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Interview« Je suis un athlète de gros niveau », confie Vincent Machet, runner de 150 kg

Course à pied : « Je suis un athlète de gros niveau », confie Vincent Machet, auteur de « Trop gros pour courir »

InterviewLe coureur à pied Vincent Machet, finisher de Marseille-Cassis ou du marathon de New York malgré ses 150 kg, raconte son étonnant parcours dans « Trop gros pour courir »
Vincent Machet, coureur à pied de 150 kilos, publie son livre Trop gros pour courir.
Vincent Machet, coureur à pied de 150 kilos, publie son livre Trop gros pour courir.  - Alexis Berg / Alexis Berg
Adrien Max

Propos recueillis par Adrien Max

L'essentiel

  • Le coureur à pied Vincent Machet publie son premier livre Trop gros pour courir aux éditions Mons, ce jeudi.
  • Il s’est fait connaître dans le milieu de la course à pied en finissant Marseille-Cassis ou le marathon de New York malgré ses 150 kg.
  • Dans son livre, il se confie sur sa douloureuse histoire familiale et le « diable dans son esprit » qui le pousse à faire le yo-yo sur la balance.

Un livre aussi poignant que le parcours de vie de ce sportif de 52 ans pour 150 kg. Un poids, que ce Marseillais d'adoption, Vincent Machet, n’a désormais plus peur de cacher. Grâce à la course à pied, qu’il pratique depuis l’âge de 15 ans et qui lui a autant servi d’exutoire à une vie familiale marquée par les drames, la maladie mentale de sa mère et le brusque décès de son père, que de bouée de sauvetage face au « diable dans son esprit ». Un diable qui le pousse parfois à prendre 25 kg en à peine deux mois, et de toujours repousser ses limites mentales pour revenir à son poids de forme « d’athlète de gros niveau », comme il aime se définir.

Vous courez pour la première fois à 15 ans, et vous prenez du plaisir alors que la course peut sembler ennuyante à cet âge-là.

A 15 ans, je jouais au foot dans un club de Marseille, mon père est un ancien footballeur. J’étais bien évidemment stoppeur vu ma morphologie. J’ai aussi joué au rugby avec des copains qui voulaient me prendre dans leur équipe parce que j’avais des prédispositions. Mais c’est resté un sport de plage pour moi. Le plaisir de la course, c’est un peu bizarre. Je ne l’explique pas. Tout pourrait me repousser, la lenteur, le fait d’être en queue de peloton. Les premières foulées des premiers entraînements ont été dures, mais l’ivresse est venue après 15-20 minutes. Au début tu es essoufflé, tu attends ton second souffle et chez moi il arrive tard. Puis le plaisir vient, les endorphines arrivent à un moment et tu as cette sensation de liberté et de bien être. Tu vas avoir cinq minutes de détachement, d’osmose avec ton corps et ton esprit. C’est un moment où tu te sens juste bien, l’effort, le challenge, le fait de se battre contre moi-même. J’aime cette dualité, à la fois de l’effort brut et en même temps d’être happé.

Pourquoi était-ce important de devenir un sportif ?

Je ne me posais pas la question de mon poids, c’était intégré et je n’avais pas conscience de ça. Puis j’ai commencé à avoir envie de challenge, de me dépasser, aller plus loin, dépasser une rue, un monument. C’est comme en montagne, tu te dis : "Je vais jusque-là, pour voir comment c’est et une fois arrivé ah c’est pas mal et encore plus joli par là et tu vas plus loin". Le challenge augmente, tu te fais du bien et ça te conforte dans ce que tu fais.

Vous évoquez « le diable dans votre esprit » qui est source de prise de poids. Est-ce l’héritage de votre lourde histoire familiale ?

Selon moi, j’ai la part sombre qu’avait ma mère, et je l’ai acceptée. Sa part de folie, je l’ai en moi. Je signe souvent quelques écrits sur la toile avec Vince Vador, j’apprécie cette dualité dans les personnes. Je peux aussi avoir la bonne part de moi-même qui me pousse vers la nourriture, comme n’importe qui avec la notion de plaisir, de convivialité, autour de la table avec des amis et la famille. Ce problème diététique et de boulimie est une part sombre mais pas seulement physique. C’est un peu comme un camé qui s’injecte une seringue pour se décharger et se relaxer. C’est très impulsif et très violent.

Même en pleine préparation de Marseille-Cassis, avec des lourdes séances d’entraînement, vous prenez du poids.

Ça ne me quitte jamais. Quel que soit le moment où je suis, même dans les moments de bonheur, de préparation de certains objectifs, de moments sympas en famille, j’ai toujours ce truc qui vient me ronger. Ils sont rares les moments où je suis complètement en paix avec moi-même. Même si je dois me préparer pour un événement avec des séances lourdes d’1h30 minimum, ça n’empêche pas que le diable est toujours en moi.

