Marathon de Paris : Pourquoi les femmes participent moins au marathon que les hommes ?
course à pied•En France, seuls 20 % des participants au marathon sont des femmes, contre plus de 40 % pour les 10 km. « 20 Minutes » a interviewé des coureuses pour comprendre pourquoi cette distance les repoussait tantJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Plus de cinquante ans après la première femme marathonienne, la course de 42, 195 km reste extrêmement genrée en France.
- Seulement 20 % des participants sont des femmes, deux fois moins que sur les 10 km. Si les hommes courent en moyenne plus vite, il n’existe aucune raison physiologique qui rendrait les femmes moins capables de courir la distance, indépendamment du chronomètre.
- Mais entre une plus grande appréhension, un culte de la performance moins important que chez les hommes et une charge mentale peu compatible avec la préparation très exigeante, les raisons ne manquent pourtant pas. Des coureuses ont accepté de témoigner pour 20 Minutes.
Lors d’un marathon, au bout du 30e kilomètre, vous pouvez à tout moment vous prendre le fameux « mur ». Epuisé, votre corps craque et vous voilà à traîner votre carcasse qui ne répond plus sur la dizaine de bornes restantes. Pour les femmes, ce « mur » légendaire semble se concrétiser avant même le début de la course. En 2021, sur la ligne de départ des marathons en France, on ne comptait que 20 % de femmes, contre 28 % sur les semi-marathons (21 km) et plus de 40 % pour les 10 km.
« On n’est pas "programmé" pour ce genre de challenge. Les femmes sont élevées dans le sport esthétique ou santé, et avec une pratique douce », soutient Elisa, 32 ans. Autre grief pour la runneuse, qui n’a jamais couru plus qu’un 15 km : « On ne nous pousse jamais. Sur les groupes Facebook de running, dès qu’une femme poste son chrono, on lui dit que c’est déjà très bien, que c’est pas mal du tout… Autrement dit, que c’est suffisant et qu’il n’y a pas besoin d’en faire plus. Les hommes sont plus challengés et cherchent donc plus la performance ».
Une épreuve pendant longtemps interdite
Le manque de femmes sur la discipline entraîne un cercle vicieux. « On a moins de modèles féminins qui courent le marathon, donc on se projette moins dans cette épreuve », poursuit Nathalie, 57 ans, qui souligne avoir attendu longtemps avant de croiser sa première marathonienne. Et pour cause, le marathon a longtemps été interdit aux femmes. Il faudra attendre 1967 pour qu’une femme coure officiellement la distance malgré l’interdiction à Boston, et 1984 pour voir l’épreuve féminine au Jeux olympiques.
Maëva, 42 ans, inverse la question : « Pourquoi autant d’hommes font du marathon ? » Et effectivement, en dehors de l’ego d’aborder fièrement sa médaille dans l’open space le lendemain, courir 42 kilomètres d’affilée ne sert à rien. Que ce soit pour des critères esthétiques, de santé ou de forme physique, des courses moins longues et moins lourdes pour les gambettes seront beaucoup plus optimales – en plus de diminuer drastiquement le risque de blessure. « C’est un truc de mec de vouloir toujours faire plus, courir plus, montrer qu’on est le plus fort, raille Maëva. Les femmes n’ont pas besoin de ça, et on ne va pas se plaindre d’être moins débile qu’eux. »
Une prépa ingérable avec la charge mentale du foyer ?
Pour celles tentées quand même par l’aventure, reste un dernier obstacle de taille : s’y préparer. Ophélia Runneuse Passionnée, influenceuse course aux 20.000 followers Instagram, a déjà trois marathons à son palmarès. Sur les réseaux, elle essaie de convaincre d’autres femmes de sauter le pas : « Je discute énormément avec des femmes qui viennent de s’inscrire à leur premier marathon. La distance leur fait peur mais c’est surtout la prépa qui les fait douter la plupart du temps. »
Tout coach sérieux vous le dira : comptez grand minimum trois séances par semaine pendant trois mois. « C’est une préparation beaucoup trop chronophage avec la charge mentale qu’on se tape. En courant, je vais culpabiliser, me dire que je devrais plutôt m’occuper des enfants, les aider à faire leurs devoirs, préparer le repas, etc. », souffle Mélanie, 28 ans et qui se limite au semi. Particulièrement sur une séance : la sacro-sainte sortie longue, indispensable pour préparer les jambes à avaler les 42,195 km. « Mais moi, une sortie de deux heures, c’est impossible, poursuit-elle. Je ne peux pas laisser les enfants aussi longtemps. Entre le boulot et la fin de la crèche, j’ai 45 minutes, ce qui est suffisant pour m’entraîner et performer sur des distances plus courtes, mais incompatibles avec un marathon. »
Sans compter que sortie longue dit souvent s’éloigner de chez soi – à moins d’aimer faire des allers-retours sur 500 mètres. Et là encore, les femmes sont désavantagées : « Courir longtemps, c’est subir plus de remarques des relous, et avoir peur si je suis loin de la ville. Je peux "supporter" un commentaire sur mes fesses pendant un run de quarante minutes, cinq commentaires en deux heures de course, ça devient franchement déprimant. »
Une meilleure préparation ?
Cette régularité trimestrielle avec quasiment aucun temps mort soulève une autre limite. « Les plans d’entraînement hyperrégulier et progressif ne prennent pas du tout en compte les femmes et leurs règles, ajoute Milène, 27 ans. Moi, quand j’ai trop mal, je ne peux pas courir. Et sur les 15.000 méthodes pour réussir son marathon sur Internet, aucune n’évoque ce problème qui concerne quand même la moitié de la population ! »
Un côté aussi plus sage peut s’expliquer. « J’ai l’impression que nous, les femmes, sommes plus appliquées et qu’on ne se lancera pas dans un projet si on n’est pas sûr de parfaitement s’y préparer, estime Marise, 32 ans, et qui vient d’enfin faire la distance « reine » en 2023 après dix ans à courir. Les hommes sont capables d’aller sur un semi en un mois d’entraînement sur un coup de tête ou un défi entre amis par exemple. Nous, on se prépare plus lentement, mais mieux je pense. » Même constat pour Ophélia : « Je pense que la plupart n’osent pas car la distance fait peur. Les femmes ont souvent tendance à se poser plus de questions et si elles s’engagent c’est pour être sûres de le finir. »
Notre dossier Marathon de ParisAu terrible marathon de Boston 2018, dans des conditions apocalyptiques de pluie et de froid, 5 % des hommes avaient abandonné, comme 3,8 % des femmes. Fâchés avec ces chiffres, certains ont supposé que le plus gros taux de masse grasse des femmes les protégeait mieux du froid. Problème de cette théorie pas très fair-play : sur cette même course en 2012, alors que le thermomètre affichait un 30 degrés caniculaires, les femmes avaient, là encore, moins abandonné que les hommes.


















