeunes années, donc je ne pouvais pas avoir le statut de « JIFF ». Et ce malgré le fait d’avoir fait les démarches nécessaires, d’avoir monté un dossier, d’avoir pris un avocat, d’avoir présenté mon dossier à la ligue et à la fédération. Je leur ai expliqué mon statut, que même si je n’étais pas un « JIFF », j’étais quand même français, et j’avais fait une formation, qui si elle n’était pas au rugby, était au basket…

J’étais considéré comme Français dans les autres sports. Mais, je n’ai pas fait de centre de formation pendant trois ans, avant mes 23 ans, pour pouvoir être assimilable au statut « JIFF ». C’est incohérent et incompréhensible, mais ça fait partie de la loi.

J’avais déjà été sélectionné à 53 reprises en équipe de France, dont trois en tant que capitaine. Je n’avais pas le statut de « JIFF », et je n’étais pas considéré comme « Français » dans mon propre pays, alors que j’ai la nationalité française. Mais je ne rentrais pas dans les critères… J’ai fait toutes les démarches nécessaires. Je pouvais aller devant le CNOSF, mais je n’allais pas batailler. Je n’en voyais pas l’intérêt.

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Est-ce que cela a changé quelque chose à la fin de votre carrière ?

J’ai arrêté en 2013, après ma blessure au tendon d’Achille. C’était ça le premier souci. C’est vrai que j’ai eu quelques contacts avec des clubs qui souhaitaient me recruter. Mais, je prenais la place d’un joueur étranger, car je n’étais pas « JIFF ». A l’époque, la règle était un peu plus souple, et les quotas n’étaient pas aussi élevés qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, je pense que je n’aurais pas eu de sollicitations.

Vous aviez parlé de votre cas avec Bernard Laporte ou avec la FFR et la LNR ?

Non, pas avec Bernard, mais j’en avais parlé avec le président de l’époque. J’avais décidé d’arrêter après ma blessure. Mais, avant j’avais été sollicité par quelques clubs, et à chaque fois, mon agent me disait que je n’avais pas le statut « JIFF » et que ça posait un problème si des clubs souhaitaient me recruter. Ne pas être « JIFF », ne pas avoir ce statut posait un problème parce qu’on prenait la place d’un étranger.

Et ce, alors que j’étais Français, que j’avais représenté mon pays avec l’équipe de France. C’est ça qui est incohérent. Je crois que Sébastien Chabal était dans la même situation. On était quelques-uns à ne pas avoir ce statut de « JIFF ».

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Avez-vous contacté Scott Spedding pour parler de tout ça avec lui ?

Non, pas du tout. Je suis ça de loin à travers la presse. C’est vrai que c’est assez désolant. Il a un statut d’international, même s’il est né en Afrique du Sud. Il a représenté notre pays. A un moment donné, à partir du moment où vous représentez la nation française, l’équipe de France, le peuple français, que vous êtes un ambassadeur du pays… et se retrouver dans sa situation, dans laquelle il n’est pas considéré comme Français pour le rugby français, le rugby professionnel, c’est assez incohérent.

Est-ce que vous avez l’impression de reconnaître ce que vous avez vécu en suivant cette affaire ?

Je la revis, oui et non. J’ai décidé d’arrêter après ma blessure, donc je n’ai pas poussé mon affaire devant le CNOSF, le tribunal arbitral du sport… Je n’ai pas fait toutes les démarches que lui a entreprises. Mais je m’y retrouve dans le sens où j’étais frustré de ne pas être assimilé à ce statut de « JIFF ». Si j’avais son âge, si j’avais la capacité de jouer encore, de décrocher un contrat, et que je me retrouvais dans sa situation, alors forcément, je serais frustré, et peiné comme il peut l’être aujourd’hui.