Vincent Machet devant le Cap Canaille de Cassis.
Vincent Machet devant le Cap Canaille de Cassis.  - Alexis Berg

Marseille-Cassis est le premier semi-marathon que vous avez couru, que représente-t-elle pour vous ?

C’est la course à domicile. Et c’était le premier challenge, qui est quand même une grosse expérience sportive. Elle a une certaine notoriété et vingt bornes ça représente le bout du monde quand on est jeune. C’est un challenge sportif, une course magnifique. La route entre Marseille et Cassis est sublime. Et ça fait partie de l’histoire familiale, ça me rappelle les premières sorties randonnées dans les calanques avec mon père. Il y a plein de choses qui se greffent, au-delà de la course.

Le marathon de New York que vous courez à 40 ans a un lien avec l’histoire de votre maman et son voyage aux Etats-Unis, alors que les autres défis semblent plus en lien avec votre père.

C’est marrant de le souligner d’une façon extérieure. Mais oui, ma pratique sportive est étroitement liée à ma vie personnelle et à ma situation familiale. Dans les choix que je fais, les courses que je veux faire. C’est comme le marathon de Paris, je suis né à Paris, et même si je n’y ai pas vécu, ça fait partie de mon histoire personnelle. Le rêve de New York est venu de ma mère, et des photos qu’elle nous a montré gamin. J’ai eu envie des Etats-Unis et ensuite j’ai été très vite attiré par la montagne où mon père aimait nous emmener. Mais je ne fais pas non plus de ma vie sportive un pèlerinage. New York, c’était aussi le marathon qui attire tout le gratin de la course à pied. C’était un kif monumental mais oui, il y a un peu le côté hommage.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Je ne tire pas de fierté. Je finis quand même souvent dernier ce qui n’est pas toujours bon pour l’estime que j’ai de moi. C’est une joie d’avoir fait Marseille-Cassis, le 28 km du trail de Serre-Chevalier, le cross du Mont-Blanc. Le marathon de New York était un bonheur, et c’est l’événement le plus marquant de ma carrière sportive.

Au départ la course est un exutoire, puis vous finissez certaines courses de renommée, vous êtes reconnus dans votre discipline, vous courez avec Kilian Jornet…

Je ne vais pas faire le mec faux et il faut remettre les choses à leur place. Les mecs qui préparent la course en visant le top 5 de l’Ultra Trail du Mont Blanc s’envoient des charges d’entraînement colossales. Je me prépare évidemment beaucoup, même pour un 5 km, mais je pense que je reste un coureur ordinaire. Je ne fais rien d’extraordinaire comme les milliers de coureurs que je rencontre, qui se dépasse au point de se mettre chiffon, au bord de l’implosion. Ça m’amuse beaucoup de dire que je suis un athlète de gros niveau. J’ai une bonne machine, oui j’arrive à avancer avec un poids assez haut. Je m’entraîne mais je ne me considère pas comme un athlète de haut niveau. Quand tu cours en queue de peloton, tu fais aussi la voiture-balai et j’ai vu des gens en rémission de cancer, des personnes handicapées. Je trouve que la notion de champion a été vachement galvaudée, pour se faire mousser, mais les vrais champions il n’y en a pas tant que ça. Mais ça fait du bien de savoir qu’on est admiré, ou reconnu, pour les efforts et notre façon d’être résilient.

Est-ce que la finalité de la course à pied n’est pas de mieux se connaître ?

Ce n’est peut-être pas la finalité, mais avec l’âge avançant et la pratique sportive, on peut en savoir un peu plus sur soi, dépasser certaines choses en soi. Je ne suis plus le même qu’à 15 ans ou 30 ans. La pratique sportive m’aide à avancer, et à changer aussi. C’est une bonne béquille.

Ce livre donne quelque par l’impression que vous vous préparez au fait de peut-être ne plus pouvoir courir, et de vous permettre de garder le souvenir de ces exploits…

Je continue à courir, mais je ne suis pas capable d’aller chercher un semi-marathon. Mais dans ma tête il y a Marseille-Cassis l’année prochaine, il me reste un an pour me préparer. Je ne suis pas encore prêt à m’arrêter, mais j’en parle parce que c’est une hypothèse à ne pas négliger. J’ai 52 ans, j’ai les hanches qui crissent, je peux me comparer à un athlète de haut niveau qui a aussi les genoux bousillés. Je pense qu’à 60 ans je serai peut-être obligé de marcher ou de faire du vélo. Il faut que le chemin se fasse. Mais je ne retrouve pas dans la marche le plaisir que j’ai en courant. Je ne prends jamais autant de plaisir qu’en courant.

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