PSG-Bayern : « Parcours d’intertoto », « Coupe Covid »... Comment les supporters de l’OM survivent à une semaine « cauchemar »

FOOTBALL Les temps sont durs sur la Canebière

B.V. avec C.C.

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Marseille dans la pénombre
Marseille dans la pénombre — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Depuis quelques jours, il se raconte que le mistral siffle en allemand dans l’oreille des Marseillais. Etrange phénomène sans doute lié à la découverte récente et soudaine d’un véritable cluster germanique dans la cité phocéenne. Rien à voir, évidemment, avec le fait que le Bayern Munich soit la dernière équipe capable de priver, dimanche, le PSG d’une victoire en Ligue des champions. 

On rigole, mais il faut se mettre à la place des supporters marseillais quelques secondes. Voir Paris poutrer la moitié de l’Europe est déjà assez douloureux comme ça, mais alors imaginer que ça aille au bout… Non, tout mais pas ça. « Bien sûr qu’on vit ça mal, lance Romain, plus connu sous le blaz de Camelus Blaah lorsqu’il chronique sur horsjeu.net. D’ailleurs, c’est assez rigolo, je me rends compte qu’on est plus affecté par la réussite d’un rival que par les propres défaites de son équipe favorite. J’avoue, c’est un cauchemar mais il y a une forme d’irréalité de toute manière dans cette année 2020. Rien n’est normal ».

Tomber les armes à la main

Alors on n’en voudra pas à la moitié de la ville de s’être soudainement découvert un lointain cousin bavarois. Ni de se coller devant la finale avec « une chope de bière et une culotte de peau », comme Basile Bowie, autre twitto marseillais. C’est plus confort quand les fesses font bravo à chaque ballon en profondeur pour Mbappé.

Il faut dire qu’ils n’avaient pas vraiment vu le truc venir. OK, le PSG avait éliminé Dortmund un peu à l’arrache en huitième, mais le peuple marseillais faisait confiance à Neymar et compagnie pour tout foutre en l’air comme d’habitude. « Jusqu’à maintenant, ils nous faisaient toujours ce petit cadeau d’être éliminés au printemps », se marre Najet Rami, elle aussi supportrice de l’OM.

Neymar et Mbappé se font des mamours après le scénario fou contre l'Atalanta.
Neymar et Mbappé se font des mamours après le scénario fou contre l'Atalanta. - David Ramos/AP/SIPA

L'élimination du PSG ou l’un des moments les plus savoureux dans l’année d’un supporter de l’OM. Et puis le Covid, le confinement, les vacances, cinq minutes heureuses contre l’Atalanta, une balade contre Leipzig et, paf, finale. Mais il faut quand même rendre au supporter marseillais un bel instinct de survie. Il n’est pas du genre à se laisser mourir dans son canapé à regarder le PSG soulever la Coupograndzoreilles. Plutôt les armes à la main, le tweet prêt à être publié pour dénigrer le possible titre parisien. Pêle-mêle, voici les slogans entendus auprès de nos supporters. De quoi faire passer la campagne anti-Trump de Joe Biden pour un épisode des Bisounours :

  • « Moi, j’appelle ça le tournoi de Lisbonne, pas la Ligue des champions »
  • « Dortmund, Atalanta, Leipzig, c’est un parcours d’intertoto ! »
  • « Je respecte beaucoup plus le parcours de l’OL que celui du PSG »
  • « C’est la Coupe Covid »
  • « Cette Ligue des champions est complètement tronquée. Sportivement sur le terrain mais surtout autour. Il n’y a pas d’ambiance, pas de public. C’est très bizarre. Ce titre aura beaucoup moins de saveur »
  • « Le titre restera dans l’histoire, avec un prestige intact pour le commun des mortels. Mais les amateurs de foot n’oublieront jamais le contexte. Si c’est Paris, on pointera forcément les circonstances favorables dont ils ont bénéficié et on ne se privera pas de les chambrer pour minorer leur titre, c’est le jeu. »

Tout ça est un peu désespérant, un peu vrai aussi, et surtout de bonne guerre. Les supporters parisiens ne se sont jamais privés de moquer le parcours de l’OM en 1993 (Rangers, Bruges, Moscou avant Milan en finale) ou plus récemment celui de la finale de Ligue Europa en 2017. C’est très injuste pour Paris, qui n’y est pour rien dans les tirages au sort et peut même se défendre d’en avoir connu un paquet de défavorables avant cette année, mais peu importe, tout ça n’a rien de rationnel.

« On sait que leur victoire en LDC va arriver un jour »

C’est un exutoire comme un autre qui permet de cacher le vrai problème : l’écart entre l’OM et Paris, la jalousie de ces chaudes soirées européennes, l’immanquable ascension parisienne dans la hiérarchie européenne. « Il y a un côté inéluctable avec le PSG, on sait que leur victoire en LDC va arriver un jour, philosophe Camelus Blaah. Ça fait chier mais ça n’enlève rien à notre histoire. On se rend juste compte qu’aujourd’hui l’OM est à des années-lumière de ça. On est comme des enfants qui regardent avec jalousie la vitrine de Noël. »

Dans la même veine, Najet Rami conclut : « quelque part, on s’y prépare depuis des années à ce titre. Après, s’ils doivent en gagner une, je préfère qu’il gagne cette Ligue des champions au rabais. » Mais bon, une victoire du Bayern arrangerait quand même bien tout le monde.

A jamais les premiers. Et encore les seuls pour quelques jours… ou quelques années.