VIDEO. Coupe du monde 2023: Tut-tut les rageux, la revanche inespérée de Bernard Laporte

RUGBY Le président de la FFR, au cœur d’une affaire de favoritisme, a redoré son blason avec l’obtention du Mondial...

Julien Laloye

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L'incarnation du Phénix.
L'incarnation du Phénix. — Alastair Grant/AP/SIPA
  • Loin d'être favorite, la France a emporté l'organisation de la Coupe du monde 2023 de rugby.
  • Une victoire personnelle de Bernard Laporte, qui s'est impliqué largement dans la campagne.

Il y a des destins qui tiennent à peu de choses. Celui de Bernard Laporte était déjà gravé au burin, et cela ressemblait à une épitaphe : « Ci-gît l’ancien président de la FFF, tombé pour favoritisme, résultats déplorables de l’équipe fanion et incapacité à gagner l'obtention de la Coupe du monde en France ».

 

 

Laura Flessel n’avait même pas fait le déplacement à Londres (pour ne pas être associée à la défaite?) et les nombreux opposants au président de la Fédération française avaient promis une Saint-Barthélemy à « Bernie Le dingue » et ses soutiens, englués dans les affaires louches depuis la prise de la Fédération l’année passée.

Il ne fallait pas enterrer le bestiau trop tôt. Bernard Laporte a serré le poing comme un damné quand le nom du vainqueur est sorti de l’enveloppe tenue par Bill Beaumont, le président de la Fédération internationale, qui poussait pourtant très fort derrière l’Afrique du Sud. Une divine surprise pour le rugby français et pour le principal intéressé, qui avait personnellement mouillé la chemise. Montage express d’un dossier compétitif en six mois, voyages au bout du monde pour aller chercher les voix avec les canines (Mongolie, Géorgie, Japon), premier rôle dans un clip promotionnel très réussi, Laporte jouait sa peau sur le vote du 15 novembre dont la France partait pas favorite pour rétablir une image franchement écornée.

«Il faut être objectif: respect absolu à Laporte»

Il y a quinze jours, la Fédération internationale conseillait aux votants de choisir l'Afrique du Sud, meilleure candidature. Et puis Laporte. « C'était Omaha Beach, on avait pas vu ça depuis le débarquement », analyse avec finesse l'inénarable Vincent Moscato sur RMC. Les Sud-Af ont beau râler contre l'« opacité » de ce vote et surtout des deux dernières semaines, rien à faire. Le boss, c'est Nanard. 

Même les détracteurs les plus forcenés s’inclinent. Florian Grill, président du Comité Ile de France et co-listier de l'ancien président Pierre Camou, avait pourtant menacé de sortir les grenades. C’était avant que le bulldozer Laporte ne retourne les votants comme des crêpes.

« Cette attribution est une excellente nouvelle pour le rugby français. Il y a toujours eu une union sacrée autour de ce projet, et il faut être objectif : c’est une victoire obtenue de main de maître par Bernard Laporte. Respect. Cela n’enlève rien aux questions sur l’éthique et les comportements, mais ce n’est pas le sujet du jour. Respect absolu ».

Chacun se raccroche au wagon comme il le peut, y compris le président de la Ligue Paul Goze, ennemi tenace de Laporte. « Superbe. La Coupe du monde 2023 va donner un nouvel élan au rugby français, aux clubs, aux joueurs, aux territoires ! Je félicite la Fédération pour le formidable travail réalisé ! ».

Laura Flessel, dont le Ministère attend le rapport de l’Inspection général sur les soupçons de favoritisme qui visent Laporte, s’est fendue d’un communiqué enthousiaste : « La ministre tient à féliciter l’ensemble des parties prenantes de cette candidature, qui ont mené France 2023 à la victoire : le Comité de candidature, la Fédération française de rugby, mais aussi les dix villes hôtes et l’ensemble des territoires impliqués ».

Et le revenant du jour ? Il a eu la victoire modeste, au moins en apparence. « Je n’ai de revanche à prendre sur personne. Ce qui me réjouit, c’est que ça va faire grandir le rugby français. En termes de notoriété et de retombées économiques. Ce n’est pas la victoire de Bernard Laporte, ni la Coupe du monde de Bernard Laporte, mais celle du rugby amateur ».

«La victoire du rugby amateur»

Que vient faire ce dernier dans le bouzin ? Il entend surfer sur la vague des retombées économiques attendues (Laporte annonce un milliard d’euros dans les caisses) et endiguer le flot de départ chez les licenciés, plusieurs milliers depuis 2012. Une petite histoire parmi d’autres pour expliquer pourquoi les petits clubs amateurs qui ont porté l’ancien entraîneur des Bleus au pouvoir ne l’ont jamais lâché, malgré les casseroles.

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C’est Ahcène Mallem, président du rugby club de Grandville, qui raconte. « Je l’avais invité à rendre visite aux petits clubs, comme il l’avait promis lors de sa campagne. Sa secrétaire a répondu très vite. Il est venu tout seul, avec sa voiture personnelle, pour passer la journée. Il a entraîné les mômes, parlé avec tout le monde. Je lui explique qu’on est dans une région où le rugby a du mal à percer, qu’on a du mal à trouver des licenciés [170 aux dernières nouvelles], il me répond, « Vous avez les infrastructures ? Je vous organise un stage de l’équipe de France dans le coin ». Deux mois après, les Bleus sont venus s’entraîner quatre jours. Résultat, +20 % d’inscription à l’école de rugby à la rentrée. Voilà, c’est Bernard. Moi, je suis fan ».

La pression rebondit sur Novès

« Bernard » ne doit pas en revenir, quand même. Oubliée la nervosité des derniers jours, quand l’ancien secrétaire d’Etat s’en prenait vertement à la Fédération internationale dans une forme d’arrogance bien française, ou rabrouait un député des Insoumis qui osait interroger le rôle des affaires dans la considération portée à la candidature tricolore. Mohed Altrad, l’homme par qui le scandale est arrivé, en a profité pour sortir du bois. Il faut dire qu’il a payé de sa poche les trois quarts du projet et les déplacements qui allaient avec. « C’est aujourd’hui une belle victoire, prometteuse pour le rugby français professionnel bien sûr, mais aussi amateur. L’organisation de la Coupe du monde en France permettra de développer les pratiques sportives, en particulier chez les jeunes, et le groupe Altrad y prendra sa part ».

On attendra jeudi pour demander à Guy Novès ce qu’il en pense. Le sélectionneur des Bleus espérait sans doute secrètement une défaite qui lui aurait valu une paix royale pour un temps. Raté. Pire que ça, c’est lui qui a la tête du bouc émissaire parfait. Même s'il fait avec ce qu'il a, il est déjà passé à côté de l’objectif présidentiel (trois victoires en quatre tests), et c’est l’Afrique du Sud qui se pointe samedi au Stade de France. L’esprit de revanche de toute une nation d’un côté, une équipe en guenilles de l’autre. Laporte va boire du petit-lait. C'est que le bougre est capable de se remettre lui-même sur le banc des Bleus pour le prochain tournoi si jamais ça tournait mal samedi. On exagère ? Faut voir.