PSG-Bayern : Comment éviter que la fête en cas de victoire ne se transforme en cluster géant ?

LIGUE DES CHAMPIONS Si Paris est champion d’Europe dimanche soir, la fête devra être sobre et précautionneuse dans la capitale. Comment éviter les rassemblements intempestifs et les incidents ?

Jean-Loup Delmas

— 

Les supporters parisiens après la victoire en demi-finale
Les supporters parisiens après la victoire en demi-finale — Michel Euler/AP/SIPA
  • Dimanche soir, le PSG retrouve le Bayern Munich en finale de la Ligue des champions. Et soyons fous et optimistes, le club français pourrait bien remporter le match et la précieuse Coupe d’Europe.
  • Une potentielle victoire qui enivre mais qui inquiète également les autorités de la capitale, craignant des débordements et des rassemblements sans distanciation physique en ville.
  • Comment éviter que la plus belle des victoires parisiennes ne se transforme en un méga-cluster ?

Dimanche 23 août, aux alentours de 23h. Après un match fou qui aura vu le Bayern Munich constamment buté sur un Keylor Navas de gala, le Paris Saint-Germain s’impose sur un doublé de Mbappé (vous l’aurez lu ici en premier) et remporte sa première Ligue des champions. Ivres de bonheur, les Parisiens veulent sortir dans la rue, embraser les trottoirs et embrasser les autres supporteurs, sauter partout. Bref, fêter ça comme il se doit.

Mais, et cela ne vous aura pas échappé, 2020 est une année où le bonheur – déjà rare ces derniers mois – doit se vivre avec modération et sans contact, Covid oblige. Comment faire, alors, pour rendre l’éventuelle joie la plus sobre possible dimanche soir, et éviter les débordements et autres rassemblements intempestifs plein de germes potentiels ? C’est la question à laquelle tentent de répondre les autorités ces derniers jours.

Pourquoi une telle crainte ?

Si la ville claque autant des genoux à l’approche de cette finale, c’est qu’il y a eu un précédent, et plutôt récent. Il s’agit de la demi-finale, contre Leipzig, mardi. Après la victoire 3-0 des Parisiens, des incidents ont éclaté, et la préfecture de la police avait recensé dans la nuit 36 interpellations, principalement pour « des jets de projectiles divers, des faits de violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, outrage et rébellion, et des vols et recels de vols ».

En parallèle, non pas des incidents, mais plutôt une attitude pas très « Covid-friendly » : des milliers de personnes s’étaient rassemblées pendant et après la rencontre autour du Parc des princes (le match se déroulant lui à Lisbonne, dans le cadre du Final 8). Stéphane, supporteur de Paris et présent ce soir-là, raconte pour 20 Minutes : « Dans l’euphorie de la victoire, il n’y avait plus aucun geste barrière, on s’enlaçait tous en se sautant dessus tant on était fous. Je sais que c’est mal, mais si on gagne dimanche, ce sera pareil, si ce n’est pire. Le bonheur est tel qu’il doit s’exprimer physiquement, il doit s’extérioriser. »

Lors du coup de sifflet final, des scènes de liesse ont eu lieu sur les Champs-Elysées, avec défilé de scooters et de voitures, mais aussi des piétons nouant des contacts. D’où la crainte d’un cluster géant spontané. Et la crainte, donc, qu’un cluster encore plus gros ne se forme dimanche soir en cas de victoire.

Que conseille la Mairie de Paris ?

Joint par 20 Minutes, Nicolas Nordman, adjoint à la sécurité à la Mairie de Paris, se montre très clair : « La mairie recommande d’éviter au maximum les rassemblements et de regarder le match seul ou avec un comité raisonnable d’amis. Les rassemblements et les scènes de joie avec des inconnus doivent être au maximum évités, compte tenu du contexte sanitaire et des risques de transmission ». En résumé : « Nous appelons à la responsabilité de chacun. »

Pourquoi n’y a-t-il pas de « fan-zone » pour gérer le flux de supporteurs ?

Si la proposition peut sembler tentante – avoir une zone de rassemblement officielle pour mieux la contrôler et éviter les rassemblements intempestifs –, Nicolas Nordman y voit plutôt « une fausse bonne idée. Certes, on y contrôlerait le nombre de spectateurs présents, on pourrait installer une jauge, voire de la distanciation, mais une fan-zone, c’est aussi beaucoup de gens qui veulent y rentrer, une queue devant, une attente, et donc un potentiel de contamination élevé. » L’adjoint à la sécurité note également qu’il serait « difficile de conseiller aux Parisiens d’éviter les rassemblements tout en en organisant un nous-même. »

La proposition avait été amenée par le gouvernement, une fois de plus en désaccord avec la capitale lors de cette crise sanitaire. Alors que Paris se réveillait en liesse mercredi, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, annonçait vouloir « peut-être mettre en place des fan-zone, un encadrement spécifique » pour cet « événement exceptionnel » (la finale). Anne Souyris, adjointe d’Anne Hidalgo à la santé, avait sévèrement taclé l’idée dans une interview sur Europe 1, indiquant être contre au nom de la sécurité sanitaire.

L’adjointe s’était aussi montrée très claire sur les potentiels rassemblements dans la soirée « C’est totalement irresponsable de faire croire aux gens qu’ils peuvent se réunir dans la rue, faire la fête, sans qu’il y ait de séquelles graves d’un point de vue sanitaire. […] C’est le cluster géant assuré. »

Quelles mesures concrètes seront prises pour dimanche ?

Cette décision ne revient pas à la mairie mais à la préfecture de police de Paris. Contactée, elle indique ne pas avoir encore d’informations officielles à communiquer. Selon Nicolas Nordman, les annonces des mesures se feront ce samedi, veille de match.

Un manque de clarté et de prévoyance qui désespère un peu Stéphane, notre supporter : « C’est l’événement sportif le plus important de l’histoire de la ville et on sent bien que personne n’a assez préparé le terrain, alors qu’on savait depuis le début que Paris pouvait arriver en finale et qu’il y avait le coronavirus. Ne pas pouvoir fêter convenablement la plus belle de toutes les victoires, c’est typiquement PSG : frustrant jusque dans son bonheur. »